Et si nous nous projettions dans le futur pour penser l'économie ? Une idée à lire dans le Courrier International.
Et si nous nous projettions dans le futur pour penser l'économie ? Une idée à lire dans le Courrier International.
Et si nous nous projettions dans le futur pour penser l'économie ? Une idée à lire dans le Courrier International. ©Getty - Ben Welsh
Et si nous nous projettions dans le futur pour penser l'économie ? Une idée à lire dans le Courrier International. ©Getty - Ben Welsh
Et si nous nous projettions dans le futur pour penser l'économie ? Une idée à lire dans le Courrier International. ©Getty - Ben Welsh
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Résumé

Que faire de la dette, c'est le débat qui agite les économistes depuis plus d'une semaine. Un débat qui se nourrit des leçons du passé, mais aussi de celles du futur...

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Peut-on annuler la dette ? 

Cette question mérite un « previously », un « précédemment » comme on dit dans les séries, lorsque au début de chaque épisode on nous rappelle les évènements de l’épisode précédent. 

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Précédemment donc_,_ on a pu voir que la covid 19 a chamboulé les clivages politiques sur la question de la dette. Nombreux sont celles et ceux à droite comme à gauche qui évoquent la possibilité de prolonger la « dette covid », de l’annuler, de la maintenir avec ou sans hausse d’impôt, et ainsi de suite. Du « quoi qu’il en coute », au « qui va payer ». Et c’est ainsi que la semaine dernière, dans plusieurs grands titres européens, 150 économistes de 13 pays signaient un appel à l’annulation de la dette publique détenue par la banque centrale européenne. Les signataires, parmi lesquels le chercheur Baptiste Bridonneau ou l’économiste et députée européenne Aurore Lalucq, proposaient je cite « un contrat entre les Etats Européens et la BCE, “...”, cette dernière s’engage à effacer les dettes publiques qu’elle détient (...), tandis que les Etats s’engagent à investir les mêmes montants dans la reconstruction écologique et sociale ». 

Voilà pour le « précédemment ». Et cette semaine a commencé un dimanche par la réponse de la principale concernée, la Présidente de la banque centrale européenne Christine Lagarde, dans les colonnes du Journal Du Dimanche qui affirme : « l’annulation de la dette est inenvisageable ». Elle serait je cite « une violation du traité européen qui interdit strictement le financement monétaire des États », « Cette règle » poursuit Christine Lagarde « constitue l’un des piliers fondamentaux de l’Euro. » En Résumé pour l’ancienne ministre de l’Économie et ancienne directrice du FMI, la Banque Centrale Européenne créée de la monnaie, peut racheter de la dette publique sur les marchés, mais elle ne peut en aucun cas, être l’argentière des États de l’Union Européenne.

A sa voix s’ajoute dans Le Monde celle de Jean-Michel Naulot, ancien membre du Collège de l’Autorité des marchés financiers. Pour l’ancien banquier, « renoncer au remboursement d’une dette, ce serait d’abord enregistrer une lourde perte, comme n’importe quelle banque ». Et ici, le négatif serait selon lui de plus de deux mille milliards d’euros, » l’équivalent du Produit Intérieur Brut de la France. » 

Toujours dans le quotidien du soir, six des économistes de l’appel réaffirment leurs propositions. « Il ne s’agit pas de violer les traités européens » précisent-ils « puisque aucun traité n’interdit à un créancier de renoncer à ses propres créances ». Et les économistes d’en appeller au sens de l’Histoire : « Historiquement, d’autres banques centrales ont su, dans des périodes de crises ou de guerres, se réinventer et refonder leurs relations avec les gouvernements pour permettre à la société de se reconstruire. La crise sanitaire et la crise environnementale nous précipitent dans un tel moment historique. »

Le Point analyse ce débat au regard de l’histoire française

« De Louix XIV à Macron, histoire d’une addiction Française » c’est le long dossier très fourni réalisé par le journaliste Marc Vignaud qui fait la Une de l’hebdomadaire, et qui prend le prisme de la dette pour parcourir l’histoire de France et de l’Europe, de ses guerres et de ses révolutions. Une frise chronologique des mauvais payeurs qui part du très lointain pharaon Kheops cité par Herodote qui emprunte plus qu’il ne peut pour construire sa pyramide jusqu’à à nos jours. (en passant par la première banqueroute publique de Philippe II d’Espagne, fils de l’Empereur Charles Quint).

Le journaliste explore notamment comment en 1789 écrit-il « le roi convoque les états généraux avant tout pour redresser les finances royales » et comment, plutôt que d’entrer en banqueroute, qualifiée par Mirabeau « d’hideuse », « l’Assemblée décide de la confiscation des biens du clergé, considérés comme la seule planche de salut. Ceux-ci, nous explique Marc Vignaud, « sont mis à la disposition de la Nation et deviennent les bien nationaux ». Et le journaliste du Point cite à plusieurs reprise l’un des signataires de la tribune pour l’annulation de la dette, l’économiste Thomas Piketty, et son livre Capital et Idéologie, dans lequel il souligne la stabilité de la rente du capital au XIXe où la dette est sacrée, ce qui en fait le siècle des rentiers, figures très littéraires décrites dans les romans de Balzac, avant que le XXe siècle, ne signe, je cite, « le retour de l’euthanasie des rentiers ». Et ainsi vont les histoires de la dette et de la France, qui depuis le premier choc pétrolier en 74, conclue Marc Vignaud, « n’a plus jamais réussi à présenter un budget où les recettes couvraient entièrement les dépenses ». 

Une leçon du futur ? 

Et pour conclure cette leçon d’histoire, je vous propose également une leçon de futur, ou « l’art d’être de bons ancêtres », publié par le Courrier International cette semaine. Dans cet article du Boston Globe Ideas, le philosophe et politologue Roman Krznaric (KRIZNARIC) s’intéresse à « l’expérience la plus originale de l’histoire de la démocratie moderne » selon ses mots. Une initiative de la ville de Yahaba, au Japon, où les habitants sont invités à incarner le point de vue des futurs citoyens dans les débats de politique locale. « Au début, nous dit le journaliste, les participants sont eux-mêmes, avec leur propre point de vue. Mais ensuite, et c’est là que ça devient intéressant, ils doivent porter des sortes de toges colorées et s’imaginer vivre en 2060. L’étonnant, poursuit le reporter, c’est que quand il se mettent dans la peau des habitants de 2060, les habitants réclament des mesures bien moins frileuses. Grâce à Future Design, [c’est le nom du projet], les habitants ont ainsi accepté de voir leur facture d’eau augmenter de 6% pour financer un investissement à long terme. » La méthode s’est répandue depuis au Japon, au point, apprend-t-on dans Le Courrier international, que le ministère des finances japonais l’utilise comme outil pour contrecarrer le court-termisme dans les stratégies économiques. L’ambition de Tatsuyoshi Saijo, professeur d’économie à l’Institut de recherche Future Design de l’université de Kochi, est que « cette méthode se concrétise dans un nouveau ministère de l’Avenir. 

Une invitation a ne plus apprendre seulement des leçons du passé mais aussi de celles du futur. Alors « sommes nous de bons ancêtres ? », réponse au prochain épisode

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Par Mattéo Caranta

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