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/ ©Getty - Alessandro De Leo / EyeEm
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HSP, trois lettres pour « highly sensitive persons », qui désignent autrement dit celles et ceux que l’on qualifie désormais d’hypersensibles. L'hypersensibilité fait l'objet de nombreux articles et livres depuis quelques temps. Que recouvre précisément cette notion ?

Avec
  • Antoine Pelissolo Chef du service de psychiatrie de l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne)

« Êtes-vous hypersensible ? », « Faire de son hypersensibilité un atout », « L’émotion augmentée, la force insoupçonnée des hypersensibles », « Vivre avec l’hypersensibilité »… Articles et livres consacrés à l’hypersensibilité font florès. Depuis 2019, l’hypersensibilité a même sa journée nationale, le 13 janvier de chaque année.

Mais quelle réalité recouvre cette notion ? L’hypersensibilité est-elle caractérisée, scientifiquement documentée ? 

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Guillaume Erner reçoit Antoine Pelissolo, psychiatre, chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil, notamment co-auteur avec Célie Massini du livre Les émotions du dérèglement climatique, ed. Flammarion.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Ce qu'hypersensibilité veut dire

L'hypersensibilité, qu'est-ce que cela veut dire ?

Cela voudrait dire que certaines personnes auraient un fonctionnement émotionnel différent des autres, basé sur un fort ressenti des choses. C'est un concept global, qui serait déterminé par un trait de personnalité mesurable sur une échelle. Il y a une distribution, dans la population, de cette tendance. Le problème, c'est d'en faire une catégorie à part.

Bien souvent, la représentation du monstre aujourd'hui, c'est au contraire quelqu'un qui n'a pas d'émotions. Est-ce que cela existe ?

Il ne faut pas en faire des catégories différentes, c'est plutôt un trait : on est plutôt un peu, beaucoup, énormément sensible. La froideur est associée à ce qu'on appelle la psychopathie en psychiatrie : c'est une difficulté dans l'empathie. Cela ne veut pas dire qu'on ne ressent rien, mais qu'on se coupe des émotions des autres. Mais il s'agit avant tout de différences de degré.

Intelligence et émotions

L'hypersensibilité serait-elle la transposition du QI, dans le domaine non pas de l'intelligence, mais de l'émotion ?

Peut-être, en effet, puisque c'est un trait qui peut être mesuré entre des niveaux faibles et élevés. Mais que serait la sensibilité en question ? Dans ce modèle, c'est aussi une sensibilité esthétique, ou une sensibilité aux autres, ce qui semble un peu trop large, car la sensibilité est un phénomène complexe qui résulte de multiples opérations : les organes des sens, les émotions qui sont régulées par de nombreux processus complexes (cognition, mémoire...). Alors certes, en faire un mécanisme unique, qui serait en plus inné, permet d'expliquer beaucoup de choses sur les difficultés qu'on rencontre. Car la base de l'approche consiste à dire qu'au départ c'est un atout, mais dans la psychologie dite du développement personnel, c'est plutôt une manière d'expliquer une vulnérabilité qui ne dit pas son nom.

On parlait il y a quelque temps du QE (Quotient émotionnel), qui était plus ou moins une bonne chose car cela permettait au moins de dire que l'intelligence n'était pas la seule manière d'envisager le monde.

Oui, c'est un concept utile et on parle aussi d'intelligence émotionnelle. Mais c'est toujours difficile de résumer ces questions à un seul quotient, le monde est bien sûr plus compliqué. Dans le modèle de l'intelligence émotionnelle, c'est plutôt : essayer de se pencher sur la compréhension de ses propres émotions pour les décrypter. 

La fécondité d'une notion

Quand il s'agit de parler des "zèbres", des "hauts potentiels", on se rend compte qu'on essaie de réintégrer une réflexion sur les émotions à l'intérieur d'un cadre qui était avant beaucoup plus froid...

La recherche sur les émotions est très complexe, et c'est donc une façon de vulgariser les concepts qui a pour utilité de faire en sorte que chacun se penche sur son propre fonctionnement, réfléchisse... 

Est-ce que la diffusion de ce concept d'hypersensibilité permet à beaucoup de gens de se sentir mieux, ou est-ce une catégorie galvaudée à mettre de côté ?

Dès lors qu'on introduit une réflexion psychologique comme cela, c'est utile. Il faudrait essayer de dépasser cela, c'est-à-dire ne pas s'arrêter à cette notion un peu simpliste et se demander pourquoi on ressent les choses plus fortement. C'est vrai que ce modèle est au fond plus acceptable que d'autres : il vaut mieux se dire que l'on a un excès de qualités plutôt que des faiblesses. Ce ne sont pas des faiblesses, mais certaines vulnérabilités. Ce n'est donc pas une catégorie à éliminer, mais à ne pas trop simplifier.

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