Chenilles urticantes.
Chenilles urticantes.
Chenilles urticantes. ©AFP - DOMINIQUE FAGET
Chenilles urticantes. ©AFP - DOMINIQUE FAGET
Chenilles urticantes. ©AFP - DOMINIQUE FAGET
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Résumé

Pourquoi la prolifération de certaines chenilles est-elle devenue un sujet d'inquiétude ? Fin avril 2022, les chenilles processionnaires de pin et de chêne ont été ajoutées à la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine. Pour quelles raisons ?

avec :

Jérôme Rousselet (Chercheur à l’INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) en biologique des populations et entomologie forestière, spécialiste des chenilles processionnaires.).

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La prolifération de certaines chenilles est devenue une affaire de santé publique. Dans un décret publié fin avril 2022, les chenilles processionnaires ont été ajoutées à la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine. Pourquoi est-ce devenu un sujet d’inquiétude ? Qu’est-ce qui caractérise ces chenilles processionnaires divisées en deux espèces distinctes - les chenilles processionnaires de pin et les chenilles processionnaires de chêne ? Comment expliquer leur expansion sur le territoire français ?

Guillaume Erner reçoit Jérôme Rousselet, chercheur à l’INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) en biologique des populations et entomologie forestière, spécialiste des chenilles processionnaires

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche.

La prolifération de deux espèces de chenilles processionnaires

Deux espèces de chenilles processionnaires ont été inscrites dans le code de la santé publique, la chenille processionnaire du pin et celle du chêne explique Jérôme Rousselet. "Ces deux espèces ont la particularité de se déplacer en procession. Une se développe plutôt en automne et en hiver tandis que l’autre au printemps ou en été".

C’est leur prolifération qui est considérée comme nuisible, l’espèce participant en temps normal à l’écosystème. Le problème est que ces chenilles possèdent de petites poches remplies de poils urticants pour leur défense et qu’elles peuvent libérer dans l’air et dans leur environnement. "Ce sont de véritables petits harpons qui contiennent des toxines qui entrainent une réaction lorsqu’elles entrent en contact avec la peau, les yeux, etc. Elles provoquent une démangeaison pouvant durer trois ou quatre jours voire une conjonctivite et une réaction plus grave dans de rares cas". 96,3% des réactions sont bénignes et 0,2% sont sévères.

Changement de territoire ou de zones de pullulation

Les chenilles processionnaires du pin étaient présentes dans le pourtour méditerranéen et sur le littoral atlantique. Avec le réchauffement climatique, elles ont pu coloniser d’autres territoires devenus favorables. "Par ailleurs, dans le nord de la France par exemple, on a planté beaucoup de pins depuis trois ou quatre décennies et notamment le pin préféré de cette espèce. La processionnaire du chêne était présente sur tout le territoire français mais ne provoquait des pullulements qu’au niveau du Grand est. Aujourd’hui cette zone de pullulation est en train de s’étendre, notamment lorsque les forêts sont mises en contact avec des milieux urbains".

Vivre avec les processionnaires

Selon Jérôme Rousselet, l’impact sanitaire sur l’arbre est faible. "Le risque est davantage de provoquer un affaiblissement de l’arbre qui le rend plus vulnérable à d’autres maladies ou parasites".

Ces chenilles ont beaucoup de prédateurs, comme la mésange ou certains parasites. Cependant la processionnaire du pin est montée vers le nord mais ses parasites n’ont pas suivi. Seule des associations de méthodes pourraient offrir une solution à la prolifération. Tant qu’il y aura le changement climatique, des changements d’usages des sols et tous les changements anthropogéniques, il ne sera pas possible de contenir la prolifération de ces chenilles. Il va falloir s’organiser et vivre avec, tout d’abord en connaissant bien leur biologie. On pourra jouer sur le paysage, notamment pour la processionnaire du pin qui préfère les pins noirs. Nous sommes assez désarmés face à la processionnaire du chêne".