Livraison d’armes à l’Ukraine : pourquoi la Suisse veut-elle (toujours) rester neutre ?

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/ ©Getty - pawel.gaul
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D’où vient la fameuse neutralité suisse ? Il y a quelques jours, le gouvernement helvétique a refusé de fournir des munitions de fabrication suisse à l’Allemagne – des munitions censées équiper des chars allemands livrés à l’armée ukrainienne. La Suisse a invoqué son principe de "neutralité".

Avec
  • Alexis Vahlas Enseignant à Sciences Po Strasbourg et à l’INSP (l'Institut National du Service Public) et ancien conseiller politique pour l’OTAN et l’Union Européenne

Pourquoi la Suisse est-elle traditionnellement neutre ? Il y a quelques jours, le gouvernement helvétique a refusé de fournir des munitions de fabrication suisse à l’Allemagne – des munitions censées équiper des chars allemands livrés à l’armée ukrainienne. Ce refus a été justifié par le principe de la « neutralité suisse ». Sur quoi repose ce principe ? Pourquoi est-il un pilier dans les choix politiques et diplomatiques du pays ? Comment cette neutralité est-elle perçue à l’international ?

Guillaume Erner reçoit Alexis Vahlas, enseignant à sciences Po Strasbourg et à l’INSP (l'Institut National du Service Public, le nouveau nom de l'ENA), ancien conseiller politique de l’OTAN et de l’Union Européenne.

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Rester neutre pour protéger la cohésion entre plusieurs identités linguistiques

Avant même le positionnement vis-à-vis de l’international, le principe de neutralité suisse est justifié par un positionnement de politique interne, selon Alexis Vahlas. "A partir du moment où les populations suisses sont francophones, germanophones, italophones, et que les puissances européennes sont dans des relations conflictuelles avec d’autres Etatson considère très vite que pour préserver la cohésion intérieure en Suisseil ne faut surtout pas se mêler des conflits internationaux en Europe" explique l’enseignant à l’Institut national du Service Public.

Un principe de neutralité appliqué depuis cinq siècles

Pour Alexis Vahlas, tout l’enjeu autour de ce principe de neutralité est de savoir rester neutre sur une longue durée. Et c’est le cas de la Suisse, officiellement neutre depuis 1516 où "la neutralité s’est renforcée jusqu’à devenir un mythe ; parfois on la change, on remet un petit peu en cause la doctrine mais on ne remet jamais en cause cette idée fondamentale. La raison est simple, la Suisse découvre que ça l’avantage beaucoup, que ça lui donne une position qui permet d’attirer des capitaux, de jouer le médiateur dans les conflits, et puis d’assumer une position originale dans le monde", précise l'ancien conseiller politique.

Une Suisse neutre mais armée

Bien que la Suisse opte pour la neutralité vis-à-vis des conflits autour d’elle, elle produit toutefois des armes ou des munitions qu’elle vend à des pays comme l’Allemagne. Il existe aussi en Suisse la conscription pour tout un chacun, un "service militaire obligatoire. Ensuite, en fonction de la période de service militaire d’un citoyen suisse, il y a aussi des périodes d’entraînement qui continuent tout au long de la vie avec la nécessité de participer à tout un dispositif de défense" explique Alexis Vahlas. Et si jamais la Suisse devait être attaquée, elle aurait largement les armes pour se défendre, plaide l’enseignant.

Le rôle de médiateur dans des conflits contemporains

On peut compter sur la Suisse pour négocier, et cela se vérifie avec un dernier exemple toujours d’actualité selon Alexis Vahlas : "l’absence de relations diplomatiques entre l’Iran et les Etats-Unis", contournée par le fait que les deux pays se servent de « l’ambassadeur de Suisse à Washington" pour échanger indirectement, explique-t-il. Le principe de neutralité militaire prévoit quant à lui que la Suisse ne contribue jamais directement à un conflit et que "toute livraison d’armes est proscrite". Toutefois, elle reste libre d’adopter des sanctions de type économique ou institutionnel. Très rapidement, "la Suisse s’est d’ailleurs alignée sur les mesures européennes de gel des avoirs russes et d’interdiction de son espace aérien aux avions immatriculés en Russie" explique Alexis Vahlas.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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