Comment réinventer notre démocratie ?
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Comment réinventer notre démocratie ? ©Getty
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Résumé

Quelle sera l'impact de l'élection présidentielle sur notre gouvernance ? Quelles réponses donner à l’abstention sans précédent qui a marqué l’élection présidentielle ?

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Dans le Monde la constitutionnaliste Marie-Anne Cohendet s’inquiète d’un essoufflement de notre démocratie représentative. "Quand, en démocratie, la moitié de l’opinion vote pour des partis antisystèmes ou s’abstient, c’est que la Constitution mérite d’être révisée". Pour Marie-Anne Cohendet il conviendrait de rééquilibrer le pouvoir et la responsabilité du président en adoptant par exemple un mode de scrutin mixte ou proportionnel pour renforcer les votes d’adhésions et les alliances. Et donc les consensus. Elle soutient également l’idée d’élargir la place du référendum dans notre pratique politique. En faisant attention, toujours, à ce que cette fluidité législative soit en accord, avec nos droits fondamentaux.

Fluidifier le rapport entre politiques et citoyens*,* c’est aussi l’idée sous-jacente aux propositions que formulent Chloé Morin et Veronique Reille Soult dans le même journal, et qui s’opposent à l’idée du référendum, trop binaire à leurs yeux… "Pourquoi se contenter de consulter les citoyens quand on peut avant tout les écouter ? Les Français ont beaucoup plus à dire que "oui" ou "non". On voudrait nous faire croire qu’il n’y a rien ou presque entre le fantasme de l’agora grecque et la réalité de la Ve République. C’est faux." Pour ces deux spécialistes de l’opinion publique, un des moyens de revaloriser la parole citoyenne serait de créer un "commissariat général de la convention citoyenne permanent". Un intitulé légèrement obscur pour une sorte de convention citoyenne ressemblant à celle organisée pour le climat, permanente, comme un moyen de faire remonter des demandes locales et d’élaborer des propositions de loi, sous l’autorité directe du Président de la République.

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Mais comment, même à travers une convention citoyenne permanente, sortir de la culture du chef ? Le politiste Bastien François s’interroge dans Libération.

Pour ce défenseur de la première heure de la VIe République, le problème de la fatigue démocratique se poserait à quiconque souhaiterait gouverner. Et il ne s’agit pas seulement d’architecture institutionnelle pour lui mais bien d’une culture politique du chef "ancrée autant dans nos têtes que dans nos institutions". Pour Bastien François il faut être plus inventif, plus radical, construire de la porosité entre les citoyens et le pouvoir, entre la délibération citoyenne et la décision politique. "Pourquoi propose-t-il, ne pas permettre également aux citoyens de saisir par pétition le Parlement pour inscrire une question à son ordre du jour qui serait obligatoirement discutée en séance plénière ? Si Macron veut vraiment ouvrir 'une nouvelle ère', ajoute-il, qu’il commence par réunir une convention citoyenne sur le renouveau démocratique."

Des propos qui résonnent avec ceux du spécialiste de la démocratie participative Loic Blondiaux dans Télérama qui*, "au nom de la survie de notre modèle démocratique, appelle les politiques à prendre urgemment acte du fossé qui sépare les citoyens de notre système représentatif".* Et le politiste de proposer deux mesures concrètes qui ne demanderaient pas de révision de la Constitution selon lui : le recours réel à la proportionnelle et une rectification du calendrier des élections pour décorréler législatives et présidentielles. Deux mesures pour aider à la réconciliation entre gouvernés et gouvernants.

"Si la démocratie actuelle ne se réforme pas, prévient Loic Blondiaux, elle s’éteindra avec ceux qui y croient encore, (et qui sont de moins en moins nombreux)". Et il conclut avec les mots d’Antonio Gramsci qui illustrent pour lui notre situation : "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres."

Par Mattéo Caranta

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