Agent de la société gazière ukrainienne à la station de Boyarka, le 22/04/2015
Agent de la société gazière ukrainienne à la station de Boyarka, le 22/04/2015
Agent de la société gazière ukrainienne à la station de Boyarka, le 22/04/2015 ©AFP - Genya Savilov
Agent de la société gazière ukrainienne à la station de Boyarka, le 22/04/2015 ©AFP - Genya Savilov
Agent de la société gazière ukrainienne à la station de Boyarka, le 22/04/2015 ©AFP - Genya Savilov
Publicité
Résumé

Pour la première fois depuis le début de la guerre, l'Ukraine a interrompu le 11 mai une partie du transit du gaz russe vers l'Europe à travers son territoire. La guerre en Ukraine va-t-elle se doubler d'un conflit gazier ? Le ministre français Jean-Yves Le Drian convoqué devant la justice malienne.

En savoir plus

En Ukraine : au 79e jour de l'offensive russe et pour la première fois, le conflit a eu des répercussions sur le transit du gaz russe vers l'Europe à travers l'Ukraine

Depuis le début de l'invasion russe, des millions de mètres cubes de gaz russe ont continué comme si de rien n'était à transiter à travers le territoire ukrainien, pour honorer les contrats existants, et continuer d'alimenter la dépendance énergétique européenne.

Ce mercredi 11 mai, détaille le Wall Street Journal, l'Ukraine a pris la décision de fermer l'un des deux points d'entrée de ce gaz russe, à la frontière entre les deux pays, par où transite habituellement un tiers du volume de gaz russe. Ce gaz destiné à l'Europe est acheminé via les pipe-lines qui traversent l'Ukraine de part en part. La raison de cette fermeture, c'est que les Ukrainiens affirment avoir perdu le contrôle de la station de compression qui permet de faire fonctionner ce gazoduc, parce qu'elle se trouve dans une partie de la région de Louhansk, tombée sous contrôle russe.

Publicité

L'Ukraine, ajoute le Financial Times, accuse aussi les forces d'occupation russe, dans ce secteur, d'avoir siphonné illégalement sur le pipeline du gaz destiné à l'Europe, au risque de mettre en danger tout le système de transit ukrainien. Il y avait donc bien, selon Kyiv un "cas de force majeure" pour prendre la décision, comme l'écrit Politico, de "fermer pour la première fois depuis le début de la guerre l'un des robinets" du gaz russe vers l'Europe.

Le même Politico revient sur le fait que, depuis le début de la guerre, malgré les destructions, l'occupation, les exactions et le niveau de détestation extrême atteint entre Russes et Ukrainiens, la raison gazière était restée la plus forte. Le gaz russe continuait de couler normalement à travers l'Ukraine ; et pour cela, la Russie continue de payer au pays qu'il attaque des taxes de passages qui représentent d'importantes sommes dont l'économie ukrainienne aurait bien du mal à se passer par les temps qui courent.

Le gaz qui ne circule plus au point de passage fermé a été rerouté vers l'autre gazoduc ukrainien plus au nord : une solution que les autorités ukrainiennes avaient proposée à l'opérateur russe Gazprom... qui l'avait d'abord refusée en la jugeant "techniquement impossible". La Russie rejette l'entière responsabilité de la situation sur l'Ukraine, accusée de ne pas tenir ses engagements contractuels. Mais finalement, mercredi 11 mai, on a constaté avec le WSJ que les volumes qui transitaient par le pipeline nord, à travers des régions sous contrôle ukrainien, avait augmenté sensiblement.

Une grande partie - environ 75% - du gaz qui ne passe plus par la voie sud a donc bien été envoyé vers l'Europe par la route nord, se félicite la Suddeutsche Zeitung, puisque l'Allemagne est le principal pays qui aurait à carindre une baisse importante du transit gazier à travers l'Ukraine. D'ailleurs, Berlin se voulait rassurant : les quelque 25% de gaz qui ne sont pas arrivés d'Ukraine ce mercredi 11 mai ont été compensés par des livraisons venues de Norvège et des Pays-Bas.

Le quotidien allemand explique aussi que les Russes auraient pu jouer le bras de fer gazier jusqu'au bout en refusant vraiment de rerouter leur gaz sur l'autre gazoduc encore en fonction. Ce faisant, ils auraient provoqué des difficultés chez leurs clients européens et une nouvelle flambée sur le marché mondial de l'énergie. Pour le moment, ils ne seraient pas allés jusque-là, pour le moment... mais la balle est plus que jamais dans leur camp, c'est eux, en définitive, qui ont le pouvoir de fermer le robinet quand ils le souhaitent, avertit la Suddeutsche Zeitung.

Le site d'info RBK-Ukraine ne dit pas autre chose : selon lui, l'épisode du 11 mai ouvre une nouvelle phase de la guerre qui n'épargnera plus l'enjeu gazier comme moyen de pression sur les clients européens de Gazprom, mais aussi sur l'Ukraine elle-même. La fermeture du gazoduc dans les régions de Louhansk et Donetsk prive des centaines de milliers de foyers ukrainiens de leur principale source d'énergie, avec les conséquences humanitaires que cela risque d’entraîner dans cet est ukrainien qui est, plus que jamais, le cœur actuel d'une guerre décidément multiple.

La justice malienne demande des comptes au ministre des Affaires étrangères français

On apprenait mercredi 11 mai sur le site Mali Actu, que Jean-Yves Le Drian était convoqué le 20 juin prochain pour s'expliquer sur des soupçons, entre autres, "d'atteinte au bien public" malien. Un juge d'instruction du pôle économique et financier de Bamako veut l'entendre, ainsi que son fils Thomas, sur une affaire remontant à 2015 : des organisations de la société civile malienne les accusent d'avoir fait pression sur les autorités du pays. Et ce pour imposer une société française et même bretonne - la région des Le Drian - la société Oberthur, sur le marché public de la fabrication des passeports biométriques maliens.

Jeune Afrique, l'an dernier, avait mené l'enquête, et trouvé troublant que la société canadienne, qui détenait jusque-là ce marché public, ait été évincée alors qu'elle proposait à l'État malien des conditions plus avantageuses que celles proposées par Oberthur. Des témoins interrogés assurent même que le ministre français aurait fait un "lobbying intense" auprès du président de l'époque - Ibrahim Boubacar Keita - pour imposer l'entreprise bretonne, allant même jusqu'à "mentionner lors des négociations l'intervention militaire française au Sahel".

Jeune Afrique cite aujourd'hui l'entourage de Jean-Yves Le Drian qui ne confirme pas avoir reçu de convocation venue de Bamako... et parle malgré tout d'une "manœuvre politique" des nouvelles autorités maliennes qui seraient, "capables de beaucoup pour s'en prendre à la France". Il est vrai que les relations ont rarement été aussi exécrables entre les deux pays, depuis l'arrivée au pouvoir de la junte militaire d'Assimi Goïta et le retrait des troupes françaises au Mali. Les nouvelles autorités maliennes semblent vouloir demander des comptes à la France sur la manière dont elle gérait jusque-là ses intérêts au Mali. Cette affaire Le Drian arrive donc à point nommé, et risque bien de faire du ministre français une sorte d'"ennemi public" au Mali, de bouc émissaire à qui l'on ferait payer les crimes de cette Françafrique tant dénoncée ces derniers mois à Bamako.

Références

L'équipe

Camille Magnard
Production