Novokuznetsk, Russia
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Novokuznetsk, Russia ©Getty - Olga Gordeeva
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Résumé

Plusieurs tribunes et enquêtes questionnent la mondialisation alors que la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine jettent une lumière crue sur nos interdépendances et nos fragilités. Dans "Project Syndicate", le philosophe Slavoj Zizek cherche la solution dans la magie de la langue française.

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La remise en cause d'un modèle

Guerre commerciale lancée par Donald Trump contre la Chine, pandémie de Covid-19, conflit en Ukraine ces dernières semaines, le commerce international tremble au gré des crises. Et plusieurs articles et dossiers annoncent la fin de la mondialisation heureuse. Fini, indique Martine Orange dans Médiapart, l’organisation industrielle mondiale qui a prévalu pendant quatre décennies. Le juste-à-temps, le zéro stock, la fragmentation de la production, et le "doux commerce" en prennent un coup. Le réveil est brutal, le retour à la normale, improbable. La mondialisation est dorénavant synonyme de fragilité et d’instabilité.

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Dans Le Monde, Antoine Reverchon signe un grand dossier au titre sans appel : "Pourquoi la mondialisation devient un problème après avoir été la solution. Alors pourquoi. Le journaliste se tourne vers l’économiste Isabelle Bensidoun  qui analyse comment les interdépendances autrefois perçues comme des garantes de stabilité géopolitique sont devenues, avec la pandémie de Covid, des sources de vulnérabilité. Pénuries de masques, de réactifs ou de médicament auraient marqué les esprits pour l’économiste. Problèmes d’approvisionnement en bois, en acier ou en semi-conducteur, marqueraient désormais les industriels. Et s’il fallait un coup fatal à cette mondialisation heureuse, c’est peut-être la Guerre en Ukraine qu’il faudrait invoquer pour Isabelle Bensidoun. Par le jeu des sanctions et la montée des tensions entre la Russie et les pays Occidentaux, celle-ci met en péril nos équilibres énergétiques et dévoile notre dépendance aux hydrocarbures, russes, notamment.

En plus du risque sanitaire, la mondialisation doit compter désormais avec le risque géopolitique.

Alors assiste-t-on à la fin du libre échange ? Les États doivent-il reprendre le contrôle de leur économie ? Voici des questions bien embarrassantes pour les tenants du libre-échange admet The Economist dans le Courrier International qui fait sa Une sur le sujet . Au fond, est-il prudent pour les sociétés ouvertes d’entretenir des relations économiques normales avec les sociétés autocratiques ? Faut-il aligner nos économies sur nos valeurs ? Et avec quelles conséquences ? Une chose est sûre convient le magazine libéral, Vladimir Poutine a fracassée l’idée selon laquelle libre-échange et liberté iraient de pair.  Toujours traduit par le Courrier International, le chroniqueur Larry Elliott du journal anglais The Guardian sourit devant le ton catastrophiste des institutions libérales de la planète, FMI en tête. "Si la mondialisation fonctionnait correctement souligne-t-il, la distribution des vaccins contre le Covid-19 aurait été plus équitable, au lieu d’aboutir à un apartheid vaccinal. Et Des mesures plus efficaces seraient prises pour s’attaquer au plus grand de nos problèmes collectifs : la crise climatique". La démondialisation annoncée n’est donc pas un drame pour le chroniqueur, ni à un repli, ni la fin de la coopération, "mais peut être le signe que l’ère de l’insécurité a commencé."

Comment faire face à cette nouvelle ère, c’est justement la question que pose le philosophe Slavoj Zizek dans Project Syndicate

C’est un long texte au titre évocateur de Héros de l’Apocalypse. Et le philosophe slovène voit dans la réponse des occidentaux à la crise ukrainienne un indicateur pour les crises à venir.  "Au fond, dit-il, il aurait été beaucoup plus commode que l'Ukraine tombe immédiatement, ce qui nous aurait permis d'exprimer notre indignation puis de reprendre nos activités habituelles. Ce qui aurait dû être une bonne nouvelle - un petit pays résistant de manière inattendue et héroïque à l'agression brutale d'une grande puissance - est devenu un problème dont nous ne savons pas trop quoi faire."

Et pour comprendre notre embarras et trouver quoi faire, Slavoj Zizek se tourne vers la langue française... C’est dans notre grammaire qu’il voit une solution. Plus précisément dans un petit outil de la négation. Le "ne", comme dans Elle doute qu’il "ne" vienne ou dans Je te fais confiance à moins que tu "ne" me mentes. Les exemples sont du philosophe mais on pourrait en trouver d’autres : je crains que tu ne te réveilles à temps pour aller à la radio ce samedi matin... j’ai peur que ta chronique ne soit trop longue...

Ce "ne explétif" puisqu’il faut l’appeler par son nom nous explique Slavoj Zizek, exprime l’écart entre ce que nous craignons officiellement et ce que nous craignons réellement. Il illustre la différence entre un souhait et un désir inconscient.

Et le philosophe pose la question : Et si ce "ne" pouvait s’appliquer également aux craintes européennes concernant l’arrêt des livraisons de gaz russe.  Nous avons peur que l’interruption du gaz Ne cause une catastrophe, mais si au fond, notre peur était autre. Si au fond, nous avions peur qu’elle ne cause pas une catastrophe. Qu’on puisse faire sans, vivre avec moins d’hydrocarbure, que changer de modèle ne soit pas au fond si compliqué. Autrement dit pour Slavoj Zizek, et si se trouvait là une occasion de changer nos modes de vies, "de faire du 'ne' un authentique acte politique pour la transition écologique."

Par Mattéo Caranta

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