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Résumé

Pour accepter l'entrée de la Suède et de la Finlande dans l'OTAN, la Turquie dit avoir obtenu des 2 pays une meilleure coopération dans la lutte contre le PKK dont certains anciens membres sont réfugiés en Scandinavie et craignent d'être extradés. Aux Philippines, le site Rappler à nouveau menacé.

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Ce matin : l'inquiétude des Kurdes de Suède et de Finlande.

Des milliers d'exilés qui, ces 20 dernières années, ont fui leur Kurdistan et la répression que leur impose la Turquie pour trouver refuge en Scandinavie. Eh bien même là, certains leaders de la communauté kurde qui restent poursuivis pour terrorisme en Turquie craignent depuis hier d'être extradés vers ce pays. Le site Politico Europe ne se fait pas d'illusion : si Ankara bloquait depuis des semaines l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'Otan, c'était bien pour obtenir des garanties de ces deux pays sur le fait qu'ils allaient cesser de soutenir et de protéger des dizaines de défenseurs des droits des Kurdes considérés par la justice turque comme des "terroristes".

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Or mardi soir, à la veille du sommet de l'OTAN à Madrid, la Turquie a finalement accepté de lever son véto après avoir trouvé un accord avec la Suède et la Finlande. La crainte des Kurdes de ces deux pays réside dans le fait d'être une monnaie d'échange, qu'ils soient sacrifiés et livrés à une extradition négociée entre dirigeants politiques, en échange de cet élargissement de l'organisation atlantiste rendu urgent par la guerre en Ukraine.

Dans le Middle East Eye, l'écrivain kurde Ragip Zarakolu, qui avait un temps été pressenti pour le prix Nobel de la Paix, loue le calme et la sécurité qu'il a trouvé en s'exilant en Suède, un pays dont la neutralité géopolitique (aujourd'hui remise en cause par l'entrée dans l'OTAN) avait fait un refuge pour de nombreux dissidents politiques comme lui. Or son nom est apparu, la semaine dernière en pleines négociations entre Stockholm et Ankara, sur une liste d'une trentaine de noms d'anciens membres présumés de l'organisation kurde PKK, considérée comme terroriste en Turquie. Officialisée hier, cette liste contient les noms de 33 personnes réfugiées en Finlande et en Suède, que les Turcs voulaient voir extradées au plus vite, en gage donc de la coopération des deux nouveaux membres de l'OTAN.

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Des craintes se font également sentir au sein de l'association des journalistes suédois : c'est à lire dans le Göteborgs Posten car plusieurs des personnalités kurdes qui ont trouvé refuge en Suède sont des journalistes ou des gens de plume. L'association des journalistes suédois demande donc des détails sur ce que le gouvernement suédois a concédé aux Turcs. En attendant d'avoir ces informations, elle ne sait pas comment rassurer les confrères journalistes et écrivains qui craignent pour leur vie, autant que pour la liberté politique et liberté de la presse qu'ils étaient venus chercher en Suède.

La ministre des Affaires étrangères suédoise, citée par le portail d'info Kurdistan24, tente justement de rassurer la communauté en déclarant que son pays "ne pliera pas face aux demandes d'Erdogan", qu'il n'a rien cédé sur les principes de droits humains... et donc que "les Kurdes de Suède n'ont aucune raison de s'inquiéter". N'empêche, Ann Linde déclarait aussi ce mercredi que la Suède allait mieux coopérer avec la Turquie en matière de lutte contre le terrorisme, qu'elle "ne serait pas un refuge pour des terroristes" : la récurrence de ces mots-là dans les discours suédois depuis deux jours achève d'inquiéter les réfugiés kurdes.

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Car c'est bien sur ce point que repose toute l'affaire, insiste le Middle East Eye : sur le fait qu'on veuille qualifier de terroristes des femmes et des hommes qui ont avant tout défendu les droits bafoués de leur peuple, et qui ne seraient finalement rien d'autre que des dissidents, des opposants politiques au régime de Recep Tayyip Erdogan.

En tous cas vu depuis la Turquie, et son quotidien Hurriyet, il n'y a pas de doute possible : "Stockholm et Helsinki ont accepté de reconnaître le PKK comme une organisation terroriste" et se sont engagées à coopérer avec la justice turque pour faciliter les extraditions de ses membres et lutter contre tous ceux qui financent et soutiennent l'organisation kurde.

Direction à présent les Philippines, où le changement de président ne rassure pas vraiment les défenseurs d'une presse libre et indépendante.

En la matière aux Philippines on pense forcément au site d'info Rappler, fondé et dirigé par le prix Nobel de la Paix 2021 Maria Ressa. Figurez-vous qu'hier, le jour-même où s'achevait le mandat du président Rodrigo Duterte (qui aura été la bête noire du journal en ligne) Rappler a reçu ordre des autorités philippines de cesser son activité, de fermer son site, en vertu d'énièmes poursuites lancées contre le média et sa dirigeante.

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Le fait est que Rappler reste ce matin en ligne et commente abondamment la cérémonie d'investiture du nouveau président Ferdinand Marcos junior, lequel pendant la campagne présidentielle a juré de poursuivre la route tracée par son prédécesseur... ce qui n'est pas franchement rassurant pour la libetré de la presse.

Car à l'heure des bilans, Rodrigo Duterte restera comme un chef d'État obnubilé par sa lutte ultra-violente menée contre les narco-trafiquants, une guerre contre le trafic de drogues qui a justifié tous les excès meurtiers dénoncés par plusieurs médias dont Rappler.

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Hier, Rappler a fait appel de la décision officielle lui intimant de cesser sa diffusion : une manière de montrer qu'il ne compte pas offrir son scalp à Rodrigo Duterte en guise de cadeau de départ et qu'il sera là pour chroniquer le retour de la dynastie Marcos au pouvoir. Il risque d'y avoir du travail : Al Jazeera nous raconte comment le fils de l'ancien dictateur philippin a réussi à se faire élire "grâce à une campagne de désinformation extrêmement bien huilée" pour laver les crimes de son père et redorer le blason de sa famille.

Rappler, Maria Ressa et les autres défenseurs de la liberté de l'informtion aux Philippines vont donc avoir beaucoup de travail et d'adversaires ces six prochaines années.