Photo prise à Paris le 17 décembre 2019.
Photo prise à Paris le 17 décembre 2019. ©AFP - ALAIN JOCARD
Photo prise à Paris le 17 décembre 2019. ©AFP - ALAIN JOCARD
Photo prise à Paris le 17 décembre 2019. ©AFP - ALAIN JOCARD
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Quelles conséquences pourrait avoir la démission collective de 1000 médecins et chefs de structures qui menacent de quitter l'hôpital ? Faut-il un nouveau plan hôpital ?

Avec
  • Agnès Hartemann Chef de service de diabétologie à La Pitié Salpétrière à Paris, membre du collectif Inter-Hôpitaux

Plus de 1000 médecins, chefs de services ou de structures menacent de quitter l’hôpital. Mardi 14 janvier 2020, ils présenteront leur lettre de démission collective. Ils demandent à Agnès Buzyn, la ministre de la santé, d’ouvrir rapidement des négociations pour sauver l’hôpital public, en lutte depuis des mois, tous corps de métier confondus. Quelles conséquences pourrait avoir cette démission collective ? Faut-il un nouveau plan hôpital ?

Guillaume Erner reçoit Agnès Hartemann, chef de service de diabétologie à La Pitié Salpêtrière à Paris, membre du collectif Inter-Hôpitaux, fait partie des 1000 signataires médecins chefs de service ou de structures hospitalières prêts à démissionner si des négociations avec la ministre de la santé, Agnès Buzyn, ne sont pas engagées rapidement.

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Que signifie pour un médecin de démissionner de ses fonctions administratives ?

On continuera à soigner les gens, bien sûr, et ça, on le fera toujours de manière collective, en équipe. Mais on ne répondra plus à l'administration, on ne sera plus en lien avec elle, en particulier sur les thèmes de produire toujours plus d'activités, les bilans financiers, ces thèmes dont on ne supporte plus d'entendre parler. Agnès Hartemann

Les raisons du choix de démissionner du professeur Agnès Hartemann

Pourquoi je vais donner ma démission ? Parce que je suis amenée à faire des choses non éthiques [...] Le vendredi, quand on se rend compte que les 12 patients qui sont là sont extrêmement lourds, et bien on appelle celui qui devait rentrer pour éviter d'être amputé. Et on lui dit, "Écoutez monsieur, on ne pourra pas vous prendre. Il va falloir que vous alliez aux urgences près de chez vous, et on vous prendra quand on pourra". Comprendre un malade moins lourd. C'est terrible.

La dénonciation d'une logique comptable

"Depuis dix ans, on subit l'ambiance de l'hôpital-entreprise. Nous on prodiguait des soins, on s'est mis à nous demander de produire du séjour, de produire de plus en plus de séjours pour rapporter de l'argent à l'hôpital. Et c'est un jeu de dupes, parce que la Sécurité sociale a un budget fermé, elle n'a pas pu suivre. Donc, on nous a supprimé au fur et à mesure de plus en plus de moyens et les conditions de travail des personnels en particulier sont devenues très difficiles. Et on a perdu beaucoup, beaucoup d'infirmières." Agnès Hartemann

Derrière les économies, des personnels à bout et des situations dangereuses

"Les infirmières ont été découragées, elles sont parties : actuellement à l'APHP il y a 800 postes vacants d'infirmières. Depuis deux ans, on est partis en vrille. C'est à dire que maintenant, on est obligés de fermer des lits par manque de personnel. [...] Je vais donner ma démission, parce que je suis amenée à faire des choses non éthiques. Le vendredi, le samedi et le dimanche, il n'y a qu'une infirmière pour 13 lits dans cette unité [pour grands diabétiques]. Le vendredi, quand on se rend compte que les 12 patients qui sont là sont extrêmement lourds, et bien on appelle celui qui devait rentrer pour éviter d'être amputé. Et on lui dit "Écoutez monsieur, on ne pourra pas vous prendre. Il va falloir que vous alliez aux urgences près de chez vous et on vous prendra quand on pourra", pour prendre un malade moins lourd. C'est terrible. C'est une perte de chance terrible. Et si vous voulez prendre le patient le moins grave au lieu de prendre le patient le plus grave, c'est insupportable." Agnès Hartemann

Des annonces de la ministre jugées insuffisantes

"Vous savez on ne demande pas des choses folles. Je ne sais pas si tout le monde est au courant, mais le budget qui vient d'être voté pour l'hôpital public est à nouveau un budget à la baisse. En fait, il y a des charges à l'hôpital public et des salaires, il y a des traitements de plus en plus chers, les patients vieillissent, ils sont de plus en plus graves, donc ils demandent de plus en plus de moyens. Et donc, chaque année, si on veut juste couvrir les charges, il faut augmenter le budget de 4%. Et ce qui a été voté à l'Assemblée nationale, là, c'est 2,3%. Donc, on nous met à nouveau en déficit cette année. Donc, en effet, Agnès Buzyn a mis 200 millions de plus sur la table, mais juste pour être à l'équilibre budgétaire, même pas pour en avoir plus, juste pour être à l'équilibre, il fallait 800 millions." Agnès Hartemann

Pour être plus rentable, refuser les "Bed blocker"

"Au début, quand les patients arrivent, ils rapportent à l'hôpital, puis quand ils restent un peu trop longtemps, ils ne rapportent plus. C'est ce qu'on appelle des "Bed blockers". Ce sont des gens qui restent trop longtemps dans un lit et qui nous "empêchent" de faire du séjour sur ce lit. Et je sais qu'en Île-de-France, il y a beaucoup de lits pour ces patients là qui ont fermé à cause de ça, parce qu'ils coûtent cher et finissent par ne pas rapporter d'argent. Il y a des centres sur l'Île-de-France qui n'en prennent plus de nouveaux. Il y a donc une énorme demande par rapport au diabète à laquelle on ne peut plus répondre actuellement". Agnès Hartemann