Les États-Unis, conscients de la dépendance de l'Inde face à la Russie en matière d'équipements militaires, veulent éviter de la brusquer publiquement (AFP)
Les États-Unis, conscients de la dépendance de l'Inde face à la Russie en matière d'équipements militaires, veulent éviter de la brusquer publiquement (AFP)
Les États-Unis, conscients de la dépendance de l'Inde face à la Russie en matière d'équipements militaires, veulent éviter de la brusquer publiquement (AFP) ©AFP - MANDEL NGAN
Les États-Unis, conscients de la dépendance de l'Inde face à la Russie en matière d'équipements militaires, veulent éviter de la brusquer publiquement (AFP) ©AFP - MANDEL NGAN
Les États-Unis, conscients de la dépendance de l'Inde face à la Russie en matière d'équipements militaires, veulent éviter de la brusquer publiquement (AFP) ©AFP - MANDEL NGAN
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Résumé

New Delhi a pour le moment évité de condamner publiquement la Russie et de se joindre aux votes allant dans ce sens à l’ONU. L'Inde, qui regarde de près le changement de Premier ministre chez son voisin pakistanais.

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Ces dernières semaines, la capitale indienne a reçu des émissaires "de tout l’éventail politique mondial", rappelle la revue américaine Foreign Policy : américains bien sûr, mais aussi russes, chinois, autrichiens, allemands, mexicains, britanniques, etc. "Une valse diplomatique" visant de toute évidence à tenter d’influencer la position indienne.

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Et c’est visiblement ce que Washington a de nouveau essayé de faire, lundi 11 avril lors d’un échange à distance entre Joe Biden et le Premier ministre indien Narendra Modi. Alors que le Président américain s’est lui aussi abstenu de critiquer la troisième économie mondiale sur son silence, il a de nouveau demandé à New Delhi à ne pas augmenter les importations d’énergie russe, afin de ne pas saper les sanctions difficilement imposées par les États-Unis et l’Union européenne, rapporte  le Wall Street Journal.

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Une "force irrésistible face à un objet immobile", c’est le tableau dépeint par The Times of India, qui remarque que cette question a déjà été abordée par l’administration américaine ces dernières semaines lors d’échanges avec des responsables indiens. Mais cette fois, Joe Biden semble avoir voulu y mettre de son prestige personnel et de ses pouvoirs de persuasion. Même remarque du côté d’un autre quotidien indien, The Telegraph qui note que lundi 11 avril, Joe Biden a apporté, avec ce message "le poids du bureau ovale".

Mais au final cela n’a pas changé grand-chose. Narendra Modi répondant, plutôt cinglant, qu’au vu des chiffres officiels, les achats indiens sur un mois sont probablement inférieurs à ceux de l’Europe en une après-midi. Le Premier ministre a seulement consenti à qualifier la situation en Ukraine de "préoccupante", condamnant le massacre de Boutcha, déclarant aussi s’être entretenu avec Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine et avoir appelé à des pourparlers directs entre les deux dirigeants.

Un discours moral amène souvent à un discours contre-moral

Embarrassée, Washington semble tout essayer pour faire pencher le partenaire indien de son côté. Mais si le pays s’est rapproché des États-Unis ces dernières années, sa relation avec la Russie est aussi très importante depuis l’époque soviétique, nous dit Foreign Policy qui, pour comprendre cette position indienne face à la guerre en Ukraine, a interrogé Shivshankar Menon, ex-conseiller à la sécurité nationale et ancien chef de la diplomatie indienne, ainsi que Suhasini Haidar, du service international du journal Hindu.

Pour Shivshankar Menon, ce n’est pas parce que l’Inde est considérée comme une des plus vieilles démocraties du monde qu’elle doit nécessairement s’aligner avec les autres contre un régime qualifié d’autoritaire. "Les discours moraux ont tendance à produire des discours contre-moraux", estime Menon. Pour la journaliste Suhasini Haidar, l’Inde se sent actuellement à l’aise avec la Russie, et ne veut certainement pas abandonner les 60% de son matériel de défense et les 85% de pièces détachées qu'elle lui importe. Indépendamment de l’accord sur le nucléaire civil entre Washington et New Delhi, Moscou exploite par ailleurs des centrales nucléaires en Inde. Suhasini Haidar poursuit : "on assiste à l’émergence d’un nouveau monde financier, s’il doit exister un tel monde sans dollars, l’Inde va garder ses options ouvertes", et cela, pour l’instant, ne présente que des avantages. D'autant que New Delhi sait combien les autres ont besoin de ses vaccins et de son blé qu'elle produit en masse, conclue The Times of India.

L’Inde suit de près l’arrivée d’un nouveau Premier ministre au Pakistan

Shehbaz Sharif, chef de l'opposition a été désigné par le Parlement pour remplacer Imran Khan, renversé par une motion de censure, après une semaine de rebondissements, note The Hindu. C'est plutôt une bonne nouvelle pour la chaîne indienne Times Now, qui rappelle que le frère aîné de Shehbaz et ancien Premier ministre, Nawaz Sharif, s'était efforcé de construire et de maintenir de bonnes relations avec New Delhi. Shehbaz lui, est présenté comme plus "neutre", plus "doux", très compétent aussi, après avoir administré à trois reprises la province du Pendjab, la plus peuplée du pays dont elle est aussi le cœur politique.

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D'ailleurs, note le site indien Daily New and Analysis, comme beaucoup d'autres médias du pays ce mardi 12 avril, dans son premier discours de chef du gouvernement hier, Shehbaz Sharif a appelé son "nouvel" homologue Narendra Modi à travailler ensemble sur la question du Cachemire mais aussi de la pauvreté, commune aux deux pays. Le DNA espère que ce nouveau mandat permettra de rétablir les relations commerciales entre les deux pays. Il y a trois ans, elles avaient été rompues après la révocation par l'Inde du statut semi-autonome du Cachemire.

L’évolution de ces relations dépendra de deux facteurs selon The Indian Express. Pour de nombreux observateurs indiens, l’éviction d’Imran Khan est une simple répétition de l'histoire pakistanaise, d’un scénario contrôlé par l’armée, qui renverse tout Premier ministre devenu un problème. Toute la question est de savoir quelle sera désormais le poids des militaires dans cette nouvelle étape.

Face aux grandes puissances mondiales, l'Inde aura du mal à rester les bras croisés.

Cette guerre entre les élites pakistanaises se déroule aussi au milieu, là encore, d’une compétition mondiale entre les Américains et Européens d’un côté, la Chine et la Russie de l'autre. Islamabad, qui entretient de bonnes relations avec l’Occident et Pékin, a du mal à maintenir cet équilibre délicat, il s'agit toujours d'une question de balance. Mais les diatribes d’Imran Khan sur de supposées interventions étrangères - américaines - dans la crise qui l’a chassé du pouvoir a perturbé ce fragile équilibre, d’autant que la Chine et la Russie ont tout intérêt à éloigne Islamabad de Washington en ce moment, ajoute The Indian Express. Le quotidien note ainsi que l'Inde aura du mal à rester les bras croisés, alors que l'avenir de son voisin est entre les mains de ces grandes puissances. Elle pourrait être contrainte à agir, au risque de perturber son propre équilibre diplomatique.