Photo prise en Indonésie le 7 mars 2021 dans une plantation de palmiers à huile.
Photo prise en Indonésie le 7 mars 2021 dans une plantation de palmiers à huile.
Photo prise en Indonésie le 7 mars 2021 dans une plantation de palmiers à huile. ©AFP - CHAIDEER MAHYUDDIN
Photo prise en Indonésie le 7 mars 2021 dans une plantation de palmiers à huile. ©AFP - CHAIDEER MAHYUDDIN
Photo prise en Indonésie le 7 mars 2021 dans une plantation de palmiers à huile. ©AFP - CHAIDEER MAHYUDDIN
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Résumé

L'Indonésie, premier pays producteur d’huile de palme au monde, exporte 60% du marché mondial. Jeudi 28 avril 2022, le pays a suspendu ses exportations d'huile de palme. Pourquoi cette décision dans un contexte où le marché des huiles végétales au global est déjà sous tensions ?

avec :

Pierre-Marie Aubert (chercheur en politiques agricoles et alimentaires à l'IDDRI, l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales, auteur d’une étude pour l’IDRI sur la durabilité de l’huile de palme.).

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L’Indonésie suspend ses importations d’huile de palme. Certes, l’huile de palme agrège beaucoup de maux : jugée mauvaise pour la santé, responsable de la déforestation et de la violation des droits humains. Mais dans un contexte mondial où sur le marché des huiles végétales, les tensions sont déjà fortes, quelles conséquences peut avoir cette décision – l’Indonésie représentant, à elle seule, 60% de la production mondiale d’huile de palme ?

Chloë Cambreling reçoit Pierre-Marie Aubert, chercheur en politiques agricoles et alimentaires à l'IDDRI, l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales.

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

La décision indonésienne et l’augmentation du prix des huiles végétales

L’Indonésie est le premier producteur d’huile de palme et en exporte une grande partie explique Pierre-Marie Aubert. "Depuis la fin 2020 et avant même l’invasion de l’Ukraine, le prix des huiles végétales sur les marchés mondiaux a plus que doublé. Le gouvernement indonésien a considéré que ce renchérissement des prix sur les marchés mondiaux et le fait que cela faisait partie des rentrées de devises majeures du pays était une des causes majeures de l’inflation galopante". Arrêter les exportations pouvait être une manière de réduire l’inflation sur les huiles végétales qui sont des produits de première nécessité.

Depuis la fin 2020, l’ensemble des prix des matières premières dont l’énergie et les fertilisants et par conséquent les matières premières agricoles ont augmenté. "On ne peut pas isoler les huiles végétales de ces dynamiques. Selon les indices FAO, le prix avait doublé en février 2022 avant l’invasion. Par rapport à la base de 2020, le prix est actuellement à x2,6".

Les exports indonésiens d’huile de palme représentent 10% de la consommation mondiale d’huile végétale. "L’Europe concentre 10% des importations d’huile de palme avec environ 7 millions de tonnes d’huile végétale importées. Elle en produit 11 millions de tonnes."

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Les huiles végétales dans la production d’agro-carburants

Près de 50% de l’huile de palme qu’on importe sert à faire des agro-carburants (tout comme 70% de l’huile de colza qu’on produit). L’incidence de l’augmentation des prix est double explique Pierre-Marie Aubert. "Le renchérissement des prix va contribuer d’une part, en Europe comme ailleurs, à augmenter le prix à la consommation des huiles de cuisson". En France l’inflation est contenue avec 4 ou 5% d’inflation sur les huiles végétales. En Europe, l’inflation est à plus de 18%. En Pologne ou en Espagne, elle a dépassé les 20%. L’augmentation des prix concerne également tous les produits qui intègrent ces huiles-là.

"La deuxième conséquence concerne le marché de l’énergie. Quand les taux d’incorporation des huiles végétales dans les carburants sont aussi importants, la question de la viabilité de cette industrie est posée, compte tenu des questions environnementales qu’elle pose".

"L’huile de colza et l’huile de soja peuvent offrir des substituants. La France produit entre 1,5 et 2 millions de tonnes par an dont l’immense majorité est destinée aux agro-carburants". La question que soulève Pierre-Marie Aubert est de savoir comment une partie de ces huiles peut revenir dans les usages domestiques. La réorientation stratégique est cependant complexe puisqu’il faut aussi atténuer la crise des prix de l’énergie.

Les réorientations stratégiques et la réduction de la consommation

"Le développement de l’énergie basée sur la biomasse fait partie des orientations prises actuellement. Réorienter une partie des huiles végétales destinées au carburant pour la consommation des ménages est une option sans regret pour les conditions environnementales".

Il est important de savoir que la consommation d’huile végétale dans le monde est presque une fonction linéaire du niveau de vie, selon Pierre-Marie Aubert. Plus le PIB des pays est faible, moins ils consomment d’huiles végétales. "Aujourd’hui, la tendance est à l’augmentation de la consommation par individu". Pierre-Marie Aubert donne les ordres de grandeur : il s’agit de 10 kilos dans les pays les moins avancés, 40 kilos aux Etats-Unis et entre 25 et 30 kilos en Europe. "Comment réduire cette augmentation galopante de la consommation d’huile de palme chez les ménages les plus aisés ? "

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