Scooter en ville. ©Getty - Eleni Apserou / EyeEm
Scooter en ville. ©Getty - Eleni Apserou / EyeEm
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Résumé

A partir du 1er janvier 2022, la mairie de Paris a décidé que les scooters et motos à moteur thermique devraient payer pour stationner dans la capitale. Une décision dénoncée par la Fédération française des motards en colère. Pourquoi instaurer une telle mesure ?

avec :

Frédéric Heran (économiste et urbaniste, maître de conférences à l’Université de Lille 1 et chercheur au CLERSE (Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques)).

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Les motards sont en colère. Samedi 20 novembre 2021, ils étaient environ 500 à manifester dans les rues de la capitale. « Halte au racket ! » dénoncent-ils face à l’instauration du stationnement payant pour les scooters et motos à compter du 1er janvier 2022 à Paris. Pourquoi certaines agglomérations décident-elles de mettre en place cette mesure, considérée par certains comme étant socialement injuste ? Après la voiture, haro sur la moto ? Quel est l'objectif d'une telle mesure ? Quelles autres agglomérations l'ont déjà mise en place ? Quels ont été les effets produits ?

Guillaume Erner reçoit Frédéric Héran, économiste des transports et urbaniste à l'Université de Lille.

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Ce que vise cette mesure

Pourquoi les deux-roues sont-ils visés par le stationnement payant ? Quel est l'objectif d'une telle mesure ?

Il y en a au moins trois. D'abord, libérer les espaces publics, les trottoirs ; réduire les pollutions, les bruits et les accidents que génèrent ces deux-roues ; les traiter comme les voitures, car il n'y a pas de raison que leur stationnement soit gratuit alors que les automobilistes payent.

Deux-roues motorisés, un usage en baisse

Est-ce que l'on peut dire que l'usage des scooters et des motos en ville a augmenté dans les pratiques, récemment ?

Pas du tout. La pratique a beaucoup augmenté jusqu'en 2008, puis stagné pendant dix ans, et depuis trois ans, elle baisse assez fortement ; il y a environ un quart de deux-roues motorisés en moins par rapport à 2017.

Pourquoi ?

C'est lié à une hausse des prix des deux-roues motorisés, comme les normes sont plus fortes. Il y a aussi un désamour des usagers qui se mettent au vélo à assistance électrique parce que c'est plus écolo, moins dangereux. Il y a aussi, peut-être, un phénomène de génération.

Une mesure injuste ?

Le vélo électrique, le vélo tout court, cela a un certain nombre d'avantages. Mais c'est compliqué pour les déplacements interurbains à partir d'une certaine distance. Ces utilisateurs de deux-roues vont-ils être pénalisés par le stationnement payant ? 

En moyenne, un deux-roues motorisé fait un trajet d'environ 6 kilomètres, par déplacement. Cela veut dire que de nombreux déplacements sont pratiquement réalisables à vélo musculaire ou électrique.

Mais n'y a-t-il pas une forme d'injustice ? Les deux-roues peuvent être présentés comme plus rationnels parce qu'ils prennent moins de place comparé aux voitures, surtout pour des personnes seules.

C'est l'argument-clé des motards en colère, mais en réalité, tout l'espace de la voirie est immédiatement occupé par la voiture ou les deux-roues dès qu'il se libère. Ce n'est pas en facilitant le deux-roues motorisé qu'on favorise la circulation. Elle reste tout aussi congestionnée, en réalité.

La Fédération française des motards en colère a déposé un recours auprès du tribunal administratif contre cette mesure de stationnement payant pour les deux-roues motorisés. La décision n'a pas encore été rendue. Mais il y a selon cette Fédération une dimension d'inégalité sociale dans cette mesure. Est-ce que l'on sait qui sont les conducteurs de motos en ville ?

Ils sont assez variés. Entre un petit scooter et une grosse moto, il n'y a pas grand chose de commun. C'est toujours dur de généraliser. Malgré tout, on peut dire que c'est un mode de transport très genré : c'est utilisé à 85% par des hommes, plus encore quand le deux-roues motorisé est un gros cube. Ensuite, c'est socialement plus partagé. Pour les grosses motos, ce sont plutôt des personnes relativement âgées et qui ont les moyens de s'acheter un tel engin.

Quelle efficacité ?

Il y a déjà d'autres villes qui ont eu recours à ce stationnement payant. Avec quelles conséquences ?

Paris n'est vraiment pas la grande capitale qui a commencé. A Tokyo, à Londres, à New York, c'est le cas... Les conséquences sont très efficaces, il faut le dire. D'abord, tous les deux-roues motorisés "ventouse" disparaissent ; ce sont des deux-roues peu utilisés, ou même des épaves, qui encombrent les trottoirs. Les Parisiens, dans leurs quartiers, remarquent peut-être qu'il y a des deux-roues qui ne bougent jamais. Un deuxième effet, c'est la libération des espaces publics

Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Élodie Piel
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation