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/ ©Getty - Caspar Benson / Collection : fStop
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Sur les 9 millions d’habitants que compte l’Autriche, 465 000 ont signé une pétition contre une proposition de la commission européenne de plafonner les paiements en liquide à 10 000 euros. Que vise Bruxelles avec cette mesure et pourquoi les Autrichiens y sont opposés ?

Avec
  • Jeanne Lazarus Sociologue, chercheuse au CNRS, directrice du département de sociologie à Sciences Po Paris

Inscrire dans la Constitution le droit de payer en espèces de façon illimitée. C’est le combat que mènent actuellement bon nombre d’Autrichiens face à une proposition de la commission européenne qui souhaite plafonner les paiements en liquide à 10 000 euros. Une histoire que racontait le journal Le Monde dans son édition du lundi 26 septembre 2022. Pourquoi Bruxelles tente d’instaurer ce plafonnement ? Et pourquoi les Autrichiens mènent-ils un combat contre, dans un contexte où les paiements en cash semblent en recul ?

Guillaume Erner reçoit Jeanne Lazarus, sociologue, directrice de recherche au CNRS, professeure à Sciences po, auteure notamment de Les politiques de l’argent, ed. PUF.

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Les enjeux de la politique de Bruxelles

Bruxelles souhaite plafonner les paiements en liquide à 10 000 euros dans l'ensemble de l'Union européenne dans l'optique de limiter les fraudes, notamment la fraude fiscale explique Jeanne Lazarus. Or ces plafonnements rencontrent peu de succès car "les différents pays ont leur propre législation" et "leurs propres habitudes de paiement", ce qui explique par exemple que l'Allemagne et l'Autriche soient réticents à cette politique souligne la sociologue.

Le véritable enjeu est de savoir si la population accepte que les paiements soient enregistrés, tout en restant raisonnable, selon l'auteure de Les politiques de l'argent. En France par exemple, l'enregistrement des paiements est important, mais il y a des limites de transmission des données à la différence de la Chine et des Etats-Unis, où les individus sont considérés comme des "consommateurs qui sont sur un marché" et donc qu'il "faut informer ceux qui veulent commercer avec eux".

Des habitudes façonnées par les politiques publiques

"Les habitudes de paiement ont été façonnées par les politiques publiques, pas seulement par l'atavisme national" rappelle Jeanne Lazarus. En France notamment, il y a différents plafonnements pour différents types de paiements, et l'utilisation de la carte bancaire est ancienne ce qui fait que les gens ont "peu l'habitude de se promener avec des liasses de billets comme c’est le cas en Allemagne" souligne la directrice de recherche au CNRS.

Autre particularité française : 99 % des ménages ont un compte bancaire et qu'il est très difficile de se débrouiller sans dans la vie quotidienne, mais également l'utilisation du chèque non échangeable contre du liquide, et "ce sont des éléments qui font qu’on est un pays où l’argent transite vraiment par les comptes en banque" rappelle la sociologue, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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