En Syrie, le tarissement des aides sociales relance la révolte des Druzes

Manifestation anti-gouvernementales à Soueida, Syrie, le 09/02/22
Manifestation anti-gouvernementales à Soueida, Syrie, le 09/02/22 - suwayda24.com (capture d'écran)
Manifestation anti-gouvernementales à Soueida, Syrie, le 09/02/22 - suwayda24.com (capture d'écran)
Manifestation anti-gouvernementales à Soueida, Syrie, le 09/02/22 - suwayda24.com (capture d'écran)
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Le sud de la Syrie est agité de manifestations hostiles au régime de Bachar el-Assad : à Soueïda depuis quelques jours, la foule dénonce des coupes dans les aides sociales qui enfoncent un peu plus la population dans la misère. Washington se régale de la "gaspacho police".

Syrie : l'armée envoyée à Soueïda

Il s'agit pour les soldats de Bachar El-Assad de faire face à des manifestations populaires qui durent depuis dimanche 6 février et qui ont vu des centaines d'habitants de cette région rurale - qui a globalement échappé aux combats de la guerre ces onze dernières années - descendre dans les rues avec des slogans hostiles au régime de Damas.

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Ambiance captée par la chaîne de télévision locale Suwayda24, qui suit de très près cette contestation née de l'aggravation des conditions de vie de la population ces dernières semaines, depuis que l'Etat syrien a décidé de ne plus subventionner les tarifs de produits de première nécessité. Depuis, le pain et l'essence par exemple ont vu leurs prix s'envoler pour des consommateurs qui eux subissent déjà de plein fouet les conséquences de la crise économique entraînée par la guerre sans fin et de la chute vertigineuse du cours de la lire syrienne.

Autre grief, relayé par le journal syrien d'opposition Al-Jumhuriya, le fait que Damas a, quasi du jour au lendemain, exclu environ 600 000 familles d'un programme d'aide sociale qui donnait droit à une carte de rationnement à puce permettant aux plus pauvres de se fournir en sucre, en riz ou en thé, autant de denrées devenues très chères à cause des sanctions internationales. L'Etat providence syrien coupe les vivres à son peuple, déplore le site d'info, et il le fait parce qu'il n'a tout simplement plus assez d'argent dans ses caisses. Le régime a beau argumenter qu'il s'agit de réorienter l'aide sociale pour qu'elle cible mieux les plus démunis, il sacrifie des dizaines de milliers de Syriens et suscite un mécontentement qui s'exprime donc depuis le début du mois de février dans cette ville de Soueïda.

Là, précise le journal en ligne libanais Al-Modon, les écoles et l'université sont fermées, des routes sont bloquées par des barricades de manifestants... qui ont vu leur détermination et leur nombre croître au fil des jours à mesure qu'ils ont reçu le soutien et la protection des autorités locales. Il faut savoir que cette région du sud syrien bénéficie d'une très large autonomie vis-à-vis de Damas, puisqu'elle est essentiellement peuplée par la minorité druze, qui est religieusement et politiquement assez proche des Alaouites, l'autre branche du chiisme syrien dominé par la famille el-Assad.

Il peut d'ailleurs sembler surprenant de voir une contestation du régime partir de cette région plutôt considérée comme loyale à Bachar el-Assad. Mais, selon le média international turc TRT, c'est parce qu'elle a su se montrer fidèle au dictateur ces dernières années pendant qu'il réprimait dans le sang la révolte dans d'autres régions du pays, que cette région druze a été épargnée par les combats, et pu garder son statut d'autonomie, et d'une certaine manière aussi, son franc-parler quand la situation sociale commence à dégénérer.

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Les habitants de Soueïda avaient déjà rué dans les brancards en juin 2020 et en mars 2021 : à chaque fois sans intervention massive des forces de sécurité. Cette fois, note la chaîne saoudienne Al-Arabiya, les slogans sont sans équivoque : si la colère est née de questions économiques et sociales, la foule crie bel et bien "El Assad, dehors !" et appelle à l'application de la résolution 2254 de l'ONU sur la nécessité d'une transition politique en Syrie. C'est bien le régime dans son entier qui est remis en cause.

Ces manifestations rappellent donc furieusement celles qui avaient mis le feu au poudres de la guerre civile en 2011. Pour le moment, elles restent très pacifiques, et il faut noter que même l'arrivée en ville d'importants renforts policiers et militaires, et le déploiement de "snipers" évoqués par Al Modon n'ont pas fait basculer la ville dans la violence. Pourvu que ça dure...

Cultures Monde
58 min

Etats-Unis : pataquès autour d'un gaspacho

Le gaspacho andalou, convoqué bien malgré lui dans les couloirs du Congrès à Washington où l'on ne se lasse pas du dernier lapsus de la digne héritière de Donald Trump, l'élue républicaine issue de la mouvance conspirationniste QAnon, Marjorie Taylor-Greene, qui déclarait ceci dans une vidéo postée en ligne :

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Très en verve et fière de ses analogies historiques, la congresswoman qualifie les prisons de Washington de "goulag" et pour qualifier la police selon elle "aux ordres de la speaker démocrate Nancy Pelosi pour espionner les élus d'opposition", elle parle bel et bien de "police gaspacho". Eh oui... la figure de proue de l'alt-right américaine voulait parler de "Gestapo", mais c'est bien "gaspacho" qu'elle a dit.

Depuis, note l'édition américaine du Guardian, c'est un déferlement de moqueries et de jeux de mots chez les chroniqueurs politiques du Capitole, apparemment en manque de ce genre de navrante absurdité depuis que Donald Trump a été privé, dans un même élan, de la Maison Blanche et de son compte Twitter.

Certains se demandent si elle n'a pas plutôt confondu avec la police vichyssoise, pour rester dans le domaine des soupes, ou si elle n'aurait pas du parler de goulash, plutôt que de goulag, pour être vraiment cohérente dans ses propos. Pour pousser l'absurde au maximum, David A. Graham, de The Atlantic, se prend à imaginer à quoi ressemblerait vraiment une descente de la Gaspacho police dans une cuisine clandestine, dans un monde où Nancy Pelosi ferait régner une sorte de prohibition contre toute forme de soupe... en particulier celles avec des dés de concombres à l'intérieur.

Mais l'affaire ne fait pas rire El Pais qui déjà s'indignait que l'on puisse confondre le gaspacho andalou avec ses proches cousins le salmojero, la porra ou la pipirrina... Alors le confondre avec la police nazie, ça ne manque vraiment pas de Tabasco constate le quotidien madrilène.

Quand au Spiegel allemand, lui aussi reprend cette sombre histoire pour en conclure qu'on aurait tort de traiter uniquement par la moquerie et l'humour ces errances et ignorances du camp républicain aux Etats-Unis. On a déjà vu ce à quoi elles pouvaient aboutir, avec l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021, et l'on n'est pas à l'abri d'un retour de Donald Trump sur le devant de la scène politique américaine.

Finalement la réaction la plus censée est peut-être celle de l'élue de l'aile gauche du parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, qui a tweeté ceci : "Voilà ce qui arrive quand on a banni tous les livres de sa bibliothèque". Une référence à ces militants républicains de la frange la plus conservatrice qui font régulièrement interdire des livres soi-disant immoraux et pervers, dans les bibliothèques des écoles de leurs enfants. Parmi les plus récents, la bande dessinée Maus, d'Art Spiegelman, justement sur la Seconde Guerre mondiale et les horreurs du nazisme.

La Grande table (1ère partie)
29 min

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