Photo prise lors du débat de l’entre deux tours mercredi 20 avril 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Photo prise lors du débat de l’entre deux tours mercredi 20 avril 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.
Photo prise lors du débat de l’entre deux tours mercredi 20 avril 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. ©AFP - LUDOVIC MARIN
Photo prise lors du débat de l’entre deux tours mercredi 20 avril 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. ©AFP - LUDOVIC MARIN
Photo prise lors du débat de l’entre deux tours mercredi 20 avril 2022 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. ©AFP - LUDOVIC MARIN
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Résumé

Quels enjeux se dessinent au lendemain du second tour de l'élection présidentielle 2022 ?

avec :

Yves Bardon (directeur de la prospective à Ipsos).

En savoir plus

Pour analyser les résultats du second tour de l'élection présidentielle 2022, Guillaume Erner reçoit Yves Bardon, directeur de la prospective à l’Institut de sondages Ipsos.

Comment expliquer ce score ?

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Yves Bardon : "C'est dû à une accélération de dernière minute. On avait vu progresser, notamment après le débat, les intentions de vote en faveur d'Emmanuel Macron. Elles se sont confirmées hier (dimanche 24 avril 2022). L'effet de plafond de verre fonctionne toujours et le débat a montré ce problème de niveaux qui a été évoqué par plusieurs commentateurs parce qu'elle (Marine Le Pen) n'a pas réussi à convaincre les Françaises et les Français qu'elle était en mesure d'exercer la fonction présidentielle, notamment dans un contexte de crise, comme on l'a déjà évoqué : crise sanitaire, situation guerrière avec l'Ukraine et crise économique qui se profile avec l'inflation, et toutes sortes de difficultés pour les Français."

Lorsqu'on fait la somme les différents partis qui ont appelé à voter en faveur de Marine Le Pen, est-ce qu'elle a fait le plein de ses voix ? Est-ce que l'on sait ce qui s'est déroulé en matière de reports de voix ?

Yves Bardon : "On voit finalement que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont venus à contrecœur parce que pour eux, c'était vraiment quelque chose d'extrêmement difficile. C'était un exercice inhumain d'aller voter Macron après les cinq ans que l'on a vécus, ce que l'on a vu sur les réseaux sociaux. Mais ils y sont allés. Maintenant, il y a quand même une grande proportion d'abstentionnistes au premier et au second tours, qui sont des gens qui ne se reconnaissent absolument pas dans l'offre et qui font passer un message antisystème. Il va être extrêmement compliqué de les convaincre qu'ils doivent participer à une élection."

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Comment s'est organisé le report des voix du côté de la droite "dure" ?

Yves Bardon : "Marine Le Pen a fait le plein de celles et ceux qui s'identifient à cet autre bloc qu'on peut appeler les antisystèmes d'extrême droite. Cette élection a montré l'existence de quatre France. On a une France antisystème d'extrême gauche qui s'incarne en Jean-Luc Mélenchon, qui veut une alternative antilibérale. Vous avez l'autre France anti-système qui, elle, s'identifie à l'extrême droite de Marine et pour laquelle il y a un double problème, qui est à la fois social et identitaire. Il n'y a pas ce problème identitaire dans le bloc antisystème extrême gauche, mais il est central et Zemmour l'a parfaitement démontré. Il y a une troisième France qui s'identifie au système. C'est la France qui va bien. C'est celle qui a voté Macron dès le premier tour. C'est celle qui avait voté pour lui il y a cinq ans : ce sont les retraités. Ce sont les catégories aisées. Ce sont les urbains. Ce sont des cadres actifs pour lesquels tout va bien. Et puis il y a les abstentionnistes."

Sur la carte de France, deux zones concentrent le vote Marine Le Pen : le nord et l'arc méditérranéen. Plus de 50%...

Yves Bardon : "Oui, absolument. Il suffit d'aller dans ces régions pour voir des friches industrielles, voir ces fameux déserts dont on parle depuis des années : déserts industriels, déserts médicaux, Un problème d'infrastructures que la crise de la Covid-19 a révélé puisque des gens n'avaient absolument pas accès ni au télétravail, ni au télé-enseignement, ni à la télémédecine. Car ils n'avaient même pas la fibre ! Ces gens-là se sentent laissés pour compte depuis des années et des années. C'est le même schéma qu'on retrouve dans les territoires ultramarins qui ont voté Marine Le Pen dans des proportions absolument invraisemblables quand on se souvient des discours du Front National il y a quelques années. Pourtant, ils n'ont pas hésité à manifester un mécontentement qui est lié au sentiment qu'ils se sentent ignorés au double sens, à savoir méprisés et méconnus."

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La gestion de la crise sanitaire peut-elle aussi expliquer ce vote extrêmement élevé en faveur de Marine Le Pen ?

Yves Bardon : "Elle n'a pas pris des positions très claires par opposition à Emmanuel Macron, mais elle a attiré vers elle tous les antis : les anti-vax, les anti-libéraux, les anti-élites aussi. Il y a même une analogie à dresser avec les trois piliers de la campagne de Trump : le système est détruit, les élites vous méprisent et l'Amérique d'abord. On retrouve un peu ce schéma chez Zemmour, avec une crispation identitaire beaucoup plus marquée que chez Marine Le Pen. Mais on a la même idée que ça ne va plus, qu'il faut tout changer parce que les élites ne tiennent absolument pas compte de la vie des gens. Et ça a été particulièrement clair au moment de la Covid, avec toutes les contraintes - je rappelle quand même trois confinements, trois couvre-feux, les vaccins obligatoires et toutes sortes de contradictions de "stop and go" qui ont profondément irrité une grande partie de la population."

Avec ce nouveau paysage politique, les choses ne sont plus aussi simples qu'au début de la Ve République. Que peut-il se passer aux élections législatives les 12 et 19 juin prochains ?

Yves Bardon : "D'abord, l'élection législative, c'est 557 élections différentes avec des sortants dont on va juger le bilan. Ensuite, il y a les fameuses alliances dont on ne peut rien dire pour le moment. On ne sait pas si les gens vont s'engager dans une vague de soutien à Emmanuel Macron ou au contraire, manifester leur volonté de renverser la table. Dans une étude que nous avons réalisée récemment, 56% des Français souhaitent une cohabitation. C'est une moyenne et ça monte à plus de 80% chez les supporteurs de Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou Eric Zemmour. Donc, c'est là qu'on va voir si les gens donnent au président les moyens de gouverner ou s'ils s'amusent à lui mettre tout de suite des bâtons dans les roues. Parce que la grande difficulté pour Macron maintenant, ça va être de rassembler ces fameuses quatre France, c'est ça la grande difficulté."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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Références

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production
Élodie Piel
Collaboration
Vivien Demeyère
Réalisation