La Russie retire-t-elle ses troupes de Syrie pour les redéployer en Ukraine ?

Manifestation pro-russe à Damas le 25 mars 2022
Manifestation pro-russe à Damas le 25 mars 2022 ©AFP - Lou Beshara
Manifestation pro-russe à Damas le 25 mars 2022 ©AFP - Lou Beshara
Manifestation pro-russe à Damas le 25 mars 2022 ©AFP - Lou Beshara
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Plusieurs médias au Moyen-Orient affirment que l'armée russe manque de soldats en Ukraine et en retire donc des milliers dans la plus grande discrétion en Syrie où l'Iran serait en embuscade pour prendre la place. Au Chili, la popularité du jeune président de gauche Gabriel Boric est au plus bas.

Quel lien y-a-t-il entre la guerre menée en Ukraine par la Russie et la visite du président syrien Bachar el-Assad à Téhéran ce dimanche 8 mai ?

Le lien existe, du moins selon une partie de la presse israélienne. Mais c'est dans le quotidien iranien Kayhan que débute cette revue de presse, avec en Une cette photo de Bachar el-Assad reçu par l'ayatollah Khamenei, à Téhéran, une visite "rare" du dictateur syrien en Iran, le pays qui envoie des milliers de combattants "volontaires", depuis des années, pour mener la guerre civile sous la bannière des Gardiens de la révolution islamique iranienne ou du Hezbollah libanais et aux côtés de l'armée syrienne.

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Pendant leur rencontre, les deux dirigeants, le politique et le religieux, ont insisté sur le fait qu'il fallait renforcer encore les relations entre leurs deux pays, et que le socle de cette coopération restait la nécessité de contrer l'influence néfaste d'Israël dans la région. Cette rencontre n'a pas échappé aux médias d'Israël, et certains en tirent une analyse qui va bien plus loin que les seuls frontières du Moyen-Orient.

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Pour le Times of Israel, il y a en effet tout à craindre de cette intensification affichée des relations entre Téhéran et Damas et ce, dans un contexte très lié à la guerre en Ukraine. Citant le Moscow Times, media russe en anglais désormais exilé à Amsterdam, le Times de Jérusalem laisse entendre que les Russes sont en train de retirer depuis quelques jours leurs troupes de Syrie, pour les redéployer en Ukraine où le Kremlin manque cruellement de militaires qualifiés. L'armée russe, depuis 2015, est un soutien indispensable de Bachar el-Assad, avec dernièrement, environ 63 000 hommes déployés sur le sol syrien. Des milliers d'entre eux seraient donc en transit, via des aéroports méditerranéens, vers l'Ukraine.

Selon cette fois l'éditorialiste Ehud Ya'ari, de la chaîne Keshet 12, des bases militaires russes en Syrie se retrouveraient entièrement vidées de leurs troupes, avec la crainte très clairement exprimée que les forces liées à l'Iran en prennent bientôt le contrôle.

L'Iran s'apprêterait donc à prendre la place des Russes en Syrie ? C'est la thèse soutenue par Ehud Ya'ari dans son dernier édito où il évoque toutes ces positions russes désertées "en toute discrétion" depuis quelques jours, dans l'est et le centre de la Syrie. Or, la présence russe depuis 2015 a permis de limiter celle des Iraniens : la crainte, renforcée par la visite de Bachar el-Assad à Téhéran, est que, la nature ayant horreur du vide, les combattants subordonnés aux Gardiens de la révolution iranienne ne prennent le relais comme première force d'appui au régime de Damas... avec toute la menace que cela représenterait pour Israël.

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Mais le risque est aussi bien réel pour la Russie de voir son influence dangereusement amoindrie au Moyen-Orient au profit de l'Iran d'après l'analyse de Nikola Mikovic pour The Arab Weekly. Il rappelle que, depuis que la Turquie a fermé son espace aérien aux avions russes en provenance et en direction de la Syrie fin avril, l'armée russe a les plus grandes difficultés à maintenir et ravitailler ses troupes là-bas. Cela expliquerait aussi en partie sa tentation de se retirer progressivement. Et l'Iran se tiendrait prêt à reprendre la place : le journaliste en veut pour preuve que depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie n'arrive plus à maintenir comme elle le faisait depuis des années l'approvisionnement en hydrocarbure de la Syrie, et c'est tout naturellement l'Iran qui a pris le relais.

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Pour conclure, l'iranien Amir Taheri de Kayhan affirme que la Russie de Vladimir Poutine doit, dans un premier temps, retirer 4 000 hommes de Syrie, et que c'est pour cela que Bachar el-Assad est allé quémander davantage d'aide à Téhéran. Mais le journaliste avertit également : selon lui, l'Iran n'a pas les moyens de fournir ces renforts de troupes, lui qui a déjà du mal à protéger correctement ses frontières avec l'Afghanistan et le Pakistan.

En Amérique du Sud : que devient le président de gauche Gabriel Boric élu il y a deux mois à la tête du Chili ?

On se souvient de la vague d'enthousiasme populaire qui avait porté au pouvoir ce jeune homme politique issu du mouvement étudiant, en rupture totale avec son prédécesseur, le multimilliardaire conservateur Sebastian Piñera.
Gabriel Boric, élu en mars 2022 comme une "rock star" - pour reprendre l'expression du site argentin  InfoBae - est aujourd'hui bien loin de cette période de lune de miel. Sa côte de popularité n'a fait que baisser ces deux derniers mois, et bien plus vite que celle des autres nouveaux présidents avant lui. "La romance des premiers jours" entre Boric et le peuple chilien a tourné d'autant plus court qu'elle avait été intense : selon Catherine Colombo, les tensions ont commencé à surgir quatre jours après l'investiture, notamment du côté de la communauté autochtone des Mapuches, sur lesquels la gauche radicale de Boric avait beaucoup appuyé sa campagne.

El Pais, dans son édition sud-américaine, parle de débuts pour le moins "turbulents" pour la grande coalition de la gauche chilienne et de son président qui n'a pu, en arrivant au gouvernement, que constater l'ampleur des crises et des divisions qui traversent la société chilienne, encore plus fragilisée dernièrement par l'augmentation générale des prix.

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Le site d'info BioBiochile veut tout de même continuer à y croire. Il note que la côte de popularité de Gabriel Boric dans une toute récente étude d'opinion est en légère hausse, pour la première fois en deux mois. Mais il s'inquiète qu'une autre courbe ne continue de baisser : celle du taux d'approbation du processus constituant, en cours au Chili, censé définir une nouvelle constitution pour en finir avec celle des années Pinochet.

C'est sur l'élan porteur de cette Constituante qu'a été élue la gauche radicale de Boric ; c'est le principal défi de sa présidence de faire déboucher le processus sur un vrai changement des règles du jeu politique. Mais pour le moment, la majorité des Chiliens semble avoir perdu confiance dans les membres de l'Assemblée constituante et ne soutient pas ses premières propositions. C'est sans doute là le plus préoccupant pour le nouveau président du Chili.

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