L'entrée du presbytère du temple réformé du Chambon-sur-Lignon, où vécurent André et Magda Trocmé
L'entrée du presbytère du temple réformé du Chambon-sur-Lignon, où vécurent André et Magda Trocmé ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
L'entrée du presbytère du temple réformé du Chambon-sur-Lignon, où vécurent André et Magda Trocmé ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
L'entrée du presbytère du temple réformé du Chambon-sur-Lignon, où vécurent André et Magda Trocmé ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
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Magda Trocmé (1901-1996) a fait partie du mouvement de résistance des habitants du plateau du Haut-Lignon pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a contribué à cacher et à sauver de nombreux juifs dans la région du Chambon-sur-Lignon.

Aujourd'hui nous partons à la rencontre d'une résistante dans le département de la Haute-Loire, sur le plateau du Vivarais-Lignon. Un territoire d’altitude où se dressent des villages de granit gris, des prairies, et des forêts plantées d'épicéas ou de fayards. Un territoire où, entre 1939 et 1945, plusieurs milliers de juifs, dont de nombreux enfants, ont été protégés, accueillis et cachés par la population locale dans des granges, des fermes ou des maisons.

Une vaste résistance collective, spirituelle et matérielle, désorganisée mais tenace. Parmi ces habitants du plateau entrés en désobéissance, on trouve Magda Trocmé, une résidente du Chambon-sur-Lignon, que la postérité a renommé le « village refuge ». On écoute sa voix dans une archive de 1982. Elle raconte une nuit de l'hiver 1940-1941.

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Magda Trocmé dans "Les Chemins d'une vie" en 1982

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On entend la voix de Magda Trocmé raconter simplement ce geste inaugural : l'accueil d'une femme juive allemande un soir d’hiver. Mais qui était Magda Trocmé ? Elle est née Magda Grilli di Cortona à Florence en 1901, d'une mère russe et d'un père florentin protestant. Elle rencontre son mari André Trocmé dans les années 20 à New York, où elle réside grâce à une bourse d'études. Le couple mène une vie d'exil qui le conduit dans la commune du Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire, où André est nommé pasteur du temple réformé en 1934. Magda emploiera deux adjectifs pour décrire la région dans ses mémoires : "morne" mais néanmoins "accueillante".

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Aux premiers jours de l’Occupation et de la fin de la drôle de guerre, dès juin 1940, André Trocmé appelle dans un sermon à : "résister avec les armes de l'esprit". Car la tradition protestante est forte sur le plateau, et elle va de pair avec les souvenirs brûlants de la persécution des huguenots, et les réunions clandestines dans les forêts avoisinantes. Un instinct de solidarité et de clandestinité s'invente donc avec les juifs persécutés par l'occupant nazi et le régime de Vichy. Magda Trocmé déclarera les accueillir comme « des frères de la Bible ».

Elle insiste, dans ses témoignages et dans ses mémoires, sur deux choses qui ont permis le refuge de nombreux juifs en Haute-Loire : un certain silence local et une absence d'organisation. En effet, un silence strict a été observé entre les habitants sur leurs actes de sauvetage, comme une omerta, mais positive, qui a empêché la diffusion des informations. Et d’autre part, une absence de concertation et de hiérarchie a été mise en œuvre par la résistance du Lignon, elle a ainsi pu opérer dans l'ombre, sans être repérée par les autorités collaboratrices.

Magda Trocmé a longtemps refusé le statut de héros, pour elle comme pour son mari, et toujours mis en avant la dimension collective des actes de résistance du plateau. On entend souvent dans sa voix une expression qui vient expliquer à minima l'acte de bravoure et de désobéissance : parce que c'était comme ça. Parce que ça ne pouvait pas être autrement.

Magda Trocmé est morte en 1996. En 1971, elle a été reconnue, avec André, comme "Juste parmi les nations" par l'Institut Yad Vashem en Israël.

Les mémoires de Magda Trocmé ont été publiés sous le titre Souvenirs d'une vie d'engagements aux presses universitaires de Strasbourg