Elu avec 60% des voix, Macron va devoir agir contre environ 75% des Français qui ne l'ont pas choisi souligne la presse européenne rassurée par sa victoire. ©AFP - Thomas COEX
Elu avec 60% des voix, Macron va devoir agir contre environ 75% des Français qui ne l'ont pas choisi souligne la presse européenne rassurée par sa victoire. ©AFP - Thomas COEX
Elu avec 60% des voix, Macron va devoir agir contre environ 75% des Français qui ne l'ont pas choisi souligne la presse européenne rassurée par sa victoire. ©AFP - Thomas COEX
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Résumé

Revue de la presse espagnole, italienne, et allemande sur la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle française. Aux États-Unis, de rares articles sur l'immolation d'un homme de 50 ans devant la Cour suprême vendredi 22 avril à Washington.

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Le journal El País y consacre pas moins de huit articles, dont plusieurs éditoriaux. "Le candidat le plus détesté s'impose face à la candidate la plus redoutée", estiment deux professeurs en science politique qui écrivent : "L'axe droite gauche a disparu, remplacé par un clivage 'cosmopolistas y nacionalistas', cosmopolistes contre nationalistes, mais cela ne doit pas faire oublier que la première force pour les travailleurs et les jeunes, n'est pas Le Pen, mais l'abstention".

L'abstention fut la plus élevée depuis un demi-siècle poursuit la journaliste Ana Fuentes, toujours dans El País, et Emmanuel Macron n'a été élu que par un quart de ses compatriotes.

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Dans les pages culturelles du quotidien espagnol, Guillermo Altares retrace le long parcours de l'extrême droite en France vers le meilleur résultat de son histoire. De la naissance du Front national en 1972, comme parti souhaitant fédérer "toutes les composantes de l'extrême droite, depuis les nationalistes aux militants de la droite réactionnaire et conservatrice en passant par les monarchistes, les catholiques intégristes et les néo-nazis".

Le rédacteur en chef du service culture d'El País, qui signe cet article, cite la BD de Manuel Larcenet primée en 2004 au festival d'Angoulème, Le combat ordinaire comme l'un des ouvrages clé pour comprendre la montée du Front national. Il reproduit l'échange entre l'auteur de BD venu rencontrer les anciens collègues de son père dans un chantier naval sur le point de fermer.

"Ne me dis pas que tu es devenu fachiste", demande l'auteur à l'un de ces ouvriers sur le point de prendre sa retraite. "Je ne suis pas fachiste, lui répond-il, je veux que ça change".  "Marine Le Pen aura mis deux décennies à capter cette attente de changement avec un parti ultra et réactionnaire, ce qui est l'un des grands paradoxes de la politique européenne du XXIe siècle" conclut l'auteur.

Le Corriere Della Serra fait resurgir dans son analyse du scrutin français, la division entre France d'en haut, et France d'en bas, vocable utilisé par la droite après 2002, et la première accession du Front national au second tour. "Bien sur, explique Aldo Cazzulo*, les près de 20 millions de Français qui ont voté Macron ne sont pas tous des intellectuels raffinés ou des millionaires heureux, beaucoup sont des européens qui ne voulaient tout simplement pas d'une victoire de Poutine, la fin de l'Union européenne, et l'effondrement financier qui en résulterait. La tâche de Macron n'en sera pas moins difficile, sa victoire n'ayant rien à voir avec celle d'il y a cinq ans"*.

"Gagner un second mandat est une chose, gouverner à nouveau en sera une autre" prévient également le correspondant en France du Washington Post. Il se dit partagé sur cette élection. À la fois réconforté que la France ait de nouveau rejeté l'extrême droite, mais inquiet que la victoire d'Emmanuel Macron ne soit pas réellement la victoire d'un argument contre l'autre. "La réélection d'un président centriste dont l'arrogance et le manque d'empathie pour les gens ordinaires sont parfois époustouflants, fait remarquer James Mc Auley, ne vaut pas soutien public derrière le centre, qui apparait plus amorphe et creux que jamais".

La presse allemande dit "OUF"

"Un dernier gros OUF" titre Die Welt, "En 2017, le triomphe d'Emmanuel Macron a parfois provoqué l'euphorie, après cette nouvelle victoire face à Marine Le Pen, il n'y a que du soulagement" écrit Sasha Lehnartz. "Elu avec quasi 60% des voix, Macron va devoir agir contre environ 75% des Français qui ne l'ont pas choisi".

La Suddeutsche Zeitung titre tout simplement "OUF", en notant qu'il n'y a pas eu de liesse dans les rues pour le président réélu, pas même lors de sa propre soirée électorale devant la Tour Eiffel.

Le tabloid Bild affiche la photo d'Emmanuel Macron donnant "un bisou" (en français dans le texte) à son épouse Brigitte Macron hier au pied de la Tour Eiffel.

Même s'il a souvent semblé "peu disposé à combler le fossé grandissant entre la ville et la campagne, les riches et les pauvres, les intérêts environnementaux et l'agriculture, sa réélection est néanmoins une bonne nouvelle pour l'Europe et l'occident", écrit le quotidien populaire allemand. "Si Le Pen avait gagné, la puissance militaire la plus puissante de l'UE et le partenaire le plus proche de l'Allemagne auraient menacé de rompre avec le Front uni contre Poutine".

"À Paris, il y a un partenaire qui a du cran !" considère en titre l'un des éditorialistes du Frankfurter Allemagne Zeintung. "Macron n'a pas flatté les aigris, mais a exprimé sa conviction : l'Europe est la solution. Pour que cela soit vrai, Berlin doit aussi faire un effort" nous dit Andreas Ross.

"Si le chancelier Scholz parvient à faire en sorte que l'Allemagne devienne un pilier de la souveraineté européenne, à la fois militairement et politiquement, alors le moteur franco-allemand gagnerait du terrain". Autre question cruciale pour Paris, "les vannes ouvertes pendant la pandémie resteront-elles ouvertes ou l'austérité allemande reviendra-t-elle en Europe ?"

Que l'UE tienne ses promesses, comme s'y est engagé le nouveau président français, ou non, dépend du "tournant de Berlin" en faveur de ses idées, conclut l'éditorialiste.

Auto-immolation à Washington le Jour de la Terre

Aux États-Unis, la mort par immolation d'un activiste du climat vendredi 22 avril donne lieu à quelques rares articles.

"Wynn Bruce, un homme du Colorado qui s'est immolé par le feu devant la Cour suprême à Washington lors d'une manifestation pour le Jour de la Terre est décédé" nous apprend le New York Times.

"Ce n'est un suicide, mais un acte de protestation planifié", explique l'une de ses amies, "Un acte de compassion pour attirer l'attention sur la crise climatique, les gens sont poussés à des niveaux extrêmes de chagrin et de désespoir climatique" poursuit cette dame, par ailleurs climatologue, prêtre bouddhiste zen, et inquiète que des jeunes gens puissent s'inspirer de cette démarche.

Pourquoi la Cour suprême ? Car elle délibère en ce moment sur une affaire dont l'issue pourrait porter un coup dur aux efforts de l'administration Biden pour lutter contre le changement climatique, suggère le New York Times.

Le Denver Post cherche à établir un portrait de Wynn Bruce, à partir de quelques fragments épars : ses post Facebook surtout. Il avait 50 ans, vivait à Boulder, à 30 minutes de Denver, avait travaillé comme photographe, se disait bouddhiste. Des messages postés il y a un an laissent entendre qu'il envisageait cette action depuis un certain temps.

The Nation parle également du Jour de la Terre pour rappeler que les chaines de télévision américaines y avaient consacré "la quasi-totalité de leurs émissions" le premier jour de sa célébration en 1970.

Un demi-siècle plus tard, alors que la situation est beaucoup plus grave, et la nécessité d'une action de grande envergure plus urgente, il n'y a plus cet élan médiatique, regrette Marc Hertsgaard, directeur exécutif de Covering Climate Now, un collectif qui plaide pour une meilleure couverture du climat dans les médias. Moins d'urgence, moins d'espace, moins de minutes d'antennes.

Imaginez simplement que chacun des trois grands réseaux (ABC, NBC, CNBC), américains dirige ses émissions avec le récent rapport de l'ONU sur le climat, présenté sous des titres comme 'Une question de survie', puis passe tout le programme à expliquer le problème et à explorer des solutions. Marc Hertsgaard, directeur exécutif de Covering Climate Now, qui plaide pour une meilleur couverture du climat dans les médias.

Jusqu'à très récemment, poursuit Mark Hertsgaard, les journalistes avaient le sentiment "que trop parler du climat serait de l'activisme, et que parler des militants qui poussent au changement était un acte partisan. Mais quand vous revenez en arrière et regardez la couverture de 1970, vous ne voyez aucune de ces hésitations".

Moins d'espace médiatique, moins d'antenne.... À l'instar de cette auto-immolation pour la 52ème édition du Jour de la Terre qui recueille très peu d'écho dans la presse américaine et au-delà.