Mr. Robot, un jouet pour les enfants
Mr. Robot, un jouet pour les enfants ©Getty - Buyenlarge
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Quelle conséquence aurait sur l'enseignement de l'histoire la prise de pouvoir des robots sur les hommes ? C'est une des questions que pose la nouvelle "James P. Crow" de Philip K. Dick, où les robots réécrivent l'histoire humaine.

Bienvenue dans une réalité alternative et politique où l'histoire de la paléoanthropologie, et les longs processus d'hominisation ont été annulés et relégués au rang de fable ou de fictions, car l'homme lui-même a perdu la bataille pour la domination du monde et des choses.

Nous sommes dans une nouvelle de Philip K. Dick publiée en 1954 et intitulée James P. Crow. Dans celle-ci, et c'est une mauvaise nouvelle, les robots, qui répondent aux noms charmants de, par exemple, Z-236FR ou encore L87T, gouvernent le monde, comme des seigneurs et maîtres. Ils règnent aussi, presque comme un dommage collatéral, sur la petite communauté des hommes.

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Ces robots, devenus maîtres tout-puissants, trouvent que les humains puent. Ils les exploitent comme des serviteurs, et les relèguent dans des quartiers spécifiques. Ils ont même décidé de modifier les programmes scolaires, notamment ceux d'histoire.

Voici donc l'histoire officielle telle que les robots, et leurs dogmes, l'enseigne :

"Les robots dirigeaient la Terre. il en avait toujours été ainsi. C'était sur toutes les bobines d'histoire. Les humains avaient été inventés durant la Guerre totale du Onzième Millibar. Tous les types d'armes avaient été essayés et utilisés, et les humains faisaient partie du nombre. La guerre avait totalement détruit la société. Pendant des dizaines d'années, l'anarchie et la ruine avaient régné sans partage. La société ne s'était reformée que peu à peu, sous la tutelle patiente des robots. Les humains avaient contribué à la reconstruction. Quant à savoir pourquoi au juste on les avait fabriqués, à quoi on les employait et quel avait été leur rôle dans la Guerre... tout cela avait péri sous les bombes à hydrogène. Les historiens avaient dû combler les vides à l'aide de conjectures. Ce qu'ils avaient fait.

Tel est le révisionnisme historique des robots. Les "bobines d'histoire", qui ont remplacé les livres, ne racontent pas les longues transformations qui mènent du singe vers l'homme, l'accession progressive à la bipédie, ou encore les batailles entre les espèces homo sapiens ou Neandertal. Non, le catéchisme fabriqué par les robots se contente de répéter que des machines ont créé les humains, et non l'inverse, sans plus de détails, si ce n’est qu’au départ les hommes ont été utilisés comme des armes. Tel est le récit que développe la nouvelle James P. Crow, qui raconte entre autres ce créationnisme robotique infernal.

Dans ce monde fictif, les robots toisent les humains. Ils les jugent certes bons gastronomes et mélomanes, mais ils n'en ont cure, car ces derniers ne mangent pas et n'ont aucun goût ni aucune émotion, musicale ou esthétique. Les humains pèchent par leur absence de compétence dans les arts sérieux où excellent les robots. Ceux difficiles de l'architecture, de l'organisation de la société et du bon gouvernement.

Mais un beau jour, un certain James P. Crow parvient à surpasser des robots à un redoutable test d'aptitude qu'on appelle la Liste. Il arrive à ne faire aucune faute à un questionnaire. Il renverse alors l'ordre robotique en révélant une très dérangeante vérité historique : ce sont les hommes qui auraient créé les machines. Il fait donc exiler les robots sur une colonie de Vénus, ou quelque chose de ce genre...

Mais cette révolution, et nouvelle prise de pouvoir sur le monde par un homme, est-elle une bonne nouvelle ? C’est justement la question que nous adresse Philip. K. Dick.

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