Manifestation pro-Ue à Varsovie le 10/10/21
Manifestation pro-Ue à Varsovie le 10/10/21 ©AFP - Mateusz Slodkowski
Manifestation pro-Ue à Varsovie le 10/10/21 ©AFP - Mateusz Slodkowski
Manifestation pro-Ue à Varsovie le 10/10/21 ©AFP - Mateusz Slodkowski
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Malgré les sanctions prises par l'UE, la Pologne s'apprêterait à mener une réforme de son appareil judiciaire à rebours complet des règles européennes. La mort d'une jeune femme des conséquences de la loi anti-IVG votée il y a un an suscite également beaucoup d'émoi dans la population polonaise.

La Pologne n'a pas renoncé à réformer son système judiciaire, et la manière dont elle compte s'y prendre devrait tendre encore plus ses relations avec l'Union Européenne.  

La semaine dernière nous sommes restés sur cette amende d'un million d'euros par jour, infligée par la Cour européenne des droits de l'Homme à la Pologne pour ne pas avoir respecté les règles élémentaires de l'État de droit dans sa réforme judiciaire, à commencer par l'indépendance de sa Cour suprême ; on a même commencé à parler à travers la presse européenne (comme par exemple dans le Corriere della Serra italien) des conséquences économiques qu'un "Polexit" pourrait avoir sur l'UE... 

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Mais à lire les révélations publiées hier par le quotidien RzeczPosPolita à Varsovie, on comprend que l'on n'est pas vraiment sur la voie de la réconciliation. Le gouvernement polonais, dirigé par le très conservateur parti PiS, aurait donc pour projet de poursuivre la réforme de son système judiciaire, malgré les critiques de Bruxelles, et même d'aller dans le sens inverse de ce que recommandent les règles démocratiques de l'Union. 

Sous couvert de supprimer la Chambre disciplinaire de la Cour suprême (une exigence de Bruxelles pour garantir l'indépendance des juges vis-à-vis du pouvoir politique) , le gouvernement prévoirait de faire subir une vraie révolution structurelle à cette même Cour suprême, la plus haute juridiction polonaise... 

"Un changement de doctrine politique comparable à celui qu'a connu la Pologne en 1989, selon RzeczPosPolita, mais dans le sens inverse" : les cinq chambres thématiques de la Cour disparaîtraient pour n'en garder que deux, l'une de droit public et l'autre de droit privé... où siégeraient des magistrats qui auraient tous au préalable été approuvés par le Conseil national de Justice, connu pour être très proche du pouvoir politique.  

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Officiellement, explique The Financial Times qui s'est intéressé à cet inquiétant projet, la réforme polonaise vise à rapprocher le pouvoir judiciaire des citoyens... mais dans les faits, elle risque surtout d'éliminer les voix critiques du gouvernement au sein de la Justice. L'opposition en Pologne, elle, parle clairement d'une "purge" qui se prépare à la Cour suprême, avec sa "liquidation de facto". L'intensification du conflit avec l'Union Européenne semble donc "inévitable", en tout cas si le gouvernement de Varsovie décide de mettre en œuvre ce projet de réforme. 

Tout cela fait écho à cette analyse, publiée par l'hebdo allemand Die Zeit, signée par l'avocat spécialiste en droit européen Franz C. Mayer selon qui la Pologne, "en voulant rester dans l'UE sans accepter ses règles les plus élémentaires comme l'État de droit, pousse l'Union dans ses derniers retranchements", l'obligeant à s'interroger sur ce que cela veut vraiment dire d'être un État-membre, quelle loyauté cela implique aux principes fondamentaux de justice, d'égalité et de réciprocité. 

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Refuser de se contraindre à ces règles-là place la Pologne, selon Franz Mayer, dans "un no-man's land" communautaire qui "met en péril le fonctionnement et l'existence-même de l'Union européenne". La solution, conclut l'avocat allemand, ne pourra venir que des Polonais eux-mêmes et de leur résistance aux changements imposés par le gouvernement actuel.

... À ce propos, il y a un sujet qui suscite beaucoup d'émoi au sein de la population polonaise depuis quelques jours. 

Cela concerne le droit à l'avortement en Pologne : il y a un an, le pays s'est doté d'une loi qui interdit quasiment toutes les IVG, sauf en cas de viol, d'inceste ou de risque pour la vie de la femme enceinte. Cette loi avait déjà suscité des semaines de manifestations massives à Varsovie, mais cette fois la question est reposée d'une manière très sensible, et lié - explique Politico Europe - à la mort récente d'Isabela, une Polonaise de trente ans enceinte de 22 semaines ; la première à mourir des conséquences de cette loi anti-avortement. 

Isabela était arrivée à l'hôpital car sa poche des eaux s'était percée, les médecins ont reconnu que le fœtus n'y survivrait pas mais, à cause de la loi, ils ont refusé de procéder à l'IVG qui aurait sauvé la jeune femme, tant que le cœur du fœtus battait encore. Isabela est donc morte d'un choc septique 24 heure après son entrée à l'hôpital , raconte la Wyborcza Gazeta qui publie les derniers SMS envoyés par la jeune femme à sa mère... et où elle accuse très directement la loi anti-avortement d'être à l'origine de sa mort annoncée. 

L'affaire, on le comprend, relance d'une manière très incarnée la contestation de la loi à un moment où la chambre basse du Parlement polonais s'apprête à étudier une proposition de loi émise par un groupe anti-IVG qui demande à ce qu'elle soit rendue encore plus contraignante, supprimant les exceptions en cas de viol ou d'inceste et condamnant à des peines allant jusqu'à 25 ans de prison contre les médecins qui dérogeraient à la loi. Le gouvernement polonais affirme lui que la mort d'Isabela n'est due à rien d'autre qu'à une erreur médicale... mais comme l'écrit Politico, "aucun patient ne devrait avoir sa vie entre les mains d'un médecin qui risque la prison en fonction de la décision qu'il prend".   

La Pologne enfin... à la pointe sur le plan de la recherche médicale contre le tabagisme.  

Cette fois-ci c'est El Pais qui révèle l'information : un laboratoire pharmaceutique polonais va lancer à la mi-novembre un médicament prometteur pour aider les fumeurs à se sevrer de la nicotine. Il fonctionne grâce à son principe actif, la cytisine, un alcaloïde à la structure chimique très proche de celle de la nicotine, et qui agit sur les mêmes neurorécepteurs, enlevant donc la sensation de manque. El Pais nous explique que tout cela n'a rien de révolutionnaire, mais a été puisé dans la sagesse populaire d’Europe centrale, où pousse l'arbuste producteur de la précieuse molécule : le cytise. Pendant la Seconde Guerre mondiale déjà, les soldats en mâchaient les feuilles quand le tabac venait à manquer dans les rations qui leur étaient fournies...  

Pour finir, voilà qui fait écho, à cet article du Guardian britannique, où l'on nous parle du "matalafi", plante bien connue là encore des guérisseurs des îles Samoa, présente dans à peu près tous les jardins, et qui intéresse de près les scientifiques : une étude récente d'une chercheuse samoane qui voulait justement faire reconnaître les savoirs ancestraux de son peuple a confirmé que le matalafi avait des effets anti-inflammatoires comparables à ceux de l'ibuprofène et pouvait même servir à soigner des maladies comme Parkinson ou des cancers. La science pharmaceutique moderne commence donc à la prendre au sérieux et à s'y intéresser de près. "Les médecines traditionnelles ont encore beaucoup de choses à apprendre à nos labos", conclut l'article du Guardian.

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