Manifestation de militants de l'ultra-droite devant la statue de Jeanne d'Arc à Paris, le 8 mai 2016.
Manifestation de militants de l'ultra-droite devant la statue de Jeanne d'Arc à Paris, le 8 mai 2016. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
Manifestation de militants de l'ultra-droite devant la statue de Jeanne d'Arc à Paris, le 8 mai 2016. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
Manifestation de militants de l'ultra-droite devant la statue de Jeanne d'Arc à Paris, le 8 mai 2016. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
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Qu’est-ce qui caractérise l’ultra-droite en France ? Plusieurs interpellations ont eu lieu dans ce milieu depuis quelques semaines. Un rapport parlementaire de juin 2019, estimait que la France comptait environ 3 000 personnes affiliées à la mouvance ultra droite. Quelle menace représente-t-elle ?

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Qu’est-ce qui caractérise l’ultra-droite ? Les violences survenues dimanche 5 décembre 2021 au meeting d’Eric Zemmour à Villepinte interrogent sur la nature des relations entre cette mouvance et les soutiens au désormais candidat. Depuis plusieurs semaines, les interpellations se multiplient dans les milieux de l’ultra droite. Quelle menace représente cette mouvance en France ? La question préoccupe les autorités. 

Guillaume Erner reçoit Mathieu Molard, rédacteur en chef du média en ligne Streetpress.com, co-auteur avec Robin d’Angelo, du livre Le Système Soral. Enquête sur un facho business (Calmann Lévy, 2015). 

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Ultradroite et extrême droite

Qu'est-ce qui caractérise l'ultradroite, et qui la distingue par exemple de l'extrême droite ?

C'est un terme utilisé par les services de police et de renseignement : ce n'est ni un terme de chercheurs, ni un terme de journalistes. Le terme permet de désigner une frange radicale qui a sombré dans la violence, avec le risque d'une dérive terroriste.

Il y a différents niveaux de rapports à la violence dans ces groupuscules ?

Ils sont différents et s'associent aussi à des idéologies différentes. Les gens qu'on a vus agir à Villepinte sont, pour certains, membres de groupuscules, notamment Les Zouaves Paris, groupuscule issu du GUD et d'une scission de l'Action française, petite bande ultraviolente.

Zemmour, Le Pen et les groupuscules d'ultradroite

Quel est le lien entre les candidats les plus à droite de l'élection présidentielle et ces groupuscules ?

Le lien avec les soutiens d'Eric Zemmour est aujourd'hui assez direct. Eric Zemmour s'est lancé dans la campagne avec un programme radical, et pas du tout de parti. Or sans parti, il faut des bras pour coller les affiches, organiser les meetings... Donc il a ouvert grand les portes à tous ces groupuscules. 

Cette histoire ressemble à celle de la création du Front National. Ce dernier se crée sur une idée qui s'appelle le "compromis national" : on prend toutes les familles les plus radicales de l'extrême droite et on prend un candidat, le plus modéré d'entre eux à l'époque, Jean-Marie Le Pen, qui est mis en avant pour représenter cette mouvance-là. Mais derrière lui, il y a les héritiers de la collaboration, les maurrassiens... On retrouve cela derrière Eric Zemmour dans ses soutiens.

On se dit que si ces groupuscules se mettent à son service, alors ils veulent faire pression pour qu'il suive un peu leur ligne...

Eric Zemmour fait campagne sur cette radicalité. Il a dit que l'Islam n'était pas compatible avec la République, ce que Marine Le Pen n'a jamais dit (cela ne veut pas dire qu'un certain nombre de ses soutiens ne l'ont pas dit ou ne le pensent pas). Il a pris un positionnement plus radical... Il a lancé des gages aux héritiers de la Manif pour tous, en disant qu'il reviendrait sur la loi permettant la PMA. Il accepte des groupuscules qui, au RN, sont maintenus à la frange, parce que le RN a une expérience politique qui lui permet de mieux soigner son image en évitant le même genre de débordements.

Les dissolutions 

Faut-il dissoudre ces groupes ? 

La dissolution ne doit pas être utilisée avec légèreté. Jusqu'à l'arrivée de Darmanin au Ministère de l'Intérieur, on en usait avec parcimonie, dans des cas extrêmes où il y avait une dérive globale d'un groupe vers la violence, et pas d'un individu au sein du groupe seulement. Mais Gérald Darmanin en a fait un outil politique, en les multipliant. Cela peut avoir un effet pervers : les militants de Génération identitaire, par exemple, étaient encadrés dans une structure qui leur donnait un horizon, radical certes mais pas violent pour autant.