Lanceuse d'alerte, panne géante : Facebook face à la pire crise de son histoire

Panne mondiale de Facebook, Instagram et WhatsAspp, le 04/09/21
Panne mondiale de Facebook, Instagram et WhatsAspp, le 04/09/21 ©AFP - © JUSTIN SULLIVAN
Panne mondiale de Facebook, Instagram et WhatsAspp, le 04/09/21 ©AFP - © JUSTIN SULLIVAN
Panne mondiale de Facebook, Instagram et WhatsAspp, le 04/09/21 ©AFP - © JUSTIN SULLIVAN
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Le groupe Facebook a subi lundi une panne exceptionnelle de tous ses réseaux qui fait suite aux révélations faites par une lanceuse d'alerte sur les renoncements éthiques de l'entreprise. Au Royaume-Uni, le gouvernement veut donner plus de droits aux policiers face aux "guerilleros" écologistes.

Cette journée a commencé par une mauvaise nouvelle pour la paix et la fraternité dans le monde.

C'est en tout cas ainsi que nous l'annonce le magazine en ligne américain AVClub : "nous avons le regret de vous annoncer que Facebook est de retour ; après une panne géante mondiale de six heures qui a presque permis de restaurer la paix dans le monde, les réseaux sociaux du groupe californien, Facebook mais aussi Instagram et Whatsapp fonctionnent à nouveau... des milliards d'utilisateurs sont donc à nouveau abreuvés de désinformation médicale, de théories du complot sur la 5G, et de débats sans fin sur le dernier blockbuster au cinéma...

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Alors bien sûr, le propos est caricatural et provocateur, mais il renvoie à une vraie critique de fond sur Facebook, groupe précipité dans la pire tourmente de son histoire. La panne, finalement d'après The Verge, semble purement technique et sans conséquence, mais elle arrive à un moment où le géant de l'internet est fragilisé par des accusations portées par une lanceuse d'alerte. Frances Haugen, ancienne ingénieure de Facebook, était dimanche, à visage découvert, sur le plateau de la très populaire émission 60 minutes de la chaîne CBSNews, et elle y a fait sensation.  

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"Ce que j'ai vu maintes fois chez Facebook, rapporte Frances Haugen_, ce sont des situations de conflits d'intérêts entre ce qui était bon pour le public et ce qui était bon pour les bénéfices du groupe... et à chaque fois ils arbitraient en faveur de ce qui permettait à Facebook de gagner plus d'argent_". Le ton est donné : la sécurité des données, la vie privée des utilisateurs, la lutte contre les contenus erronés, violents, haineux, les théories du complot, tout ça malgré ce qu'affirme la direction de Facebook depuis des années passe après l'intérêt des dirigeants et des actionnaires. 

Frances Haugen s’appuie dans ses dénonciations sur des milliers de documents internes qu'elle a mis de côté pendant des années, notamment des études d'impact menées par les chercheurs de l'entreprise sur les effets néfastes pour la société de leurs réseaux.

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"Facebook, poursuit la lanceuse d'alerte, s'est rendu compte que s'ils modifiaient leur algorithme pour montrer plus aux utilisateurs des contenus vérifiés et acceptables, les gens allaient rester moins longtemps sur leur application, qu'ils y verraient donc moins de pub et qu'au final ça rapporterait moins d'argent. Les études internes ont démontré très cyniquement que tous les contenus qui suscitent la haine et la division dans la société fonctionnent mieux, qu'il est plus facile d'inciter les gens à la colère, qu'à tout autre sentiment"

Voilà donc le credo de Facebook, d'après Frances Haugen qui avait déjà développé ces révélations dans une série d'articles publiés ces dernières semaines par The Wall Street Journal.   On y apprenait que les règles éthiques que l'entreprise affirme imposer à tous ses utilisateurs sont en fait aisément transgressées quand il s'agissait de clients influents et de publicitaires généreux ; on y apprenait aussi que la direction est parfaitement consciente des ravages que le réseau de partage d'images Instagram fait sur les jeunes filles à travers le monde, en matière de pressions mises sur leur apparence physique et sur leur confiance en elles-mêmes... mais que rien n'a été fait jusqu'à très récemment pour y remédier, Facebook allant même jusqu'à programmer le lancement d'une version pour enfants d'Instagram, pour attirer toujours plus ce public jeune si perméable à la publicité. 

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Bref, comme le résume l'éditorial du jour dans l' Indian Express de New Delhi, "le modèle économique de Facebook est plus que jamais contraire aux exigences éthiques que la société affiche"... et les timides tentatives de contrer ses effets toxiques sont contrebalancées par des pressions financières bien plus puissantes. Facebook, avec la panne géante d'hier et cette crise de fond que l'entreprise traverse, montre qu'elle est "bien plus faible" que ne le laisse paraître le mastodonte aux milliards d'utilisateurs, d'après The New York Times. Plus largement, "l'écosystème internet est aussi néfaste que fragile, appuie Tiffany C. Li sur le site de la chaîne MSNBC, et le black-out de lundi soir doit être vu comme une chance", un révélateur pour passer à l'action, trouver de vraies solutions.   

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Car bien entendu, tout cela plaide en faveur de ceux qui depuis des mois déjà aux États-Unis exigent que Facebook soit démantelé, coupé en parties distinctes et plus facilement contrôlable. Mais en lisant l'analyse de Philip Bump, dans The Washington Post, on comprend que la bataille contre le réseau social est aussi très politique, avec une partie de la droite américaine qui s'est juré de prendre sa revanche sur Facebook, pour avoir osé censurer Donald Trump et certains comptes conspirationnistes d'extrême-droite. 

Finalement, si ceux qui reprochent à l'entreprise de ne pas assez contrôler les contenus qu'elle diffuse se retrouvent alliés de circonstance avec ceux qui lui reprochent de trop contrôler voire de censurer... alors le sort de Facebook pourrait être scellé plus vite que prévu.

Les Enjeux des réseaux sociaux
1 min

Au Royaume-Uni, le gouvernement Johnson s'apprête à donner des pouvoirs étendus à la police pour faire face à une menace bien précise

... La menace des militants pros-environnement, contre le réchauffement climatique, qui semble prioritaire pour la ministre de l'Intérieur Priti Patel : d'après la BBC, elle va présenter aujourd'hui, depuis le congrès du Parti Conservateur à Manchester, tout un arsenal de prérogatives élargies pour la police, afin de pouvoir arrêter et fouiller les activistes avant même qu'ils n'aient commis le moindre délit en manifestation ; ils pourraient se voir interdits de déplacement vers leurs lieux de rassemblement si les policiers trouvent sur eux de la colle, des chaînes ou des cadenas. 

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Car oui, la pire menace du moment semble être ces "méthodes de guerilla", dixit la ministre, qui sont appliquées par certains écologistes, consistant vous l'avez compris à s'enchaîner à des infrastructures ou des institutions dont ils dénoncent la pollution, ou à bloquer des autoroutes comme cela a été fait à plusieurs reprises ces derniers jours au Royaume-Uni autour du mouvement Insulate Britain qui plaide pour de meilleurs logements sociaux et un grand plan national de rénovation énergétique des bâtiments.  

Le nouvel arsenal législatif promis pour le mois de mai pose de graves problèmes en matière de libertés publiques, observe The Guardian ; The Independent, d'ailleurs, va plus loin en faisant un parallèle très significatif avec les lois d'exception "draconiennes et liberticides" qui avaient été prises par Margaret Thatcher contre les mineurs en grève des années 1980.

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