Le capitole, siège du congrès américain, 2019
Le capitole, siège du congrès américain, 2019
Le capitole, siège du congrès américain, 2019 ©AFP - OLIVIER DOULIERY
Le capitole, siège du congrès américain, 2019 ©AFP - OLIVIER DOULIERY
Le capitole, siège du congrès américain, 2019 ©AFP - OLIVIER DOULIERY
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Résumé

Quelles leçons tirer de l’insurrection du 6 janvier 2021 ? La démocratie américaine est-elle en danger ? Quel est l’impact de cet événement pour le parti républicain ? Plusieurs historiens s'interrogent...

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Un an après, Joe Biden a commémoré cette attaque en pointant l’ancien président et ses soutiens avec des mots durs et cette formule : « Je ne permettrai à personne de placer un poignard sous la gorge de la démocratie ». Le Trumpisme est-il une menace pour la démocratie? Plusieurs historiens s’interrogent à travers le monde.  

À commencer par Ran Halevi qui était l’invité des matins de France Culture ce jeudi et qui définissait un avant et un après « 6 janvier », comme une ligne de partage des eaux face à ce qu’il n’arrivait pas à définir comme une tentative de coup d’état mais bien comme une insurrection dans le sens que lui donnait Victor Hugo, une colère pensée comme légitime. Seulement voilà, l’insurrection a tourné à l’émeute, piteuse et effrayante précise Ran Halevi.

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Pour l’historienne Maya Kandel qui publie une note sur le site de l’Institut Montaigne, l’assaut du Capitole, loin de clore le trumpisme, a ouvert une nouvelle phase pour la vie politique américaine. Une nouvelle séquence fondée autour de deux « big lies », deux gros mensonges qui rassemblent les soutiens de Trump : «d’abord, la victoire de Biden aurait été volée, ensuite, l’assaut du Capitole, n’aurait été qu’une « manifestation pacifique de patriotes américains ». Deux mensonges, explique la spécialiste des Etats-Unis, qui ont dû être adoubés par la quasi totalité des élus républicains sous peine d’ostracisme politique et qui ont permis à la frange la plus radicale du parti d’ancrer son pouvoir. Une emprise sur sa base électorale, sur ses finances et sur le contrôle des candidats aux prochaines élections de mi-mandat. Une nouvelle droite, analyse Maya Kandel, qui agrège plusieurs mouvements, religieux, survivalistes, mais aussi intellectuels. Ce sont eux, nous dit-elle, cette nouvelle génération de journalistes et d’activistes organisés qui préparent la réélection de Donald Trump. Le 6 janvier n’était pas un chant du cygne, conclut l’historienne, mais le début d’une nouvelle ère politique, toujours plus intolérante, nihiliste, et dangereuse. 

Dans le journal Le Monde, l’historienne Kathleen Belewanalyse le mouvement white power qui sous-tend selon elle cette constellation politique.

La professeure de l’université de Chicago revient sur ce mouvement protéiforme, renforcé au fil des conflits comme le Vietnam ou les guerres du Golfe. Un mouvement sans hiérarchie et qui rassemble plusieurs groupes épars, avec une idée centrale, le suprématisme blanc, et un danger, le remplacement de la race blanche par l’immigration, le féminisme, les homosexuels, l’avortement, l’islam ou l’intégration.  Reste à déterminer, pour Kathleen Belew, l’audience réelle de ces groupes « white power », et leur capacité d’entrisme au sein du Parti Républicain...

Et dans le mensuel américain The Atlantic, le journaliste Barton Gellman décrypte l'organisation électorale de ce mouvement

Le 6 janvier n’était qu’un entrainement. Le prochain « Coup » ne sera pas violent, mais il a déjà commencé. Et le double lauréat du prix Pulitzer de s’inquiéter du manque de réaction face à cette mort annoncée du « corps politique » : Depuis plus d’un an déjà, avec le support tacite et explicite de leur parti, les Etats Républicains organisent un appareil de fraude électoral à grande échelle alerte le journaliste, le tout en inversant les hiérarchies du contrôle des votes  pour les mettre aux mains des partisans de ces fameux « big lies ». Et il ne s’agit pas d’un mouvement radical périphérique prévient Barton Gellman, non pour lui_, « Trump a construit le premier mouvement politique de masse américain prêt à se battre par tous les moyens, bains de sang inclus ». _

Alors la démocratie américaine est-elle d’hors et déjà condamnée ? La rédaction du The Economist apporte une petite note d’optimisme dans cet inquiétant tableau. Oui l’extrême partisannerie et le refus républicain d’accepter les résultats de l’élection sont une combinaison dangereuse admet le magazine, mais un renouveau démocratique est possible, et celui-ci sera républicain : La direction du parti est liée au destin d’un seul homme, et c’est cela justement qui permet d’espérer le changement.

Comme un écho à The Economist, le correspondant à la Maison Blanche de l’AFP,  Jerôme Cartillier, confiait jeudi dans Le temps du débat sur France Culture que l’extraordinaire énergie de Donald Trump n’avait d’égal que son invraisemblable solitude.

Par Mattéo Caranta

En savoir plus : L'avenir du trumpisme s'écrit-il aujourd'hui ?