Des activistes placardent le mot laicité, à Montreuil (93), octobre 2020
Des activistes placardent le mot laicité, à Montreuil (93), octobre 2020
Des activistes placardent le mot laicité, à Montreuil (93), octobre 2020 ©AFP
Des activistes placardent le mot laicité, à Montreuil (93), octobre 2020 ©AFP
Des activistes placardent le mot laicité, à Montreuil (93), octobre 2020 ©AFP
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Résumé

Alors que le projet de loi « confortant le respect des principes de la République », dite « loi contre le séparatisme », est entrée en lecture à l’Assemblée Nationale, les débats qui animent notamment les représentants des cultes religieux.

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« Faut-il se méfier des citoyens français croyants ? » 

C’est la question rhétorique qu’a posé aux sénateurs l’évêque Monseigneur Eric de Moulins Beaufort. Et la réaction du Président de la Conférence des évêques de France comme celles, variées, des représentants des différents cultes religieux, se trouvent dans un dossier disponible sur le site du quotidien La Croix qui suit de près les débats souvent houleux que suscitent le projet loi dit « contre le séparatisme ». 

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Dans la Croix donc, on peut lire une tribune des membres du GECI, le groupe des enseignants catholiques en islamologie qui s’inquiètent de la « remise en cause de l’équilibre apporté par le loi de 1905 ». Les auteurs de la tribune considèrent je cite, que le « renforcement de la police des cultes, l’atteinte à la liberté d’association [avec]  la signature d’un « contrat d’engagement républicain », ou  la possibilité d’exercer plus largement des contrôles sur les finances et les discours, nourrissent une image négative des religions auprès de nos concitoyens et heurtent [...] nos principes républicains ». Ils ajoutent : « Les leçons d’Alexis de Tocqueville sur l’importance de la religion pour répondre aux dérives totalitaires de nos démocraties ne sauraient être sacrifiées sous prétexte qu’il faut apporter une réponse législative au développement d’un islam politique et communautariste ». 

Dans le monde, la tribune de Mario Stasi, Président de la LICRA, répond à celle du politiste Raber Achi. Pour ce dernier : « Le combat contre une idéologie mortifère qui se réclame de l’islam ne saurait justifier des restrictions à la liberté d’association. Quand des lieux propagent la radicalisation » nous dit-il « il suffit de s’appuyer sur l’arsenal juridique existant. Et Raber Achi revient sur ce qu’il considère comme l’histoire cachée de la laïcité, celle de la laïcité coloniale pratiquée en Algérie où l’État Français tente malgré tout un contrôle du culte musulman. Pour Mario Stasi au contraire, “Ce texte de loi est une réponse aux séparatismes culturel, confessionnel et politique qui fracturent lentement, et depuis longtemps, notre nation”. Selon lui « c’est l’idéologie séparatiste de l’islamisme qui a nourri la haine de la République. Seule la laïcité entendue comme égale dignité, affirme le président de la LICRA, Seule la laïcité permet la liberté d’une construction harmonieuse et respectueuse des droits. »

La Laïcité, au coeur des débats de cette semaine à l’Assemblée Nationale… 

Et c’est Béligh Nabli qui la décortique dans un article issu de la Revue L’Ena hors les murs et publiée dimanche sur la plateforme d’analyse et de débat Chronik__. L’ancien professeur de droit à Science Po Paris revient sur ce qui a posé les bases de la laïcité pendant la Révolution Française, « le principe de la représentation se substitute au modele de l’incarnation : c’est la fin du pouvoir de droit divin ».

Béligh Nabli retrace ainsi le parcours d’une notion au sens et à la portée fluctuante dans l’histoire des IIIe, IVe et Ve République pour souligner comment La laïcité revêt traditionnellement « un seul et même sen explique-t-il,  celui de la neutralité religieuse de l’État », et non pas de la société. 

Et pourtant, note le maitre de conférence en droit public à l’université Paris-Est Créteil, il semble que la laïcité est investie aujourd’hui de pouvoirs magiques : elle aurait réponse à la menace terroriste, mais aussi à la désintégration territoriale et sociale qui gangrène la cohésion nationale. Béligh Nabli conclu : Derrière cette omnipotence supposée de la laïcité, c’est le spectre d’une conception identitaire et antilibérale qui tend à se diffuser et à diviser. 

Enfin dans le Figaro, on peut lire le philosophe Rémi Brague qui s’interroge : l’opposition entre loi de Dieu et loi de la République a-t-elle un sens ? 

D’abord, admet-il, parce qu’aucune loi humaine ne pourrait être supérieure à une loi divine, si tant est que l’on croit en Dieu. Ensuite, parce qu’il faut définir ce que c’est que la loi divine. « Pour les chrétiens nous dit le philosophe_, Dieu parle par la conscience, inscrite dans la nature de l’homme, que Dieu a créé animal rationnel. Rousseau appelait la conscience « instinct divin, immortelle et céleste voix»._ Le philosophe revient ainsi sur plusieurs épisode des Évangiles, d’Antigone de Sophocle et de la Bible pour dessiner une « crainte de ou des dieux » qui serait en fait la common decency d’Orwell, une décence commune, ce qui se fait et  ce qui ne se fait pas, ces lois que nul n’a jamasi su d’o`pu elles étaient apparues, selon les mots de Sophocle cités par le philosophe.

Revenant sur le débat autour de la laicité et des moyens de lutte contre l’islamisme radical, Rémi Brague ajoute : « on a l’impression que la laicité qui était une solution de compromis, est devenu un principe, voire une « valeur », et risque de devenir l’objet d’une sorte de religion. Et Cela fait sourire », fini par dire le philosophe. 

Par Mattéo Caranta

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