Illustration d'un cerveau humain.
Illustration d'un cerveau humain. ©Getty - angelhell
Illustration d'un cerveau humain. ©Getty - angelhell
Illustration d'un cerveau humain. ©Getty - angelhell
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Après deux ans de pandémie de Covid-19, que sait-on des effets de ce virus sur notre cerveau ? Lundi 7 mars 2022, la revue scientifique « Nature », publiait une étude sur les effets neurologiques liés à l’infection au SarsCov2. Nos neurones pourraient-ils vieillir plus vite ?

Avec
  • Pierre-Marie Lledo Neurobiologiste. Directeur de recherche au CNRS (Gènes, synapses et cognition), Directeur de recherche à l’Institut Pasteur (unité Perception et Mémoire).

Et si le Covid-19 ne frappait pas seulement les poumons, mais aussi le cerveau ? Lundi 7 mars 2022, la revue scientifique « Nature », publiait une étude sur les effets neurologiques liés à l’infection au SarsCov2. Cette étude, menée par une équipe de chercheurs britanniques, vient consolider une hypothèse déjà formulée au début de la pandémie, il y a deux ans. Que sait-on aujourd’hui de l’impact du Covid sur le cerveau ? Nos neurones pourraient-ils vieillir plus vite ?

Guillaume Erner reçoit  Pierre-Marie Lledo, neurobiologiste, directeur de recherche au CNRS et Chef de l'Unité "Perception et mémoire" de l'Institut Pasteur.

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Une infection au niveau de la cavité nasale

Pierre-Marie Lledo explique l’origine de la présence des lésions dans le cerveau des personnes atteintes de SarsCov2 : « Lors de l’irruption de l’épidémie en Chine, l’infection au coronavirus se caractérisait essentiellement par des atteintes au système respiratoire allant d’un syndrome grippale léger jusqu’au tableau d’une pneumopathie bien plus sérieuse. Quand l’épidémie s’est transformée en pandémie, en février 2020, plusieurs études ont commencé à montrer du doigt que le système nerveux, notamment celui relié au goût et à l’odorat, était affecté ».

Le trouble de l’odorat est le signe le plus caractéristique de la maladie. « Les enquêtes de l’époque montraient que sur dix personnes infectées, huit montraient des troubles de l’odorat quand cinq avaient des troubles du goût » nous dit le neurobiologiste. L’étude menée par Pierre-Marie Lledo a explicité l’origine de ces troubles de l’odorat : « Nous avons apporté la preuve scientifique un an plus tard que ces troubles de l’odorat pouvaient être expliqués par la capacité du virus à infecter les cellules nerveuses que nous possédons dans la cavité nasale ».

La réduction du tissu nerveux

« On a été capable de montrer la présence de ce virus plusieurs mois après l’infection », explique Pierre-Marie Lledo. « Cette infection au niveau de la cavité nasale a des répercussions avec des destructions des cellules concernées. Nous avions émis l’hypothèse qu’il puisse y avoir des destructions du système nerveux par le virus mais également par les réponses immunitaires inappropriées déclenchées par l’infection, avec une vague qui pouvait se propager via la voix olfactive à l’intérieur du cerveau ».

L’étude a consisté à rappeler les patients plusieurs fois pour leur faire subir une IRM et à constater l’impact sur le cerveau. « Globalement, il y a entre 0,2 et 2% de réduction du tissu nerveux, essentiellement dans les zones où on trouve les neurones. Quand on trouve les territoires touchés par l’infection (la plupart des patients avaient eu des formes légères) la surprise était de constater que c’était toutes les régions du cerveau qui étaient régionalement reliées à l’odorat ». Le chercheur indique la direction future des recherches : « L’hypothèse est maintenant d’étudier les possibles conséquences d’une infection par le coronavirus sur l’incidence de la maladie d’Alzheimer ».

Un futur programme d’entraînement pour rééduquer les zones olfactives

Il n’y a pas vraiment de proportionnalité entre la gravité de l’infection observée et les manifestations neurologiques postérieures. Selon Pierre-Marie Lledo, « il est possible aujourd’hui de dissocier la forme sévère et aiguë lorsque les sujets ont été infectés des conséquences neurologiques ou psychiatriques postérieures ». En revanche, l’étude s’est faite en moyenne six mois après l’infection, et le chiffre de 2% de réduction du tissu cérébral pourrait éventuellement être différent plusieurs mois voire plusieurs années plus tard.

Les régions qui sont concernées sont en même temps des régions extrêmement plastiques explique le neurobiologiste. « Par un entrainement et une exposition aux odeurs, nous essayons de stopper la réduction de ces zones olfactives ». La neuroscience adopte aujourd’hui une autre démarche : « La grande révolution des neurosciences des dix dernières années est de comprendre le fonctionnement du cerveau, non pas en regardant dans le cerveau, mais en regardant comment le cerveau communique avec les autres organes. Beaucoup de pathologies neurologiques et psychologiques sont vues aujourd’hui à l’aune d’un trouble de la communication avec les organes ».