Helen Lawrenson en 1978 ©Getty - Boris Spremo
Helen Lawrenson en 1978 ©Getty - Boris Spremo
Helen Lawrenson en 1978 ©Getty - Boris Spremo
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Résumé

Critique de cinéma, pilier de la vie mondaine new-yorkaise dans l'entre-deux guerre et après, journaliste pour les magazines "Vanity Fair" ou "Esquire", et (peut-être) espionne à la solde des communistes. Telle est la dense vie d'Helen Lawrenson...

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Aujourd'hui, la trajectoire d'une femme peu connue en France, une journaliste new-yorkaise et mondaine qui a partagé un fragment de la vie de Condé Nast, sur le tard, dans les années 30. Cette vie fut celle d'Helen Lawrenson. Biographie accélérée d'une figure américaine en mouvement.

Helen Lawrenson, nait sous le nom d'Helen Brown, en 1907 et dans le nord de l'état de New-York, à côté de la frontière canadienne. Elle atterrit dans la « Grosse Pomme » au jeune âge de sept ans. A la fin les années 20, elle entre comme critique de cinéma dans les colonnes du magazine Vanity Fair. Elle tombe enceinte puis se marie en 1931 avec le traducteur Heinz Norden, qui sera plus tard, sous la guerre froide, black-listé par les autorités américaines. Dans la foulée, Helen Norden avorte, puis divorce. Au journal, elle rencontre le propriétaire du titre, Condé Nast. Celui-ci se trouve alors à l'un des pires moments de sa vie. Crise, dépression, et rupture. Un couple se forme néanmoins... Il existe une photo de Nast et Lawrenson, mélancolique et en noir et blanc, sur laquelle les quelques trente-quatre années qui les séparent sont visibles, à l'œil nu. Elle est vêtue d'une robe blanche et lui d'un smoking noir. Le regard interloqué de la journaliste se porte vers sa droite, et celui du patron de presse erre dans le vague.

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Hellen Lawrenson et Condé Nast en 1937
Hellen Lawrenson et Condé Nast en 1937
© Getty - The Denver Post

Plus tard, Helen se remarie et divorce en moins d'un an, en 1935, avec un diplomate vénézuélien, un certain Louis López-Méndez. Puis avec Jack Lawrenson, le cofondateur d'un syndicat de la marine américaine. Elle gardera son nom.

Elle fréquente allègrement la « upper society » de New-York et ses dîners mondains. Dans l'un de ses articles tardifs, elle raconte : « Les invités de ces évènements étaient parfois si célèbres que certains de mes vieux voisins de table sont aujourd’hui sur des timbres-poste - comme Frank Lloyd Wright, ou John Steinbeck. »

En 1936, elle devient la première journaliste femme au sein d'un magazine concurrent, né pendant la Grande Dépression : Esquire. Elle y fait sensation en publiant son premier article sous un titre retentissant, je cite : "Les latins sont tous des amants nuls." Soit une descente en flammes de certains préjugés machistes alors en cours. La publication est encore disponible sur le site du magazine.

Elle fréquente un autre homme d'affaires, mais qui sera aussi homme d'état : Bernard Baruch, qui fit fortune à la bourse de New-York et fut conseiller du président Roosevelt. On lui prête aussi une très brève relation avec le parrain noir de Harlem : Ellsworth "Bumpy" Johnson, un associé redoutable du redouté Lucky Luciano.

Lawrenson collaborera pendant pas moins de 45 ans avec le journal Esquire. Une fidélité qui la juche au sommet des mondanités américaines. Elle effectue pour ce titre des reportages à travers le monde, et manque notamment de se faire tirer dessus dans une maison de passe au Mexique. Elle interviewe aussi des personnalités comme le pilote Charles Linbergh, ou Mick Jagger.

Politiquement ancrée à gauche, une rumeur américaine et persistante fait d'Helen Lawrenson une espionne à la solde des communistes. Mais les brumes du maccarthysme ne se sont pas encore levées autour de ce mystère.

Cernée par les rumeurs, réputée difficile et frivole, Helen Lawrenson meurt avec une partie de ses secrets en 1982, à l'âge de 74 ans, laissant derrière elle deux volumes de souvenirs Etrangère à la fête, La fille qui siffle, et un premier roman inachevé sur le grand monde, intitulé "La Danse des scorpions". On attend la biographie en français pour en savoir davantage sur cette vie à brûler, et rectifier les éventuelles approximations de cette chronique.

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Romain de Becdelièvre
Romain de Becdelièvre