Olaf Scholz, en visite dans les locaux de Siemens Energy à Mülheim, voulait “se faire sa propre idée” sur la réduction des livraisons de gaz russe. ©AFP - SASCHA SCHUERMANN
Olaf Scholz, en visite dans les locaux de Siemens Energy à Mülheim, voulait “se faire sa propre idée” sur la réduction des livraisons de gaz russe. ©AFP - SASCHA SCHUERMANN
Olaf Scholz, en visite dans les locaux de Siemens Energy à Mülheim, voulait “se faire sa propre idée” sur la réduction des livraisons de gaz russe. ©AFP - SASCHA SCHUERMANN
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Résumé

La restitution à la Russie d'une turbine Siemens présentée comme essentielle au fonctionnement du gazoduc Nord Stream 1, qui alimente l'Europe, est "impossible" à cause des sanctions contre Moscou, a affirmé mercredi 3 août, le géant gazier russe Gazprom.

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"La turbine et le chancelier". Ce n’est pas le titre d’une fable, mais bien celui d’un article de la Die Tageszeitung. Le quotidien allemand qui revient sur cette visite "surprise" du chancelier Olaf Sholtz hier au groupe Siemens Energy, où se trouve la turbine la plus importante d'Allemagne, sinon la plus célèbre au monde, à Mülheim an der Ruhr.

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L’appareil, de plus de 12 mètres de long, pesant 18 tonnes et demi, revient du Canada où il avait été envoyé pour des réparations, et attend depuis presque trois semaines d'être restitué à la Russie pour faire fonctionner le gazoduc North Stream 1, qui alimente l’Europe. Mais Gazprom assure que l'appareil, en l’état, ne peut pas être livré comme prévu, accusant Siemens Energy de ne pas avoir envoyé les documents et les informations nécessaires. Le géant russe assure que c’est pourquoi les flux vers l’Europe ne sont actuellement qu’à 20% de leur capacité. Gazprom qui s’est fendu d’un communiqué plus tard dans la journée ajoutant que les sanctions occidentales empêchaient par ailleurs cette livraison.

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"Il est évident que rien - absolument rien - ne s'oppose à ce que cette turbine soit transportée et installée en Russie", a rétorqué le chancelier lors de cette visite. Une curieuse dispute enrichie donc de cette photo "symbolique", commente la Frankfurter Allgemeine Zeitung celle du chancelier debout, l’expression sérieuse devant le colosse d’acier. Après avoir publié des semaines durant des réponses laconiques, l'Allemagne semblait vouloir mettre en doute le bluff de Gazprom et de M. Poutine, note Le New York Times. Elle serait désormais contrainte à jouer au "jeu de Poutine", expression utilisée par la FAZ.

La fin du "mythe de la turbine"

Les médias allemands qui s’étonnent d’ailleurs un peu, de cette sortie médiatique du chancelier Scholz. La Tageszeitung rappelant que jusqu’à présent, le gouvernement fédéral avait déclaré à plusieurs reprises que l’emplacement exact de cette turbine ne devait pas être divulgué, pour des raisons de sécurité. Désormais, il y a ces "belles photos, cette conférence de presse, et ce signal : la fin du mythe de la turbine".

"Elle peut être livrée", a donc martelé Olaf Scholz. "Il suffit que quelqu’un dise qu’il aimerait l’avoir".

Vladimir Poutine ayant par ailleurs gentiment suggéré à l'Allemagne d’ouvrir le deuxième gazoduc Nord Stream 2, mis sous cocon quelques jours avant que la Russie n'envahisse l'Ukraine, et bloqué depuis le début de la guerre en signe de protestation de la part de Berlin, rappelle Le Financial Times. Une proposition partagée par l’ancien chancelier Gerhard Schröder qui s’est rendu à Moscou la semaine dernière.

Interrogé sur cette possibilité, Olaf Scholz s’est contenté d’étouffer un rire, rapporte la correspondante du New York Times à Berlin. Le chancelier déclarant qu’il pourrait plutôt être "sensé" de prolonger la durée de vie des dernières centrales nucléaires allemandes. La réduction des flux de gaz venant de Russie fait craindre le pire en Europe pour l’hiver prochain. Poursuivre ou ne pas poursuivre l’exploitation de ces centrales étant devenu l’une des principales pommes de discorde entre les trois partis de la coalition au pouvoir. Les Sociaux-démocrates et les Verts s’opposant à la position des Libéraux, souligne Le Financial Times.

De retour de Russie, Gerhard Schröder seul contre tous

Celui-là même qui avait négocié le projet Nord Stream 1, au cœur de cet imbroglio s’est donc exprimé dans les pages du magazine Stern, après son déplacement en Russie. Gerhard Schröder a lui aussi blâmé Siemens Energy pour le retard que prend le retour de cette turbine en Russie, "conformément au récit du Kremlin", commente d'ailleurs Stern à l’issue de cet entretien. Le magazine y voit un conflit désormais ouvert, déclaration contre déclaration entre l'ancien et le nouveau chancelier.

Gerhard Schröder, lors de cet entretien a assuré que le conflit avec la Russie pouvait être résolu, "La bonne nouvelle : le Kremlin veut une solution négociée" a même t-il déclaré. Mercredi, le conseiller présidentiel ukrainien lui a répondu sur twitter, le qualifiant de "voix de la cour royale russe". "Dégoûtant" c’est le mot utilisé par le président Volodymyr Zelensky au sujet de ce déplacement et de ces propos, selon le journal Ukrayinska Pravda.

Le septuagénaire, rappelle Le Guardian est visé par une procédure d’exclusion du Parti social-démocrate, privé de ses avantages d’ancien chancelier depuis le mois de mai, pour ses liens avec le chef du Kremlin. Mais pas de mea culpa donc. "Je demande en quoi cela aiderait-il quelqu'un si je devais personnellement prendre mes distances avec Vladimir Poutine ? Peut-être même, puis-je être utile. Alors pourquoi devrais-je m'excuser ?" a t-il ainsi déclaré.

Les pourparlers entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie menacés par de nouveaux affrontements dans le Haut-Karabakh ?

Ces affrontements ont repris ces derniers jours entre les deux pays dans cette région séparatiste au cœur d’un conflit vieux de plusieurs décennies, rappelle Associated Press, cité par NBC News. L'Azerbaïdjan a affirmé avoir pris le contrôle de plusieurs positions et détruit des cibles arméniennes lors d'une escalade qui a fait trois morts et ravivé le risque de guerre dans cette enclave montagneuse.

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Le Haut-Karabakh ou Nagorny Karabakh se trouve en Azerbaïdjan mais était sous le contrôle des forces soutenues par l'Arménie depuis la fin d'une guerre séparatiste en 1994, qui avait fait plus de 30 000 morts. Une deuxième guerre a fait rage en 2020, faisant cette fois plus de 6 500 victimes. Dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu négocié par Moscou, Erevan a cédé d'importants territoires à l'Azerbaïdjan. Un accord vécu comme une humiliation en Arménie, alors que des pourparlers de paix se tiennent tant bien que mal depuis plusieurs mois entre Erevan et Bakou.

Un expert militaire, Adalat Verdiyev, cité par le site Azernews, exclut lui, de nouvelles hostilités entre les deux pays, malgré l’augmentation de ces tensions. Expliquant que l’Arménie ne possède actuellement qu’environ 50% de son potentiel d'avant-guerre. Tandis que celui de l’armée azerbaïdjanaise est deux fois plus élevé qu'avant la Seconde Guerre du Karabakh.

Une guerre que l’Arménie aurait donc tout intérêt à éviter. Et dans ce dossier Erevan s’accroche ainsi à d’autres pourparlers de paix, avec la Turquie, nous explique le site Al Monitor. Lancés en début d’année, ils visent notamment à rouvrir la frontière entre les deux pays, fermée au moment de la guerre de 1993 entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Le mois dernier, le Premier ministre arménien et le président turc se sont entretenus pour la première fois au téléphone, faisant souffler un vent d’optimisme sur ces futures relations. Mais Recep Tayyip Erdoğan a quelques jours plus tard refroidi ces attentes, en précisant que tout nouveau progrès dans ces pourparlers dépendait de l'avancement des négociations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Mais la position d’Ankara ne devrait pas surprendre commente Al Monitor. L'Azerbaïdjan est un allié régional de premier plan, le pays exporte du pétrole et du gaz vers l'Europe via des pipelines qui traversent la Turquie, une ligne précieuse alors que nous cherchons à réduire notre dépendance vis-à-vis du gaz russe. Dans tous les cas, il est peu probable qu'Erdogan prenne des mesures qui bouleverseraient l'Azerbaïdjan, de peur que Bakou ne mobilise contre lui l'opinion nationaliste en Turquie avant les élections présidentielles critiques qui doivent avoir lieu l’an prochain.

Références

L'équipe

Camille Marigaux
Production