Photo de la centrale nucléaire de Zaporijjia dans le sud de l’Ukraine. Photo prise en juillet 2019.
Photo de la centrale nucléaire de Zaporijjia dans le sud de l’Ukraine. Photo prise en juillet 2019. ©Getty - Dmytro Smolyenko/Future Publishing via Getty Images
Photo de la centrale nucléaire de Zaporijjia dans le sud de l’Ukraine. Photo prise en juillet 2019. ©Getty - Dmytro Smolyenko/Future Publishing via Getty Images
Photo de la centrale nucléaire de Zaporijjia dans le sud de l’Ukraine. Photo prise en juillet 2019. ©Getty - Dmytro Smolyenko/Future Publishing via Getty Images
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Dans son rapport publié le 6 septembre 2022, l'AIEA, l'Agence internationale de l'énergie atomique, s'est dite gravement préoccupée par la situation à la centrale de Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine. Les Russes occupent le site depuis mars 2022. Tactique militaire ? Stratégie géopolitique ?

Avec
  • Michel Goya Ancien colonel des Troupes de marine, auteur du blog "La voix de l'épée"

C’est un rapport qui était très attendu, celui de l'Agence internationale de l'énergie atomique sur la centrale de Zaporijjia dans le sud de l’Ukraine. Ce rapport a donc été publié mardi 6 septembre 2022, après la visite des experts en fin de semaine dernière. Conclusion : l’AIEA demande d’établir une « zone de sécurité », jugeant la situation « intenable ». Comment la plus grande centrale nucléaire d’Europe, occupée par les Russes depuis mars, est-elle devenue le point névralgique de la guerre en Ukraine ?

Guillaume Erner reçoit Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, historien, stratégiste, spécialiste des conflits, auteur notamment du livre «  Le temps des guépards », ed. Tallandier.

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Différents niveaux de risque

Pour Michel Goya, « le risque nucléaire n’est pas nul » puisqu’une « frappe de missile » suffisamment puissante et précise pourrait percer l’un des réacteurs et son armature en acier. Toutefois, « personne n’aurait intérêt à ce que cela arrive ». Une telle frappe serait « signée » d’un agresseur précis, soit la Russie soit l’Ukraine, qui se mettrait à dos « l’ensemble de la communauté internationale ».

L’un des autres risques pesant sur la centrale et à ne pas minorer, c’est la défaillance humaine. « La centrale de Zaporijjia n’a pas de maintenance depuis six mois » et ses employés, à la fois russes et ukrainiens, « sont sous pression » comme l’indique le rapport de l’AIEA sur la centrale publié mardi 6 septembre 2022 et pourraient montrer des signes de fatigue. Michel Goya, stratégiste, insiste sur le fait que jamais un accident nucléaire n’est purement technique mais comporte une part d’erreur humaine.

Une exploitation politique des deux côtés

Les deux camps surfent sur le risque sécuritaire, selon l’expert des conflits. Aussi bien Vladimir Poutine, « qui cherche à salir les Ukrainiens et à faire passer les troupes russes pour les « good-guys » », et Volodymyr Zelenski dont l’objectif principal est « d’obtenir des gains » concrets comme la démilitarisation de la centrale de Zaporijjia et la reprise du site pour retrouver l’usage de sa production d’électricité.

Alors que la Russie a demandé ce mercredi 7 septembre 2022 des « clarifications » à l’Agence internationale sur l’Energie atomique (AIEA) par l’intermédiaire de son chef de la diplomatie Sergueï Lavrov après la publication de son rapport sur l’état de Zaporijjia et les risques pesant sur la centrale, le site sert toujours d’entrepôt aux armes lourdes du camp russe, ce qui est totalement interdit par le droit international.

Pire, ces armes sont utilisées pour frapper les positions ukrainiennes, alors que la centrale nucléaire sert de fait de bouclier dissuasif aux Russes contre les tirs de riposte lancés par l’armée ukrainienne. Pour attester de l’état de fonctionnement de la centrale, deux inspecteurs de l’AIEA ont pour mission de rester sur place de façon permanente et de rendre compte des dernières évolutions à la communauté internationale, tandis que l’organisation a déjà recommandé dans son rapport la mise en place d’une « zone de sécurité » pour prévenir tout accident nucléaire.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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