La Chine semble opter pour une certaine neutralité dans le conflit ukrainien.
La Chine semble opter pour une certaine neutralité dans le conflit ukrainien. ©AFP - Wu Hong
La Chine semble opter pour une certaine neutralité dans le conflit ukrainien. ©AFP - Wu Hong
La Chine semble opter pour une certaine neutralité dans le conflit ukrainien. ©AFP - Wu Hong
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Touchée par des sanctions économiques et politiques, la Russie semble de plus en plus isolée sur la scène internationale. Comment se positionnent ses alliés ?

Avec
  • Frédéric Encel Docteur HDR en géopolitique, professeur à l'ESG Management School et maître de conférences à Sciences-Po Paris

Si depuis le début du conflit les soutiens au régime ukrainien tentent de faire bloc et de resserrer leur étau autour de la Russie, les alliés historiques de Vladimir Poutine semblent quant à eux divisés sur la position à adopter, certains faisant même le choix de la neutralité. Entre appuis militaires, économiques et symboliques, sur qui peut encore compter la Russie ?

Chloë Cambreling reçoit Frédéric Encel, docteur en géopolitique et maître de conférences à Sciences Po Paris.

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La Chine un partenaire économique mais non pas un allié militaire 

Quel est est le niveau d’isolement de la Russie et sur qui peut-elle encore compter ?

Elle ne peut pas compter sur grand monde. Ses alliés sont soit des États non reconnus comme la Transnistrie, soit des États inféodés comme la Biélorussie, soit des États extrêmement faibles comme l’Arménie. Si on imagine que la Chine est un allié de la Russie, on se trompe lourdement. La Chine est un partenaire occasionnel de la Russie mais certainement pas un allié militaire. 

Quelle est la position de la Chine ? 

Le problème de la Chine est qu’aujourd’hui son partenaire russe remet en cause son axiome diplomatique fondamental à savoir qu’on respecte la sacro-sainte souveraineté des États. Or l’Ukraine est un État souverain qui entretient en plus de bonnes relations avec la Chine et qui importe beaucoup en Chine. C’est la raison pour laquelle il y a eu abstention. On ne peut pas imaginer face aux sanctions occidentales que Pékin se joigne à ce concert parce que depuis l’affaire libyenne du printemps arabe en 2011, plus jamais Pékin n’a voté contre Moscou et vice-versa. Seulement, il faut noter qu’en 2014, lors de l’annexion de la Crimée par Moscou, la Chine s’était déjà abstenue. On a un partenaire économique de plus en plus important qui n’est pas un allié militaire. 

La Chine pourrait-elle aider la Russie sur le plan économique ? 

La Chine va acheter davantage de pétrole et de gaz à la Russie qu’elle ne pourra plus vendre à l’Union européenne. Mais la Chine est un gros client très consommateur. De ce point de vue-là, l’entente normale va se poursuivre et va augmenter. Mais on est sur du quantitatif et non pas sur du qualitatif. La Chine ne va pas vouloir pallier à l’intégralité des sanctions occidentales. 

La position de neutralité de l’Inde 

L’Inde, quant à elle, garde une position de neutralité.

L’Inde pendant la Guerre froide était non alignée mais extrêmement proche de Moscou. L’Inde est orpheline de l’URSS et s’est rapprochée considérablement des États-Unis, notamment en 2005 par un accord de type nucléaire. On est vraiment sur une bascule vers l’ouest. Mais l’Inde ne veut pas apparaître comme appartenant à un bloc plutôt qu’un autre. Ça ne veut pas dire que l’Inde soutiendra ne serait-ce qu’économiquement la Russie. Mais ça signifie que l’Inde refuse d’être alignée dans une grande coalition occidentale. 

La sous-estimation russe de la puissance des sanctions occidentales et de la conscience nationale ukrainienne 

Vladimir Poutine a-t-il sous-estimé la puissance de la réaction sur le plan des sanctions ? 

C’est une certitude. C’est l’une de ses graves erreurs. Poutine pensait qu’il allait se passer ce qui était arrivé lors de son intervention militaire en Géorgie en 2008 où les sanctions avaient été très faibles, voire ce qui s’était produit en 2014 lors de son annexion de la Crimée et l’investissement dans le Donbass. Poutine a fait une autre erreur en mésestimant la conscience nationale ukrainienne qui se manifeste aujourd’hui. 

Différents scénarios sont avancés quant aux conséquences des sanctions. 

Attention à la bête blessée, à l’autocrate qui est en train d’échouer. L’amertume ou la frustration qui d’ores et déjà pointe au sein voire à la tête de l’armée russe risque de pousser Poutine à aller encore plus loin. Il ne peut pas se permettre en tant que chef d’État d’une grande puissance menant une guerre de l’arrêter sans n’avoir rien obtenu. 

Le président du Conseil européen Charles Michel a accusé hier la Russie de terrorisme géopolitique. Que penser de cette expression ? 

Sur le terrain c’est vrai car il y a eu violation de souveraineté. Sur le plan rhétorique, discursif, on a affaire à une véritable aberration – non le gouvernement ukrainien n’est pas un régime nazi. Et puis troisièmement, des cellules ont déjà été abattues. Mais il faut faire attention au galvaudage des termes. 

L'équipe

Chloë Cambreling
Chloë Cambreling
Chloë Cambreling
Production
Vivien Demeyère
Réalisation
Audrey Dugast
Collaboration