Du Capitole à Brasilia : l’assaut des lieux du pouvoir est-elle une nouvelle forme de violence politique ?

Les forces de sécurité font face aux partisans de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro, à Brasilia, le 8 janvier 2023
Les forces de sécurité font face aux partisans de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro, à Brasilia, le 8 janvier 2023 ©AFP - Ton MOLINA
Les forces de sécurité font face aux partisans de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro, à Brasilia, le 8 janvier 2023 ©AFP - Ton MOLINA
Les forces de sécurité font face aux partisans de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro, à Brasilia, le 8 janvier 2023 ©AFP - Ton MOLINA
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Dimanche à Brasília, des centaines de partisans de l'ancien président brésilien, Jair Bolsonaro, ont pris d'assaut le palais présidentiel, la Cour suprême et le Congrès. Des émeutes qui rappellent l'attaque du Capitole américain par des militants pro-Trump, en janvier 2021...

Avec
  • Frédéric Louault Directeur du Centre d'étude de la vie politique (CEVIPOL), co-directeur du Centre d'étude des Amériques (AmericaS) à l’Université Libre de Bruxelles.

De Washington à Brasilia, un mimétisme stratégique ?

Frédéric Louault estime que l'assaut des militants bolsonaristes était "un évènement prévisible, craint depuis plusieurs mois déjà". "À la suite de la défaite électorale de Jaír Bolsonaro, à la fin du mois d’octobre 2022, toute une série de mobilisations se sont organisées et planifiées, inspirées par l’expérience du Capitole il y a deux ans." affirme Frédéric Louault. En effet, pour ce docteur en sciences politiques, entre les bolsonaristes et le camp Trump, il existe "des relations assez anciennes, qui remontent à l’élection de Jaír Bolsonaro en 2018". Par ailleurs, il observe l'émergence de "différents espaces d’échange" favorisant la rencontre entre "des militants bolsonaristes et Trumpistes mais aussi des militants des droites radicales dans les Amériques en général, et entre les Amériques et l’Europe." Des groupes politiques "qui vont échanger des pratiques, des manières de faire et d'organiser de nouveaux répertoires d’action pour déstabiliser la démocratie."

Quels éléments ont permis à cette violence, pourtant prévisible, d'éclater ?

"Il y a eu des connivences, voire des complicités avec certains acteurs de l'appareil sécuritaire de l'état et certains acteurs politiques", affirme Frédéric Louault, avant d'ajouter : "Ce n'est pas un hasard si le gouverneur de Brasilia, qui est un allié de l'ancien président, a été destitué tout comme son secrétaire de la sécurité." Pour le professeur, au-delà de la responsabilité de certains acteurs politiques, il faut noter "une passivité, un laxisme volontaire, de la part des forces de la police militaire brésilienne, dont Jaír Bolsonaro est très proche."

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La démocratie brésilienne saccagée

"La démocratie brésilienne est fragile, et ce n'est pas une nouveauté" estime le politiste. "Cela fait plusieurs années que le cadre démocratique se dégrade au Brésil." Frédéric Louault constate "depuis l'émergence de Bolsonaro dans l'espace publicune montée en puissance des actes de violence symbolique forts, avec, par exemple un nombre d'assassinats politiques de plus en plus important." "Au Brésil la politique n'est plus un jeu mais devient un acte de guerre", déplore-t-il,"les militants bolsonaristes considèrent qu'ils sont en guerre et que leurs adversaires sont des ennemis à éliminer." Interrogé sur l'avenir du pays, Frédéric Louault indique que "La non-reconnaissance du résultat va ruiner la légitimité des gagnants et rendre difficile le travail de Lula dans les années à venir."

Bibliographie : Le Brésil en 100 questions aux éditions Taillandier, paru en septembre 2022, Frédéric Louault

La défaite électorale. Productions, appropriations, bifurcations, paru aux Presses Universitaires de Rennes en 2019, Cédric Pellen