Monument hommage à Cristina Ortiz "La Veneno" au Parc de l'Ouest (Madrid, novembre 2020) ©Getty - Europa Press News
Monument hommage à Cristina Ortiz "La Veneno" au Parc de l'Ouest (Madrid, novembre 2020) ©Getty - Europa Press News
Monument hommage à Cristina Ortiz "La Veneno" au Parc de l'Ouest (Madrid, novembre 2020) ©Getty - Europa Press News
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Résumé

"Veneno" était le surnom de Cristina Ortiz, une vedette trans de la télévision espagnole des années 90. Une série retrace son parcours, dans une cascade de couleurs et de sinuosités narratives qui rappellent les riches heures de la Movida madrilène.

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Quarante ans plus tard, la Movida est-elle soluble dans le bain des plateformes qui distribuent en masse des fictions découpées en épisodes ? Peut-être, tant il semble dans la nature des dites plateformes d'héberger et de récupérer presque toutes les formes. Une série récente serait candidate à la succession des exubérances esthétiques des années 80 espagnoles. Cette série s'appelle : Veneno.

Il s’agit d’un biopic qui retrace, de sa naissance à sa mort, la splendeur et la disgrâce d'une icône de la télévision espagnole des années 1990 : Cristina Ortiz, celle qu'on surnomma "la Veneno", le poison en français, qui fut aussi peut-être un remède pour l'Espagne. Une héroïne trans, prostituée un temps dans le Parc de l'Ouest à Madrid, elle devint chroniqueuse pour la télévision. Elle disparait en 2016, après avoir co-écrit des mémoires sous le titre « Je dis ! Ni pute ni sainte ! »

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Veneno a été archi-streamé en Espagne, et les huit épisodes de La série ont été réalisés par Javier Ambrossi et Javier Calvo, alias los "Javis". Ils n'ont jamais caché leur amour pour les films de la Movida. Mais, au-delà des pétitions de principe, en quoi Veneno hérite du courant artistique né à Madrid ?

Plusieurs indices nous orientent en ce sens.

1. D'abord une actrice, Lola Dueñas. Elle joue dans Veneno le rôle d'une journaliste à la recherche d'un sujet piquant pour l'émission "Esta noche cruzamos el Mississippi" ("Cette nuit nous traversons le Mississippi"), programme historique et sulfureux des 90s. C'est elle qui, par une nuit froide, rencontre la silhouette de La Veneno. et qui lance, pour le meilleur et le pire, sa carrière. Or, Lola Dueñas est une des actrices récurrentes des films de Pedro Almodovar, période 2000 : elle a joué dans Parle avec elle et dans Volver .

2. la structure narrative. Veneno emprunte des formes au mélodrame classique, avec des moments tragiques, des ruptures et des révélations, mais elle les intègre dans une narration temporellement éclatée. Comme si une tendance classique et une tendance moderne travaillaient ensemble dans la série.

3. Des couleurs vives, qui explosent de partout.

4. La représentation des trans qui furent particulièrement mis en lumière par les artistes de la Movida. Dans Veneno , cet effet est démultiplié puisque deux acteurs (un enfant et un jeune homme) et trois actrices trans sont employés pour incarner les différents âges de la vie de Cristina Ortiz. Trois visages, trois voix, trois langages et trois époques des trans espagnols sont montrés à travers elles. Vagues de pionniers, de continuateurs, de consolidateurs. Trois générations auxquels il faut ajouter une quatrième : celle du personnage de Valeria Vegas, joué par Lola Rodriguez (née en 1998). Une trans de la génération millenials qui reçoit, écrit et transpose le récit de la Veneno.

5. Comme pour boucler le cercle de l'admiration, une des trois actrices trans, Daniela Santiago a été castée par Pedro Almadovar pour tourner dans son dernier film, sorti en 2021, Madres paralelas , « les Mères parallèles ».