File d’attente devant un distributeur de billets à Moscou le 3 mars 2022. ©Getty - SOPA Images / Contributeur / Collection : LightRocket
File d’attente devant un distributeur de billets à Moscou le 3 mars 2022. ©Getty - SOPA Images / Contributeur / Collection : LightRocket
File d’attente devant un distributeur de billets à Moscou le 3 mars 2022. ©Getty - SOPA Images / Contributeur / Collection : LightRocket
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Résumé

Mercredi 16 mars 2022, la Russie devra honorer une échéance de remboursement de sa dette publique - 117 millions de dollars - dans un contexte où plane sur elle le risque du défaut de paiement. De quoi s’agit-il ? Qu'est-ce que cela signifie et implique ?

avec :

Sylvie Matelly (Economiste et directrice adjointe de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)).

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Moscou face à la menace financière. Dans 24 heures, mercredi 16 mars 2022, la Russie devra honorer une échéance de remboursement de sa dette publique - 117 millions de dollars - dans un contexte où plane sur elle le risque du défaut de paiement. Lundi 14 mars 2022, le ministère russe des Finances a accusé les Occidentaux d’orchestrer un défaut de paiement, de le provoquer « artificiellement ». De quoi s’agit-il ? La Russie, pourtant faiblement endettée, est-elle face au spectre d’une crise financière comme ce fut le cas pour elle en 1998 ? 

Guillaume Erner reçoit Sylvie Matelly, économiste, directrice adjointe de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Auteure notamment de « Géopolitique de l’économie » (Eyrolles, 2021).

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Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Moscou face à la menace financière 

Le défaut de paiement, selon Sylvie Matelly, peut concerner à la fois un état et une entreprise. Dans le cas des entreprises et des individus, on parlera de faillite. Selon elle, c’est un peu la même chose “à un moment donné je ne peux plus rembourser ma dette, pour différentes raisons: je suis trop endetté, les taux d'intérêts ont trop fortement augmenté, le coût de ma dette s’est amplifié et je ne peux plus l’assumer. Ou encore, comme dans le cas de la Russie, je n’ai pas les moyens financiers, je n’ai pas la monnaie, l’argent, pour rembourser ma dette.” 

Faire un parallèle entre la faillite d’une entreprise et celle d’un État 

Un état a sa monnaie, ce qui signifie qu’on peut créer indéfiniment de la monnaie et rembourser la dette de cette façon. Néanmoins, Sylvie Matelly nous rappelle que ce n’est pas tout à fait le cas, car si “on crée indéfiniment de la monnaie, on génère aussi de l'inflation". La Russie endettée vis à vis de l’étranger, est endettée en monnaie étrangère, en dollars, en euros, signifiant qu’elle se doit de rembourser dans cet argent là ; “encore faut-il y accéder” nous explique Sylvie Matelly. “La banque centrale russe n’a aucun moyen de fabriquer du dollar ou de l’euro.” 

Le risque ultime

Il y a déjà eu près de 70 défauts de paiements depuis une vingtaine d'années, c’est donc quelque chose d’assez courant selon Sylvie Matelly. Il y a d’ailleurs la possibilité d'un défaut partiel, celui de ne pas pouvoir payer momentanément une partie de la dette, on tente alors de renégocier avec les banquiers, ou alors de tout simplement arrêter de payer. Sylvie Matelly nous rappelle que les Russes ont déjà fait ça en 1918 avec les “fameux bons russes”. “Les Français avaient beaucoup financé et investi en Russie, avaient acheté des emprunts russes et se sont retrouvés avec des bouts de papiers qui n’avaient plus aucune valeur. Dans ce cas là, la crédibilité du pays est durablement pénalisée puisqu’on se dit que le pays ne remboursera jamais; et il est beaucoup plus difficile ensuite de contracter des crédits sur les marchés internationaux.” nous dit Sylvie Matelly. 

Le défaut artificiel

Le dernier défaut qu'ont fait les Russes était, selon Sylvie Matelly, en 1998. À cette époque, la Russie sort de la guerre froide et son économie est ravagée.  

Aussi, la grande crise Asiatique qui est une crise très importante en Asie, vient fragiliser les finances russes dans un contexte où l'État russe est endetté à hauteur de 130% du PIB. Le risque, dans cette situation, est que la Russie fasse défaut et ne puisse pas rembourser. 

Aujourd’hui, on est dans une situation très différente. En effet, selon Sylvie Matelly “on est dans une situation où la dette publique russe s’élève à 17%, où la banque centrale de Russie a fait d’énormes réserves de changes, d’or et autres, à hauteur de 630 milliards, en prévision de cette guerre et de ses sanctions. Où le fond souverain russe est aussi doté d'à peu près 200 milliards, et où la balance commerciale de la Russie est excédentaire puisqu’ils exportent et rendent le tarif des matières premières de plus en plus élevé. Tout cela signifie donc qu’on est dans une situation où la Russie a de l’argent." 

L’expression “défaut artificiel” utilisé par le président de la banque centrale, signifie que la Russie a les moyens de payer mais que ce sont les sanctions occidentales (le gel des avoirs de la banque centrale) qui les en empêchent : Les banques qui détiennent les avoirs, en dollars, en euros, refusent de les délivrer afin de permettre à la Russie de payer.

Un défaut de paiement qui pourrait ne jamais arriver ? 

La Russie arrive à vendre. Elle vend son gaz et commerce avec la Chine. Néanmoins, elle n’arrive plus à transformer ses roubles en dollars, en euro et n’arrive plus à mobiliser les réserves qu’elle a en monnaie étrangère. C’est selon Sylvie Matelly, “un peu comme si vous aviez de la monnaie plein les poches mais que vous n’aviez pas la bonne monnaie et que personne ne l’accepte.” 

Par ailleurs, Vladimir Poutine a demandé à ce que toutes les dettes à l’étranger soient payées en rouble, mais cela pose problème puisque le rouble à perdu près de 30% de sa valeur; personne ne souhaite du rouble et tout le monde considérera qu’on ne les paye pas si on propose de les payer en rouble. 

Une date pour le défaut de paiement de la Russie. 

Certains évoquent déjà, ce mercredi 16 mars (2022), puisqu’il y a une première échéance que la Russie va devoir rembourser. 

Mais, la dette publique est une multitude de crédits qu’on a contractés et qui arrive à échéance tout au long de l’année.  

La question qui se pose aujourd’hui, est donc celle de savoir à quelle échéance la Russie va-t-elle faire défaut : dans une semaine, un mois, deux mois ? 

Selon Sylvie Matelly “c’est difficile à dire.”