Pourquoi la Chine s’obstine-t-elle à poursuivre sa politique zéro covid ?

Test covid réalisé sur une femme à Pékin le 25 novembre 2022.
Test covid réalisé sur une femme à Pékin le 25 novembre 2022. ©AFP - NOEL CELIS
Test covid réalisé sur une femme à Pékin le 25 novembre 2022. ©AFP - NOEL CELIS
Test covid réalisé sur une femme à Pékin le 25 novembre 2022. ©AFP - NOEL CELIS
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La colère monte en Chine contre la politique anti-Covid. Des milliers de Chinois ont manifesté ces derniers jours contre les restrictions sanitaires drastiques de Shanghai à Pékin, en passant par Canton et Wuhan.

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En fin de semaine (fin novembre 2022), des manifestations éclataient dans la plus grande usine de fabrication, d’i-phones. Jeudi 24 novembre 2022, l’ambassade de France en Chine a critiqué cette politique sanitaire. Pourquoi Pékin s’entête ?

Guillaume Erner reçoit Jean-Louis Rocca, sociologue, professeur à Sciences Po, chercheur au CERI (Centre de recherches internationales), auteur notamment de The Making of The Chinese Middle Class (Palgrave, 2017) et d’un article dans « Le Monde diplomatique » d’octobre 2022 intitulé « En Chine, la classe moyenne a besoin d’être rassurée ».

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Des manifestations inédites ?

Jean-Louis Rocca explique “les mouvements de mécontentement ne sont pas une nouveauté en Chine. En 2022, on compte un minimum de deux à trois grèves par jour” sur l’ensemble du pays. Mais “ce qui est inédit, c’est le fait qu’on ait, au même moment, des protestations dans plusieurs villes et des revendications qui fédèrent des gens assez différents, et des gens par exemple qui n’ont jamais participé à aucune manifestation ou conflit. C’est évocateur d’un ras-le-bol général vis-à-vis de ces mesures” ajoute le sociologue.

Des protestations pour le retour d’une vie stable et prospère

Pour autant, souligne Jean-Louis Rocca, “il ne faut pas s’exalter et annoncer la révolution. Les protestations sont aussi pour revenir à une vie tranquille, à régler des problèmes qui mettent en cause la stabilité de la vie quotidienne”. Comme le rappelle le sociologue : “aujourd’hui en Chine, les gens sont toujours attachés à cette idée qu’il faut avoir une vie tranquille et continuer à profiter de la prospérité. Ils sont toujours en faveur d’une stabilité politique, donc on critique, on remet en cause un certain nombre de choses mais dans certaines limites”.

Le chercheur au CERI explique qu’en Chine, “il y a une demande en faveur de la liberté d’expression, mais il y a encore une défiance vis-à-vis du système démocratique. Les gens veulent des syndicats, une liberté d’expression, en même temps le passage aux élections sera extrêmement délicat”. En effet, précise le sociologue, concernant "ce que l'on voit dans certains pays démocratiques", par exemple au Brésil, en l'Inde et en Europe, "on ne donne pas un très bonne image des systèmes d'élections".

Jean-Louis Rocca avance que “la société chinoise, depuis la fin du XIXème siècle, réclame et veut une vie stable et prospère. Ce sont les éléments fondamentaux. Et rien n’établit qu’un système d’élections puisse garantir mieux que le parti ce genre de vie”.

Une difficulté réelle de sortir de la politique zéro covid

Le sociologue explique qu’en Chine, “les gens restent attachés à l’idée que l’Etat doit les protéger de la maladie, les gens ont peur. Mais ce qui a mis les gens en colère, ce sont les mesures extrêmes”. Or, rappelle Jean-Louis Rocca, “le parti a loupé le tournant de la vaccination, et il est resté sur les logiques de confinement, de limitation de propagation de la maladie. Il a peu - voire très peu - vacciné la population chinoise, notamment les plus de soixante ans au nom de la précaution. Il y a eu peu de confiance dans le vaccin et dans son efficacité. On se retrouve avec une population de plus de soixante ans qui est vaccinée à hauteur de 30 ou 35%” seulement.

La principale difficulté aujourd’hui, souligne le chercheur, est que “des épidémiologistes dans le monde disent que l'abandon du zéro Covid aboutirait sans doute à quelques centaines de milliers de morts voire 1,5 million, selon certains chiffres. Et cela est insupportable, car toute la politique et le discours du parti sont basés sur la protection de la vie de la population, donc on aurait vraiment une défaite”, conclut le sociologue.

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