Le pronom « iel » fait son entrée dans le dictionnaire Le Robert. - Crédits : dictionnaire.lerobert.com
Le pronom « iel » fait son entrée dans le dictionnaire Le Robert. - Crédits : dictionnaire.lerobert.com
Le pronom « iel » fait son entrée dans le dictionnaire Le Robert. - Crédits : dictionnaire.lerobert.com
Publicité
Résumé

Le pronom « iel » a fait son entrée dans l’édition en ligne du dictionnaire Le Robert. Que désigne-t-il ? Contraction des pronoms « il » et « elle », il renvoie au genre neutre dans la langue française.

avec :

Lila Braunschweig (chercheuse à Science PO en philosophie politique, auteure du livre « Neutriser. Émancipation(s) par le neutre », ed. Les liens qui libèrent.).

En savoir plus

Quand "il" et "elle" rencontrent un nouveau camarade : le pronom « iel ». Le pronom « iel » a fait son entrée dans l’édition en ligne du dictionnaire Le Robert et la nouvelle agite les esprits - l’Académie française a même été saisie du sujet. Comme le définit le dictionnaire de référence : « « iel » est « le pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre ». En clair, il ne désigne ni le féminin, ni le masculin, mais le neutre. Pourquoi cette entrée ? Le genre neutre est-il devenu nécessaire ou en train de devenir une norme ? 

Guillaume Erner reçoit Lila Braunschweig, chercheuse à Science PO en philosophie politique, auteure du livre « Neutriser. Émancipation(s) par le neutre », ed. Les liens qui libèrent.

Publicité

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

2 min

Le pronom "iel" et ses fonctions

Qu'est-ce que le genre neutre, et que désigne-t-il ?

Le genre neutre, si l'on pense au pronom "iel", peut désigner deux choses : il peut désigner une identification de personnes qui ne se reconnaîtraient pas dans le masculin ou le féminin ; mais il peut aussi désigner une manière de penser le genre au-delà de l'idée selon laquelle le masculin est le neutre.

Cette contraction des pronoms "il" et "elle" est-elle réellement utilisée ?

Elle l'est par des personnes qui se reconnaissent dans ce pronom, aussi dans des textes, par des chercheur.se.s. Je l'ai personnellement utilisé dans mon livre.

Il y a donc deux rôles différents ?

Oui, si l'on veut : celui d'identification d'une personne, et celui de pronom neutre plus général. Mais ce sont des rôles aussi complémentaires et qui visent à dépasser la binarité de la langue.

Qu'est-ce que cela change concrètement ?

Cela permet de ne plus exclure un certain nombre de personnes, mais aussi par exemple de ne plus désigner une assemblée d'hommes et de femmes composée à 90% de femmes avec le pronom "ils".   

Le français et les autres langues face au genre

Comment expliquer que l'usage du pronom neutre soit plus fréquent dans la langue anglo-saxonne que dans la langue française ?  

Il est plus facile, en anglais, de dégenrer la langue et d'utiliser le pronom neutre : le they, pluriel non-genré originellement. Ce qui est plus compliqué en français, c'est qu'il faut aussi genrer les adjectifs.

Dans les autres langues, y en a-t-il qui acceptent plus facilement le neutre, ou qui au contraire sont encore plus genrées que le français ?

Il faut noter que le neutre anglais a été utilisé comme une pratique délibérée de dégenrage de la langue. Les langues latines, en général, sont plus difficiles à dégenrer de cette manière-là. Mais par exemple, en Suédois, on utilise désormais le pronom "hen", qui désigne le genre neutre.

Est-ce que le débat très vif qu'il y a en France, on l'entend de façon aussi clivée dans d'autres pays ?           

Le débat sur le genre est clivant un peu partout, car il fait référence à des visions du monde très différentes. Mais la langue française est peut-être particulièrement concernée parce qu'elle est marquée par une forte binarité.

Les mouvements de la langue

Si le genre neutre se répand, qu'est-ce que cela va changer concrètement à la manière de parler ? Certains craignent un endommagement de la langue française. 

Il faut avoir une perspective plus large sur ces questions : la langue française évolue, et même les pratiques de genre en français ont évolué. On sait que l'idée selon laquelle le masculin l'emporte sur le féminin est quelque chose de récent, qui date du XVIIIe siècle, et qu'avant, les noms de métier étaient beaucoup plus féminisés : il y a eu un effacement du féminin.