Parc éolien d’Ostende en Belgique. ©AFP - ERIC FEFERBERG
Parc éolien d’Ostende en Belgique. ©AFP - ERIC FEFERBERG
Parc éolien d’Ostende en Belgique. ©AFP - ERIC FEFERBERG
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Résumé

Le parc éolien de Saint-Nazaire inauguré par Emmanuel Macron le 22 septembre 2022 est le premier en France. Il a été lancé en 2011. Il aura fallu 11 ans pour qu’il voit le jour. Pourquoi aujourd'hui miser sur l'éolien off shore ?

avec :

Yves Marignac (Chef du Pôle énergies nucléaire et fossiles de l’Institut négaWatt).

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Emmanuel Macron a inauguré jeudi 22 septembre 2022 le premier parc éolien en mer de l’hexagone. 80 éoliennes au total ont été déployées au large du Croisic près de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. Elles devraient entrer totalement en service d’ici la fin de l’année. L’éolien en mer est l’une des priorités affichée par le gouvernement pour développer les énergies renouvelables, dans un contexte où la consommation en électricité est amenée à augmenter. Quel pari sur l’avenir avec l’éolien off shore ?

Guillaume Erner reçoit Yves Marignac, expert au sein de l’association Negawatt, think tank indépendant sur la transition énergétique.

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Un retard criant de la France dans le développement de l’éolien

La France est "le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir respecté son engagement [pris avant l’année 2020] dans le domaine du développement des énergies renouvelables", d’après Yves Marignac. Le retard est donc criant, et "sur l’éolien off shore en particulier, il y a eu des politiques de 'Stop and Go' (arrêts puis redémarrages des chantiers, NDLR) qui n’ont pas permis de mettre en place les filières industrielles au même titre que d’autres pays. Le Royaume-Uni a déjà, par exemple, près de 40 fermes éoliennes off shore" alors que la France en a une seule, à Saint-Nazaire. "Il est vital que la France aujourd’hui, par rapport à ses objectifs climatiques et à sa souveraineté énergétique, rattrape son retard dans cette filière d’avenir" souligne Yves Marignac.

Pour rattraper ce retard de la France par rapport aux autres pays européens, notamment le Danemark et le Royaume-Uni, l’effort à fournir est considérable, car il supposerait la mise en place d’une quinzaine de parcs éoliens d’ici à 2035, pour arriver à un total de 50 parcs éoliens d’ici à 2050.

"Du point de vue du rythme, quand on regarde ce qu’ont fait ces dernières années les Britanniques ou les Danois, c’est tout à fait possible" en France aussi, "et du point de vue du potentiel sur nos côtes (…), c’est aussi tout à fait réaliste" explique le spécialiste de la transition énergétique.

Entendre et répondre aux critiques pour "pouvoir les dépasser"

L’éolien, en mer notamment, concentre un certain nombre de critiques (notamment du côté des défenseurs de l’environnement qui considèrent que ces éoliennes portent atteinte aux écosystèmes marins et du côté des pécheurs, qui considèrent qu’elles font fuir les poissons).

Pour Yves Marignac, "il y a évidemment des critiques qu’il faut pouvoir dépasser par les explications, les précautions et le retour d’expérience."

Pour les oiseaux par exemple, la filière éolienne aurait mis en place, selon le spécialiste de la transition énergétique, beaucoup de dispositifs permettant de prendre des précautions. Par exemple, celle d’"arrêter préventivement un parc éolien terrestre lorsqu’un vol d’oiseaux migrateurs s’approche."

De même, à l’étape du chantier de construction d’un parc éolien, "certains constructeurs – pas tous – établissent des murs de bulles pour atténuer les effets sonores" et la gêne des animaux à proximité.

Concernant la pêche, on sent bien que "ça crée une concurrence d’usage", synonyme de l’émergence d’"un sentiment de menace" de la part des pêcheurs, quand bien même "on a 120 fermes éoliennes flottantes en Europe" et que "la cohabitation avec les pêcheurs se passe bien" dans d’autres pays, d’après Yves Marignac.

"La réticence à accepter l’implantation d’éoliennes dans le paysage nous dit à quel point on s’est habitués à une invisibilité de l’énergie, à travers les énergies fossiles ou la concentration du parc nucléaire" français, ce "qui nous a aussi habitués à ne plus nous soucier de leur consommation" réelle.

Pour Yves Marignac, "l’invisibilité va de pair avec l’idée d’une disponibilité totale de ces ressources (…). L’on peut se dire que, le fait que ces éoliennes rendent des projets énergétiques visibles, ça peut être une bonne chose dans la réappropriation de cet enjeu", c’est-à-dire être collectivement plus conscients de ce que l’on consomme, de nos besoins énergétiques.

Un effet positif sur la ressource halieutique ?

Un effet positif sur la ressource halieutique est à souligner pour Yves Marignac : "le retour d’expérience, c’est que les fermes éoliennes créent un effet positif pour la ressource halieutique parce que c’est une réserve : il se forme des récifs. Donc les pêcheurs ont tout à gagner à une coopération et une synergie avec cette activité".

(Re)prendre conscience de notre consommation énergétique

"La réticence à accepter l’implantation d’éoliennes dans le paysage nous dit à quel point on s’est habitués à une invisibilité de l’énergie, à travers les énergies fossiles ou la concentration du parc nucléaire" français, ce "qui nous a aussi habitués à ne plus nous soucier de notre consommation" réelle.

Pour Yves Marignac, "l’invisibilité va de pair avec l’idée d’une disponibilité totale de ces ressources (…). On peut se dire que, le fait que ces éoliennes rendent des projets énergétiques visibles, ça peut être une bonne chose dans la réappropriation de cet enjeu", c’est-à-dire être collectivement plus conscients de ce que l’on consomme, de nos besoins énergétiques.

Aller chercher le vent là où il se trouve

L’éolien dépend du vent, mais que faire quand il n’y en a pas ? Yves Marignac répond que, l’"une des raisons pour lesquelles on va vers l’off shore, c’est que ça permet d’une part d’aller chercher des régimes de vent plus réguliers et soutenus que sur la terre ferme, et d’implanter des éoliennes plus grandes qui peuvent du coup aller chercher le vent à une altitude plus élevée, où il est plus fort et plus régulier."

Dans le cas d’un parc éolien off shore, renseigne le spécialiste de la transition énergétique, ces éoliennes de grande taille produiraient de l’électricité pendant environ 90 % de l’année.

Enfin, selon Yves Marignac, la distance importante qui semble être privilégiée entre les côtes françaises et les futurs chantiers au sein des projets de parcs éoliens aurait un effet sur le choix de la localisation de ces parcs. En effet, on se dirige plus favorablement sur des constructions situées dans l’océan Atlantique plutôt qu’en Méditerranée, pour la simple raison que les fonds méditerranéens à une distance de 100 kilomètres des côtes sud de la France sont plus profonds qu’à la même distance en Atlantique, et donc moins adaptés aux projets d’éoliens off shore.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.