Lycée Henri IV - lycee-henri4.com
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Résumé

A la rentrée 2022, les deux plus prestigieux lycées de Paris devraient mettre fin à leur selection sur dossier. Un coup de pouce pour la diversité sociale pour certain, la fin de l'excellence publique pour d'autres.

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Quand un logiciel met la pagaille sur la Montagne Sainte Genneviève

D’excellence, d’algorithme, et d’une polémique qui prend de l’ampleur depuis le début du mois de janvier.  Tout commence avec un mot obscur, AFFELNET, que nos auditeurs connaissent peut-être s’ils ont des enfants qui entrent au lycée. Affelnet, c’est l’algorithme des affectations, la plateforme qui calcule et répartit, surtout en fonction de l’origine géographique, mais aussi des résultats scolaires et d’un « quotient social », qui répartit les élèves dans les différents lycées de leurs quartiers.  

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A Paris, où la ségrégation scolaire est jugée problématique et où les stratégies d’évitement des parents ont fait couler beaucoup ces dernières années, la réforme a été pensé comme un moyen de renforcer la mixité sociale et scolaire dans les lycées. 

Seulement voilà, deux lycées ont échappé jusque-là à la réforme et ont pu maintenir leur droit de choisir leurs excellents élèves sur dossier : il s’agit de Henri IV et de Louis Le Grand. Enfin ça, c’était jusqu’à maintenant. Par ce que pour la rentrée prochaine, le rectorat a annoncé son intention de faire rentrer dans le rang ces deux monuments de la Montagne Sainte Genneviève à Paris et de mettre fin à ce régime dérogatoire.  

Le débat ne s’est pas fait attendre, et les tribunes non plus. Des tribunes pour la plupart signées par les parents d’élèves et les anciens de ces prestigieux établissements.  

La fin du public d'excellence ?

Comme dans cette tribune du _Mond_e, où un collectif met avant la richesse territoriale des élèves, à Louis le Grand les élèves proviennent de 175 établissements, 170 à Henri IV rappellent-ils, quel autre lycée en France peut se vanter d’une telle diversité ? Et les signataires de rappeler les cordées de la réussite, les soutiens financiers aux élèves, les fondations de leurs lycées respectifs. Mais ce que met surtout en avant ce collectif d’anciens élèves et de parents, c’est qu’un algorithme ne saurait intégrer toute la sensibilité nécessaire pour lire un dossier atypique, un profil particulier, pour distinguer un excellent d’un très bon.  

En creux, selon eux, l’un des objectifs de la réforme Affelnet est la disparition des « lycées de niveau ». Pour ceux qui resteront dans le public, ces filières d’excellence auront bel et bien disparu concluent les signataires, la réforme proposée entraînera demain une véritable ségrégation de niveaux et de classes sociales entre un secteur public dépouillé et un secteur privé en plein essor. 

Même son de cloche dans Le Figaro, où une centaine d’enseignants de ces deux prestigieux lycées du centre de Paris dénoncent la fin de l’excellence publique, le lissage du niveau et la disparition , je cite, « de l’ideal républicain de l’émancipation par la connaissance ». 

Toujours le figaro, le recteur de l’académie de Paris Christophe Kerrero défend la réforme. L’enjeu selon lui est au contraire de renouer avec cette promesse républicaine en permettant aux meilleurs élèves quelles que soient leurs origines sociales, d’entrer dans ces établissements. Preuve du manque actuelle de diversité pour le recteur, le taux de boursier que comptent Henri IV et Louis Le Grand, bien bien loin de la moyenne parisienne. Ne décourager aucun talent, être sûr dit-il, que le jeune Péguy ou le jeune Camus d’aujourd’hui puissent bénéficier de l’excellence. Voilà le sens de cette réforme pour Christophe Kerrero.  

Sur la plateforme La vie des idées du Collège de France, Pauline Charousset et Julien Grenet analysent l’impact de cette réforme sur les autres lycées parisiens... 

Oui ces deux chercheurs de l’Ecole d’économie de Paris scrutent dans une longue analyse les effets statistiques d’AFFELNET sur la diversité sociale dans les lycées, là où la réforme est déjà effective. Selon eux, cette analyse récuse l’idée selon laquelle on voudrait « briser l’excellence et faire le jeu du privé » : « les premiers éléments d’évaluation mettent en évident des effets conforme à ces objectifs  à la rentrée 2021 observent-ils, la ségrégation sociale des lycées publics de la capitale a diminué d’environ 30%  par rapport à la rentrée précédente. 

Ils démontrent également le recrutement social de ces deux lycées, qui compte près de 80% d’élèves issus de CSP très favorisées. Cependant, notent Pauline Charousset et Julien Grenet  Il serait illusoire de croire que ces modifications dans le recrutement suffiront à lever l’ensemble des verrous psycho-sociaux qui limitent l’accès de ces lieux d’excellence aux couches les moins aisées de la population. Surtout, concluent-ils, on peut enfin s’interroger sur les raisons pour lesquelles les lycées privés, financés à 73% par l’État et les collectivités territoriales, devraient eux, être exemptés de régulation en faveur la mixité sociale ».  

Au delà des chiffres et des débats, une chose est certaine comme le note Ismail Ferhat, professeur en science de l’éducation de Nanterre : l’écho médiatique rencontré par cette réforme n’a d’égal que la place monumentale qu’occupe l’excellence et ces deux lycées dans notre imaginaire. 

Par Mattéo Caranta

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