/ ©Getty - Michael Hall / Collection : The Image Bank Lieu : Sydney, NSW, Australia
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Résumé

A la faveur de l'annonce d’un âge légal de départ à la retraite à 65 ans, voulu par le candidat Macron, un chiffre a recirculé : « A 62 ans, un quart des 5% les plus pauvres en France sont déjà morts » (Libération 01/12/2021). Que dit ce chiffre ? Qu'enseignent les données sur l'espérance de vie ?

avec :

Sylvie Le Minez (responsable de l’unité des études démographiques et sociales à l’INSEE.).

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65 ans, c’est l’âge légal auquel le candidat Emmanuel Macron compte repousser progressivement l’âge de départ à la retraite, aujourd’hui fixé à 62 ans. Il a confirmé cette proposition de réforme lundi 14 mars 2022. Le même jour, Anne Hidalgo, a déclaré sur France Info que « Beaucoup de travailleurs parmi les plus pauvres sont morts à 62 ans » et « beaucoup plus encore à 65 ans ». Fin janvier 2022, le patron du MEDEF, déclarait, lui, que les Français avaient plus de 30 ans d’espérance de vie à la retraite. Que disent précisément les chiffres sur l’espérance de vie en France ? Sexe, diplôme, niveau de vie, quels sont les principaux déterminants ?

Guillaume Erner reçoit Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales à l’INSEE.

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

L'espérance de vie et le niveau de vie

L’espérance de vie varie en fonction du niveau de vie. Sylvie Le Minez détaille : "25% des hommes parmi les 5% des personnes les plus modestes en France sont déjà décédés à 62 ans. C’est cinq fois moins pour les 5% les plus aisés. Les femmes vivent plus longtemps. À 62 ans, 13% des femmes parmi les 5% les plus pauvres sont déjà décédées et 3% pour les plus aisées".

Ces chiffres sont les résultats d’une enquête faite en 2018. L’étude s’est basée sur des niveaux de vie de l’année 2011. "Les 5% des personnes les plus modestes ont en moyenne un niveau de vie qui est le revenu disponible des ménages divisé par le nombre de personnes du ménage, et donc disposent d’un revenu un peu inférieur à 500 euros par mois. A l’opposé, les 5% les plus aisés ont un niveau de vie de l’ordre de 5 500 euros par mois".

C’est un indicateur très utile pour approcher la différence de vie selon le niveau social mais il reste fictif et ne tient pas compte des mobilités sociales par exemple, ajoute-t-elle. "Quand on résonne sur l’espérance de vie par niveau de vie, on suppose qu’à chaque âge, les personnes vont être dans les 5% les plus modestes relativement à leur âge. On tient bien compte de la croissance des niveaux de vie en fonction de l’âge, mais on suppose que, toute leur vie, les personnes restent parmi les 5% les plus modestes à chaque âge, ou parmi les 5% les plus aisés à chaque âge".

Expliquer ces différences d'espérance de vie

Des comportements, des renoncements aux soins ou le type d’emploi expliquent ces différences. "En 2014, les 20% les plus modestes étaient 11% à avoir déclaré qu’ils avaient renoncé à des soins en raison de difficultés financières", explique Sylvie Le Minez. "Le niveau de vie implique souvent une position sociale plus élevée. On est plus souvent cadre qu’ouvrier et donc moins exposé à la pénibilité du travail et aux accidents du travail. Les comportements varient également et les personnes avec les revenus les moins élevés fument davantage au quotidien".

L’espérance de vie des femmes est de 85,4 ans et de 79 ans pour les hommes. Il y a toujours eu un écart entre femmes et hommes mais il se réduit au fil des années. "Cela s’explique à la fois parce que les femmes ont des carrières moins longues et travaillent plus souvent à temps partiel et donc sont moins exposées à des risques professionnels. Elles ont aussi un meilleur suivi médical, surtout pendant toute la période de vie féconde".

Concernant les aspects géographiques, les risques de décès sont moindre en Occitanie et dans les Pays de la Loire, et plus élevés dans les Hauts de France. L’Ile de France se situe légèrement au dessus de la moyenne concernent ces risques.