Collection : DigitalVision Lieu : Kyoto, Kyoto, Japan ©Getty - Yagi Studio
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Résumé

Le rapport des Français à la science est mesuré régulièrement depuis 50 ans. La dernière étude en date sur le sujet a été rendue publique mardi 16 novembre 2021.Les Français font-ils confiance à la science ?

avec :

Michel Dubois (sociologue, directeur de recherche au CNRS, co-directeur de l’enquête « Les Français et la science 2021 » présentée au colloque Science and You à l’Université de Lorraine mardi 16 novembre 2021.).

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Faites-vous confiance à la science ? Dans une étude rendue publique mardi 16 novembre 2021, menée notamment par l’Université de Lorraine et Sorbonne Université, à cette question, plus de 8 Français sur 10 ont répondu lui faire confiance ou « plutôt confiance ». Mais dans le même temps, 4 sur 10 croient que des preuves formelles attestent l’existence de théories conspirationnistes. Qu’en déduire ? Le rapport des Français à la science est mesuré régulièrement depuis 50 ans. Qu’est-ce qui a changé ? 

Guillaume Erner reçoit Michel Dubois, sociologue, directeur de recherche au CNRS, co-directeur de l’enquête « Les Français et la science 2021 » présentée au colloque Science and You à l’Université de Lorraine mardi 16 novembre 2021. Il est aussi du directeur du Groupe d'étude des méthodes de l'analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass).

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Une France rationaliste

Dans la période particulière que nous traversons, il a été beaucoup question d'une défiance des Français vis-à-vis de la science. Qu'en est-il selon vos observations ?

Notre parti pris, avec mes collègues, a été de prendre un peu de recul. On a vu une accumulation de sondages d'opinion qui témoignent d'oscillations souvent spectaculaires mais aussi régulièrement variables et parfois sans conséquences. Nous avons essayé de nous distancier sur les grandes enquêtes nationales au sujet du rapport des Français à la science, enquêtes qui existent depuis cinquante ans. Nous n'avons pas commenté les petites oscillations, mais essayé de restituer les grandes évolutions.

Notre enquête montre qu'il y a un niveau de confiance très élevé, mais normalement élevé. Cela fait cinquante ans qu'on a toujours environ 80% de la population qui fait confiance aux chercheurs, aux institutions. Par contre, la période Covid a été un moment d'incertitude, à la fois de surexposition de la parole scientifique dans l'espace public, et en même temps, on a vu des querelles, des controverses. Elle a aussi été un grand moment de pédagogie, la communauté scientifique ayant beaucoup communiqué sur ses travaux.

Les Français et les théories du complot

On a l'image d'une France plutôt rationaliste, plutôt confiante vis-à-vis de la science, pour 8 Français sur 10, et des Français qui croient dans des théories conspirationnistes pour 4 Français sur 10 (croient en l'existence de preuves attestant de théories conspirationnistes). Donc c'est quelque chose qui peut se conjuguer avec le rationalisme ?

On voit qu'il y a un problème d'interprétation des données présentes dans le rapport. Nous ne disons pas que 4 Français sur 10 sont conspirationnistes, mais que 4 Français sur 10 croient qu'il existe des preuves selon lesquelles il y a eu des complots dans l'histoire. La vraie question, c'est : à partir de quel moment on fait du complot une grille d'interprétation du monde ? Dans notre enquête, on a fait une gradation : on monte en intensité pour saisir la proportion de la population qui adopte une grille de lecture conspirationniste. Et là, on a plutôt un chiffre de 2 sur 10.

Les scientifiques et le conspirationnisme

On voit aussi que des scientifiques très reconnus ont abouti à des théories conspirationnistes...

J'ai aussi été frappé par les déclarations de certains de mes collègues. Je pense que cela pointe un vrai problème : il y a un doute, dans la population générale, sur la capacité des scientifiques à maintenir une autonomie par rapport à des intérêts privés. Nos collègues, quand ils font ce travail d'alimentation du complotisme, s'appuient de façon plus ou moins cynique sur ce doute. Donc l'enjeu pour notre communauté de scientifiques, c'est de faire un travail sur nous-mêmes et notamment sur la transparence quant à nos intérêts.