Collection : ONOKY
Collection : ONOKY ©Getty - Eric Audras
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Faute de personnel soignant, 20% de lits en moyenne sont fermés dans les hôpitaux français, et ce, dans tous les secteurs de soins, d'après un avis publié début octobre 2021 par le Conseil scientifique.

Avec
  • Agnès Hartemann Chef de service de diabétologie à La Pitié Salpétrière à Paris, membre du collectif Inter-Hôpitaux

Nouvelle alerte émise par le Conseil scientifique. Dans un avis publié début octobre 2021, il fait état d’un chiffre édifiant : 20% de lits en moyenne seraient fermés dans les hôpitaux français, et ce, dans tous les secteurs de soins. En cause : le manque de personnel soignant. Reconnaissant que « la situation était compliquée » dans les hôpitaux, le ministre de la santé, Olivier Véran, n’a pas confirmé ce chiffre, demandant une étude plus exhaustive de la situation. Il a néanmoins admis un manque de soignants et une augmentation du nombre de postes vacants. 

Guillaume Erner reçoit Agnès Hartemann, chef de service de diabétologie à La Pitié Salpêtrière à Paris, membre du collectif Inter-Hôpitaux.

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

La concordance entre les chiffres et le terrain

Ce chiffre de 20% de lits fermés correspond-il à ce que l'on observe sur le terrain ?

Absolument, c'est tout à fait la réalité. Le ministre veut mener une enquête, mais il suffit d'interroger les directeurs d'hôpitaux. A l'AP-HP, on sait que c'est 17% de lits fermés, par exemple. C'était déjà le cas auparavant !

Mais comment est-ce qu'à l'extérieur de l'hôpital, cette information a pu nous échapper ?

On ne vivait pas depuis deux ans avec 20% de lits fermés. Les personnels commençaient à partir, la situation était compliquée. Le Covid est arrivé par-dessus, donc on a retenu des personnels. Maintenant qu'on est en accalmie Covid, les personnels font ce qu'elles avaient prévu, donc quittent l'hôpital. Et ce métier ne fait plus rêver : plus personne n'y entre. C'est toujours l'hôpital-entreprise, le Ségur n'a rien changé. On est toujours soumis à la tarification à l'activité, à l'objectif de faire des recettes, et le personnel est soumis à des horaires variables : on arrive tantôt à 6h30, tantôt à 13h30... Comment construit-on une vie de famille comme ça ?

En ce moment, ce ne sont pas seulement des lits, mais des blocs qui sont fermés, par manque de personnel.

La fin d'une vocation

Les infirmiers et les infirmières qui quittent l'hôpital, par exemple, où vont-ils ?

Un peu partout, il y a des conversions, il y en a qui vont chez des prestataires à domicile, d'autres qui reprennent des études... L'idée, c'est de ne plus être là. Surtout, ça n'attire plus les jeunes.

Mais alors pourtant, les salaires ont été revalorisés suite au Ségur ?

En effet, il y a eu 180 euros d'augmentation, c'est là qu'on voit que ce n'est pas rien, surtout pour le métier d'aide-soignante. Mais je me rappelle d'un infirmer qui m'a dit après le Ségur : "le salaire, ce n'est pas tout ; il y a les conditions dans lesquelles on exerce notre métier", et c'est exactement cela. Malgré la revalorisation, l'hôpital reste un hôpital-entreprise. D'ailleurs, la consigne qu'on nous a donnée il y a 48 heures, c'est : "Vous n'avez plus assez de lits d'ouvert, donc raccourcissez le plus possible les séjours, continuez à faire entrée-sortie, entrée-sortie...". C'est la recette qui a créé les dégâts, et on nous demande de l'appliquer à nouveau.

Quelles raisons d'espérer ?

Qu'y a-t-il comme solutions que vous préconiseriez plutôt ?

Il faut absolument donner envie aux infirmières de revenir, à celles qui sortent des écoles de rester. Il faut leur garantir qu'elles sont intégrées dans une équipe (leur service), leur garantir des horaires fixes... Plus logiquement, il faut sortir de la logique entrepreneuriale. 

Peut-être qu'au moins, cela va permettre de parler de l'hôpital pendant la campagne présidentielle ?

Il y avait un silence assourdissant depuis deux mois. Les citoyens doivent savoir ce qui se passe : il y a un enjeu qui doit être au cœur de la campagne. On n'entend pas les candidats s'exprimer là-dessus, alors que la santé est le thème prioritaire pour les Français.