Photo de Vladimir Poutine prise le 21 septembre 2022. ©AFP - GAVRIIL GRIGOROV / SPUTNIK
Photo de Vladimir Poutine prise le 21 septembre 2022. ©AFP - GAVRIIL GRIGOROV / SPUTNIK
Photo de Vladimir Poutine prise le 21 septembre 2022. ©AFP - GAVRIIL GRIGOROV / SPUTNIK
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Résumé

Vladimir Poutine a décrété, mercredi 21 septembre 2022, la mobilisation partielle de 300 000 réservistes. Concrètement, que signifie cette mobilisation partielle ? Est-elle de nature à changer le rapport de forces dans la guerre ?

avec :

Christine Dugoin-Clément (chercheuse au think tank CAPE Europe).

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Vladimir Poutine a décrété, mercredi 21 septembre 2022, la mobilisation partielle de 300 000 réservistes. Une annonce faite à la télévision russe, destinée à renforcer l’offensive menée en Ukraine. Pourquoi cette décision ? S’agit-il d’un revirement dans la stratégie de guerre de Vladimir Poutine ? Est-ce de nature à renverser le rapport de forces sur le terrain ?

Guillaume Erner reçoit Christine Dugoin-Clément, chercheuse associée à la chaire "Risques" de l’Observatoire de l’Intelligence Artificielle de Paris 1 et pour le CREOGEN (Centre de recherche de l'École des officiers de la gendarmerie nationale.)

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Auteure notamment du livre Influence et manipulations. Des conflits armés en Ukraine aux guerres économiques (VA éditions / Préface de Bertrand Badie).

"La logistique est un des gros points faibles de l’armée russe"

Pour Christine Dugoin-Clément, « le décret stipulant qui peut faire l’objet de cette mobilisation est extrêmement vaste et flouDes hommes peuvent être appelés (par l’armée russe) jusqu’à 65 ans (…) »et cet appel à des réservistes pour qu’ils soient envoyés au front peut "toucher éventuellement des médecins ou des infirmiers."

En conséquence, il est possible que quelque deux millions d’hommes soient envoyés sur le front ukrainien. Toutefois, pour la chercheuse associée à la chaire "Risques" de l’Observatoire de l’Intelligence Artificielle de Paris 1, "il faut trouver les personnes, les former sur un temps minimum donc ça veut dire, déjà, un temps de latence avant un déploiement sur le front. Il faut les acheminer, les équiper, et il faut subvenir à leurs besoins sur place. Or, on a vu, depuis le début du conflit, que la logistique est un des gros points faibles de l’armée russe."

Les principaux enjeux de ce déploiement militaire, d’après Christine Dugoin-Clément, ce sont "l’efficacité, la temporalité et aussi l’effet sur le terrain" de celui-ci. "À chaque fois que des hommes ont été renvoyés sur la ligne de front – qui a d’ailleurs énormément bougé, et c’est bien une des raisons de cette décision – l’objectif était de freiner la percée ukrainienne. On a pu constater que ce n’est pas forcément suffisant" ajoute-t-elle.

Comment utiliser cette réserve d’hommes sur le terrain ?

"La masse humaine est importante mais la qualité de la formation, de l’information qu’elle va recevoir de son commandement, le matériel et son moral sont des facteurs extrêmement importants." L’apport humain ne sera donc "pas forcément suffisant" d’après la chercheuse pour que la Russie puisse repousser les forces ukrainiennes et regagner une partie des territoires qu’elle a récemment perdus sur le front.

La corrélation avec la volonté de Poutine d’organiser quatre référendums d’annexion

Une autre option, pour le président russe, consisterait, selon Christine Dugoin-Clément, à déployer ces troupes supplémentaires comme "une force d’occupation pour essayer de stabiliser les territoires occupés jusqu’alors." Peut-être aussi pour "participer à organiser les référendums qui sont annoncés et sur lesquels on a assez peu de doutes concernant les résultats."

Car il ne faut pas omettre que Vladimir Poutine parle aussi à sa population, et "si ces quatre territoires venaient, même par un référendum tartuffe, à choisir leur rattachement à la Russie, et bien quelque part, ce serait un choix de modèle de société. Ce serait un rejet du modèle ukrainien et par construction, du modèle occidental." D’après la chercheuse, cela signerait un relatif succès, pas forcément militaire, mais au moins, "diplomatique et sociétal" en faveur de la Russie - dont Vladimir Poutine a nécessairement besoin en ce moment.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Élodie Piel
Collaboration