Illustration antique : Horace, Virgile et Varius à la maison de Mécène
Illustration antique : Horace, Virgile et Varius à la maison de Mécène ©Getty - ilbusca
Illustration antique : Horace, Virgile et Varius à la maison de Mécène ©Getty - ilbusca
Illustration antique : Horace, Virgile et Varius à la maison de Mécène ©Getty - ilbusca
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Jean-Michel Blanquer a annoncé vouloir développer l’enseignement optionnel de français et culture antique en 6ème et proposer le latin et le grec ancien en lycée professionnel. Il souhaite aussi coopérer avec d'autres pays européens autour des langues anciennes. Pourquoi ?

Avec
  • Florence Dupont latiniste et helléniste française. Professeure émérite de littérature latine à l'université Paris-Diderot,

Mardi 16 novembre 2021 était la première Journée européenne des langues et cultures de l'antiquité - journée au cours de laquelle Jean-Michel Blanquer a défendu l’apprentissage du latin et du grec ancien. Un projet que le ministre de l’Education nationale porte en collaboration avec plusieurs de ses homologues européens. La veille, dans une interview au « Point », il avait déclaré vouloir ouvrir et développer l’enseignement les langues anciennes à la rentrée prochaine. Pourquoi ce choix et pourquoi cette alliance européenne autour du latin et du grec ancien ? 

Guillaume Erner reçoit Florence Dupont, latiniste, helléniste, professeure émérite à l’Université de Paris.

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Etat des lieux

Le ministre de l'Education nationale a donc annoncé vouloir développer à la rentrée prochaine l'enseignement de culture antique. Qu'en pensez-vous ?

A priori, c'est tout à fait bien, mais la situation n'est pas exactement celle qu'il décrit : il n'y a pas de profs de latin et de grec, parce que les postes ont été supprimés, en particulier à l'Université en grec et en latin. Donc il faudrait doubler ces postes à la fois dans le supérieur et le secondaire, et alors nous croirons ces déclarations.

Quelle est la situation ?

Pour l'instant, les enseignants ne sont pas remplacés, et les postes disparaissent souvent. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des des déclarations, alors que depuis une vingtaine d'années, la disparition de postes continue.

Un enseignement élitiste ou passéiste ?

Est-ce que cela tient à aussi à ce que l'on entend parfois sur les langues anciennes ? Qu'elles seraient passéistes, élitistes... 

Oui, ce sont des choses qu'on entend. Mais si elles sont élitistes, c'est parce qu'on ne les offre pas suffisamment. Dans les lycées des périphéries, il y a des élèves pour qui c'est très gratifiant de participer à cette "grande" culture. Les parents le demandent, et quand les élèves suivent ces cours, ils ont envie de continuer. Mais dans beaucoup de lycées, on leur dit que ce n'est pas compatible.

Ensuite, sur le passéisme : dans la mesure où l'enseignement transmet une culture générale, tout est "passéiste". Est-ce que lire un roman du XIXe siècle, ou bien Voltaire, n'est pas passéiste aussi ? Tout est dans le rapport qu'on a avec ces auteurs et cette culture qui effectivement, appartiennent à notre passé.

Les contraintes budgétaires

Jean-Michel Blanquer soutient les langues anciennes aux côtés de ses homologues italiens, chypriotes ou grecs. Comment cela se passe-t-il dans d'autres pays ?

Il y a une tendance économique à supprimer ces enseignements. Je pense que la politique du latin et du grec se fait à Bercy, et pas chez Jean-Michel Blanquer, qui est soumis à des impératifs budgétaires.