Roubles en pièces et en billets.
Roubles en pièces et en billets.
Roubles en pièces et en billets. ©Getty - Picture alliance / Contributeur / Décembre 2021
Roubles en pièces et en billets. ©Getty - Picture alliance / Contributeur / Décembre 2021
Roubles en pièces et en billets. ©Getty - Picture alliance / Contributeur / Décembre 2021
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Résumé

« Si vous voulez du gaz, trouvez des roubles », a déclaré le président de la Douma en Russie. Dans un contexte où les sanctions internationales liées à l'invasion de l'Ukraine, pèsent sur Moscou, Vladimir Poutine veut imposer aux pays étrangers "inamicaux" le paiement des hydrocarbures en roubles.

avec :

Christophe Boucher (économiste, professeur à l’Université Paris Nanterre).

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« Si vous voulez du gaz, trouvez des roubles », a déclaré le président de la Douma, la chambre basse du parlement russe. Vladimir Poutine demande désormais que le paiement du gaz russe acheté par les pays qu’il considère comme « inamicaux », se fasse non plus en euros ou en dollars mais en roubles. La monnaie russe est fragilisée sur les marchés, en raison des sanctions internationales imposées avec la guerre en Ukraine. Que vise Moscou en exigeant ces paiements en roubles ?

Guillaume Erner reçoit Christophe Boucher, professeur d’Économie à l’Université de Paris Nanterre, membre du Laboratoire Economix, directeur de la recherche et de la stratégie chez ABN AMRO Investment solutions, gérant d’actifs financiers.

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Signification du paiement du gaz russe en roubles

La mesure mise en place par Vladimir Poutine s’applique à partir de début avril 2022, mais, explique Christophe Boucher, étant donné que les paiements des contrats se font mensuellement, les prochains paiements s’effectueront fin avril - début mai (2022). "Pendant quelques semaines, les rouages de ce nouveau mécanisme de paiement vont se mettre en place. De manière effective, c’est dans un mois qu’il sera possible de voir si tout se passe avec souplesse côté russe et occidental".

Selon la déclaration initiale du 23 mars 2022, pour avoir du gaz, il fallait payer en roubles. "Étant donné que les contrats sont libellés essentiellement en euros et en dollars, un changement de monnaie revient en fait à une rupture de contrat", remarque Christophe Boucher, "ce qui prend beaucoup de temps puisqu’il faut régler l’arbitrage au tribunal". La menace est selon lui assez peu crédible car, en attendant cet arbitrage, le gaz devra être livré.

"Au final, cela revient aujourd’hui pour les clients européens à créer un compte auprès de la Gazprombank en roubles et à continuer à payer en euros". Cela ne change pas grand chose si ce n’est, à court terme, le circuit de paiement et le risque opérationnel de la transaction.

Le problème du taux de change

Aujourd’hui on sait que le paiement s’effectuera sur la base d’un prix en euros avec un équivalent en roubles selon le taux de change du moment. "Cependant, la difficulté concerne le taux de change qui est en fait un faux taux de change", selon Christophe Boucher. "Le marché du rouble n’est pas totalement ouvert. Le taux de change est en apparence presque revenu au niveau d’avant l’invasion mais est un taux de change manipulé". On pourrait imaginer payer les transactions en euros avec équivalent en roubles mais suivant un taux de change imposé par la Banque Centrale (russe) elle-même, remarque le professeur d’économie.

L'objectif de Vladimir Poutine reste inconnu

"Beaucoup ont cru que cette mesure avait été prise pour soutenir le rouble ce qui n’est pas vraiment le cas car il y aura forcément une transaction des euros vers les roubles". Concernant le rouble, le nouveau mécanisme de paiement ne change quasiment rien si ce n’est qu’il oblige le fournisseur Gazprom(bank) à ne recevoir que des roubles. "Vladimir Poutine veut peut-être éviter que des entreprises privées, même si Gazprombank est en partie publique, ne stockent des devises".

Le prix du rouble affiché est complètement déstabilisé. Ce n’est pas un prix de marché explique Christophe Boucher. "Sur les marchés financiers, on a une sureprésentation d’individus qui veulent acheter du rouble et quasiment la porte fermée à ceux qui veulent en vendre".

Personne ne sait quel est le véritable objectif de Vladimir Poutine. "Il parle d’une première étape pour renforcer la souveraineté russe. Mais ni les clients, ni les diplomates russes et européens ne comprennent ce qu’est l’objectif final de cette mesure". Le seul point litigieux est les sanctions à l’égard de la Banque Centrale russe : les Américains et les Européens ont pris des mesures pour éviter toutes transactions avec elle. "La question reste de savoir si Gazprombank a le droit d’échanger avec la Banque Centrale russe. La mesure de Vladimir Poutine est symbolique et politique mais du côté russe et européen, personne n’a intérêt à ce que le gaz ne soit pas payé".