Sadok Belaïd remettant le projet de constitution au président tunisien Kaïs Saïed, Tunis le 20/06/22 ©AFP - Présidence tunisienne
Sadok Belaïd remettant le projet de constitution au président tunisien Kaïs Saïed, Tunis le 20/06/22 ©AFP - Présidence tunisienne
Sadok Belaïd remettant le projet de constitution au président tunisien Kaïs Saïed, Tunis le 20/06/22 ©AFP - Présidence tunisienne
Publicité
Résumé

En Tunisie, même les juristes chargés par le président Kaïs Saïed de rédiger la nouvelle Constitution dénoncent les dérives dictatoriales du texte finalement présenté par le chef de l'État. Le Karakalpakistan, région ouzbèze très attachée à son autonomie, fait reculer le gouvernement de Tachkent.

En savoir plus

En Tunisie : le projet de constitution qui sera soumis à référendum le 25 juillet a été présenté en fin de semaine dernière par le président Kaïs Saïed

Comme le remarque Sofiene Ghoubantini du journal économique en ligne Business News, il y a d'abord eu plusieurs jours de silence, sans doute un peu sidéré, après la publication jeudi 30 juin du texte constitutionnel rédigé par la Commission consultative nommée par le chef de l'État. Les premières réactions se sont fait jour, notamment dans les journaux de ce lundi 4 juillet. Ces critiques proviennent d'Amine Mahfoud et Sadok Belaïd, deux personnages importants dans ce processus constitutionnel, puisque c'est eux qui ont mené les travaux de la Commission qui a remis sa copie à Kaïs Saïed le 20 juin.

Publicité

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Mais ce mardi 5 juillet dans l'Economiste Maghrébin, Sadok Belaïd clame qu'il y a un monde entre ce texte rendu par la commission, et celui publié au journal officiel dix jours plus tard, le 30 juin. Un monde où les principes démocratiques se sont effacés pour laisser place à une Constitution qui, rien de moins, ouvre la voie à "l'établissement d'une dictature sans fin au profit de l'actuel président tunisien". Le vieux juriste pointe une "tendance à la tyrannisation du pouvoir, éparpillée sur l'ensemble du texte constitutionnel", ainsi qu'un "retour aux âges obscurs de la civilisation islamique" puisque dans le premier alinéa de l'article 5, note le Middle East Monitor, il est inscrit que "la Tunisie fait partie de l'Umma", la communauté des musulmans à travers le monde, alors qu'il avait été annoncé que l'Islam ne serait plus la religion d'État.

Kaïs Saïed - lui-même constitutionnaliste de formation - a profondément imprimé sa marque sur la version du texte qui lui avait été remise par la commission consultative. Une autre critique adressée au projet de constitution peut être relevée, ce mot de Taghraa qui désigne le sceau du sultan ou du roi, et qui laisse entendre que Kaïs Saïed s'arrogerait le droit de gouverner par décrets, selon son bon vouloir. Pour le magazine Jeune Afrique, il est nécessaire de se méfier des surinterprétations, même si tous les pouvoirs seront - de toute façon - concentrés entre les mains du président, le seul habilité à déterminer la politique générale de l'État et à nommer et révoquer sans contrôle parlementaire les membres de son gouvernement.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Élu sur cette idée, Kaïs Saïed entend paradoxalement "redonner le pouvoir au peuple tunisien" en installant un régime ultra-présidentiel, une manière de court-circuiter cette classe politique discréditée, corrompue et paralysée qui est, elle, issue du régime parlementaire mis en place en 2014. Mais dans ce cas - s'interroge encore Frida Dahmani de Jeune Afrique - pourquoi supprimer la plupart des instances constitutionnelles qui sont censées exercer un contrôle sur le pouvoir et le droit à commencer par la Cour constitutionnelle ou l'instance de lutte contre la corruption ? Quant au pouvoir judiciaire, il n'en sera plus un à proprement parler sous la future Constitution, puisqu'il n'est plus désigné que comme une "fonction judiciaire" avec des magistrats désignés, forcément, par le président.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

La liste des inquiétudes qui ressortent de cette Constitution est longue, et notamment la place réservée aux femmes dans la société tunisienne : les citoyennes n'étant à aucun moment évoquées dans le texte. Mais il faut aussi voir les choses en face selon Sofiene Ghoubantini de Business News : peut-on vraiment s'estimer surpris par le tournant autocratique pris par Kaïs Saïed avec cette Constitution, lui qui, depuis un an déjà, a suspendu le Parlement et tous les contre-pouvoirs, au profit de son projet politique personnel ? Comment ceux qui ont accepté de rédiger le projet de Constitution peuvent-ils prétendre avoir cru au simulacre de consultation nationale lancée par Saïed pour masquer ses réelles intentions, s'interroge le journaliste ?

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Les complices d'hier deviennent les opposants d'aujourd'hui. Cela a au moins le mérite de nourrir le débat, d'ici au 25 juillet où ce sont les citoyennes et citoyens tunisiens qui seront amenés à approuver ou non par référendum le texte constitutionnel. Les appels au boycott du scrutin se multiplient déjà, et le site indépendant Inkyfada critique les "délais intenables" imposés à ce processus constitutionnel à marche forcé qui laisse bien peu de temps et de place pour un débat serein sur des questions aussi cruciales pour la Tunisie.

À l'ouest de l'Ouzbékistan : que s'est-il passé ces derniers jours ?

Le media russe spécialisé sur l'Asie centrale Fergana.ru, évoque la mort d'au moins 18 personnes dans la république autonome ouzbèke du Karakalpakistan dans des troubles qui ont agité la capitale régionale Nukus. 516 manifestants ont été arrêtés, pour avoir participé à des affrontements avec la police, en marge de manifestations contre le gouvernement ouzbek et sa volonté affichée de retirer au Karakalpakistan son statut d'autonomie. C'est une région pauvre, aride, terminée au nord par ce qu'il reste de la Mer d'Aral asséchée, mais une région très attachée à son identité et à sa langue karakalpake avec une tentation indépendantiste ancrée de longue date.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

La mobilisation a pris une telle ampleur, poursuit Radio Free Europe, que le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev s'est rendu à Nukus en urgence vendredi 1er juillet et a promis de retirer les amendements à la Constitution décriés par la foule, signe que le risque d'une déstabilisation de tout le pays par l'ouest a été pris au sérieux.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Dans les rues de la ville, un officier de sécurité déclare au reporter d'Al Jazeera que "ce sont les Américains qui sont derrière les manifestations" ; l'internet a été coupé dans la région au plus fort de la mobilisation. Il reste très compliqué de savoir réellement quelle est la situation aujourd'hui et le gouvernement ouzbek ne semble pas vraiment y avoir intérêt : une envoyée spéciale d'Eurasianet a été arrêtée et brièvement emprisonnée pour avoir voulu s'adresser aux familles de manifestants venues dans un commissariat pour tenter d'avoir des nouvelles de leurs proches portés disparus.

Références

L'équipe

Camille Magnard
Production