Ferdinand Marcos Jr en campagne présidentielle à Las Pinas City, Philippines, le 13/03/22 ©AFP - JAM STA ROSA
Ferdinand Marcos Jr en campagne présidentielle à Las Pinas City, Philippines, le 13/03/22 ©AFP - JAM STA ROSA
Ferdinand Marcos Jr en campagne présidentielle à Las Pinas City, Philippines, le 13/03/22 ©AFP - JAM STA ROSA
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Résumé

La présidentielle du 9 mai aux Philippines pourrait bien mener au pouvoir le fils du dictateur Marcos, porté par une vague de nostalgie de l'autoritarisme qui interroge la presse internationale. En Ukraine, l'aspect agricole de la guerre menée par la Russie pèse de plus en plus lourd.

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Dans l'archipel des Philippines : derniers jours de campagne présidentielle où souffle un inquiétant vent de nostalgie

Une "nostalgie de l’autoritarisme", à en croire la correspondante à Manille du Guardian, Rebecca Radcliffe, et à en croire surtout les derniers sondages pour cette élection présidentielle qui se tiendra lundi 9 mai : le grand favori c’est Ferdinand "Bong-Bong" Marcos, et ce nom de famille vous sera peut-être évocateur. Ferdinand Marcos Junior est le fils de Ferdinand Marcos, le dictateur philippin. A la tête du pays de 1965 à 1986, il a détourné 10 milliards de dollars des caisses publiques et a fait emprisonner, torturer et tuer des milliers d’opposants politiques.

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Le journal japonais Nikkei Asia retrace le parcours de ce Bong-Bong Marcos, le fils, passé de l’exil aux États-Unis avec sa famille après la destitution du dictateur, jusqu’à son retour à la mort de ce dernier en 1989. Son engagement politique l’a mené au Sénat et il est à présent le favori de la présidentielle, à l’âge de 64 ans. Son objectif, assure Nikkei Asia, est de ramener la dynastie Marcos au centre du jeu politique philippin et de protéger les intérêts du clan.

Dans sa campagne qui s’achève ce week-end du 7 et 8 mai, Bong-Bong a mis au premier rang sa mère, Imelda Marcos, restée célèbre à la destitution de son mari pour la collection de 3 000 paires de chaussures qui avait été découverte dans son palais… Imelda, renchérit la BBC, incarnait le train de vie délirant et corrompu des Marcos mais n’a pas, non plus, pâti des 20 ans de dictature : comme son fils elle a été élue au Parlement jusqu’en 2019, et sa popularité reste très forte chez les Philippins.

Elle est donc un atout électoral pour son fils, porté selon la revue Foreign Affairs, par cette passion coupable qu’ont les électeurs philippins pour les hommes forts et les dynasties politiques. À ce stade d’ailleurs, il faut préciser que Bong-Bong Marcos est candidat pour la vice-présidence avec Sarah Duterte, la fille du président actuel Rodrigo Duterte qui a tout fait pour favoriser la candidature du fils Marcos plutôt que de sa fille à lui, non sans une certaine dose de misogynie. Mais il l’a néanmoins placée comme colistière pour préserver lui aussi les intérêts de sa famille… et les siens, puisqu’il risque des poursuites devant la justice pénale internationale pour sa lutte très meurtrière contre le narco-trafic pendant sa présidence.

Il y a malgré tout des candidatures d’opposition face à ce grand favori : dix candidats en tout, parmi lesquels l’ancien champion du monde de boxe Manny Pacquiao… mais la seule à garder un - très - mince espoir de victoire, c’est la candidate du parti libéral, actuelle vice-présidente, mais en rupture avec Rodrigo Duterte : Leni Robredo a fait de la lutte pour les droits humains et contre la corruption ses deux chevaux de bataille, pour se différencier du ticket Marcos-Duterte. Selon le journal en ligne Rappler elle est à la tête d’une armée de deux millions de bénévoles qui ont porté le rose fuchsia, la couleur de sa campagne, jusque sur les îles les plus isolées de l’archipel.

Toujours selon Rappler, Robredo porte la voix des associations de familles de victimes de la dictature des Marcos qui tentent d’alerter sur les risques que ferait courir à la démocratie philippine le retour de cette dynastie au pouvoir. Mais il y a peu de chance que ce discours parvienne vraiment à renverser la tendance, l’avance de Bong-Bong Marcos dans les sondages semble quasi-impossible à rattraper ; à suivre donc, avec le vote à un seul tour lundi 9 mai et les résultats dans les jours qui suivront.

58 min

En Ukraine : l’armée d’occupation russe est accusée de mener un véritable "terrorisme agricole"

Le terme est fort, employé par le journaliste ukrainien Roman Rukomeda dans un édito qu’il publie sur le site d’info européen Euractiv. Il y rappelle que l’Ukraine, malgré l’agression militaire russe, continue à produire et à exporter des denrées alimentaires ; elle le fait non plus par la mer, tous ses ports étant bloqués par les Russes, mais par la voie terrestre… et donc en quantités bien moindres.

La récolte devrait, cette année, être moitié moindre que celle d’une année de paix. Qui plus est, poursuit le Washington Post, les autorités ukrainiennes accusent la Russie dans les régions du sud et de l’est qu’elle occupe, d’avoir déjà dérobé plus de 400 000 tonnes de céréales qui se trouvaient dans les stocks ukrainiens pour les ramener en Russie, ou bien les exporter à son compte.

Voilà ce qui inspire à Roman Rukomeda cette accusation de "terrorisme agricole" que le journaliste ukrainien met, comme beaucoup de ses compatriotes, en parallèle historique avec la grande famine des années 1930 : Holodomor ou le génocide par la faim. L’armée de Staline avait sciemment organisé l’extermination de la petite paysannerie ukrainienne en la privant de ses dernières réserves de grains.

Mais cette fois-ci, la menace est beaucoup plus globale, puisqu’en faisant obstacle aux cultures et aux exportations ukrainiennes, la Russie prend sciemment le risque d’aggraver la crise alimentaire mondiale qui nous guette dans les prochains mois.

Les Russes accordent énormément d’importance à la ressource agricole dans cette guerre, allant jusqu’à bombarder ou piller des entrepôts où sont rassemblés des tracteurs et autres moissonneuses. La semaine dernière, raconte la Deutsche Welle, un stock de la marque américaine John Deere a été volé dans la région occupée de Melitopol par des russes qui ont entrepris d’emmener leur butin en Tchétchénie. Mais le constructeur a suivi ses moissonneuses grâce à des balises GPS embarquées qui lui ont aussi permis de bloquer les engins, de les rendre inutilisables. Encore un exemple du fait que les Russes sous-estiment l’habilité et la modernité ukrainienne.