Manifestante sri-lankaise à Colombo, le 29/05/22 ©AFP - Ishara S. Kodikara
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Résumé

En défaut de paiement sur sa dette, fragilisé par une crise politique profonde, le Sri Lanka voit son économie plonger au point qu'il dépend aujourd'hui de l'aide d'urgence du FMI, de l'Inde et de la Chine. Le Royaume-Uni commencera à déporter ses demandeurs d'asile vers le Rwanda le 14 juin.

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Au Sri Lanka : un pays qui s'effondre sur lui-même

Ce petit pays d'Asie c'est le Sri Lanka, cette île en forme de poire (ou de larme) au sud-est de la péninsule indienne ; on avait parlé ici-même, il y a trois semaine, de la crise politique qui avait poussé à la démission le Premier ministre et frère du président, Mahinda Rajapaksa. Depuis, c'est un certain Ranil Wickremesinghe qui a été chargé de mener un gouvernement d'union, de réconciliation politique avec l'opposition, mais à vrai dire sa principale mission selon Al Jazeera, c'est bien de gérer l'insondable crise économique qui lamine l'île.

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"L'état actuel des finances publiques est insoutenable", a-t-il d'emblée convenu : le Sri Lanka est touché par des pénuries d'à peu près tout : nourriture, médicaments et carburants. L'inflation a frôlé les 40% sur le dernier mois de mai, assène le journal japonais Nikkei Asia pour qui la situation actuelle du pays est "la combinaison fatale de l'inflation, de l'explosion de la dette publique, du manque de devises étrangères, des conséquences de la pandémie sur l'économie du tourisme, et enfin de l'hubris corrompu de la dynastie Rajapaksa au pouvoir".

Résultat ? Le Sri Lanka a fait officiellement défaut sur sa dette à la mi-avril, il a relancé d'urgence des négociations avec le FMI pour obtenir un prêt pour tenter de rester à flot. Mais, ajoute Bloomberg, comme à son habitude, le Fonds monétaire international pose ses conditions : avant de mettre la main à la poche, et le nouveau gouvernement a donc dû montrer des signes de sérieux budgétaire. Pas plus tard que mardi 31 mai, et alors que le pays manque de tout, il a annoncé une hausse conséquente des impôts sur le revenu et la TVA. La mesure, forcément impopulaire, a été présentée comme un simple retour sur les allègements fiscaux qui avaient été consentis par le précédent gouvernement pour soi-disant relancer l'économie sri-lankaise, ce qui n'aurait apparemment pas porté ses fruits...

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... À tel point que l'île menace aujourd'hui de basculer dans une crise humanitaire de grande ampleur. C'est bien ce sur quoi nous alerte le Financial Times, selon qui, en effet, "la crise de la dette sri-lankaise est en train de dégénérer en une vraie urgence humanitaire" pour les 22 millions d'habitants du pays. Le nouveau gouvernement en a conscience, sa hausse des taxes pilotée par le FMI ne va rien arranger. Alors il demande de l'aide, alimentaire avant tout, aux pays voisins d'Asie à travers la SAARC, l'association sud-asiatique pour la coopération régionale, une organisation de petits pays d'Asie du Sud réunis autour de l'Inde.

New Delhi est bien sûr un partenaire historique de poids pour Colombo, mais les Sri-Lankais dans l'adversité se tournent aussi, note le site d'info indien The Print, vers la Chine qui, ces dernières années, s'est vue offrir - entre autres - le contrôle du port de Colombo en échange de crédits et d'investissements. Ce pari chinois fait par les précédents dirigeants de l'île s'est avéré assez catastrophique, et aujourd'hui comme le constate le South China Morning Post, la Chine se fait très discrète, voire distante, alors que le sol se dérobe sous les pieds des Sri-Lankais.

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Pour le moment, Pékin a seulement accepté de jouer les cartes bleues, de fournir quelques centaines de millions de dollars en cash. Le FMI, lui, voudrait des garanties que le soutien chinois va rester solide sur le plus long terme, mais a des doutes sur la question, ce qui complique les négociations pour débloquer un prêt en urgence. "La Chine ne nous laissera jamais tomber", martelait encore récemment le président Gotabaya Rajapaksa. Mais de plus en plus de Sri-Lankais semblent en douter, et préférer se tourner vers le grand frère indien, plutôt que vers le banquier chinois.

Au Royaume-Uni : rien ne semble arrêter les projets de la ministre de l'Intérieur Priti Patel

C'est en tous cas ce qu'elle affirme sur SkyNews : rien, et surtout pas les recours en justice, ne pourra empêcher que dans deux semaines, le Royaume-Uni n'envoie de premiers groupes de migrants clandestins vers le Rwanda, à 6 500 kilomètres au sud des côtes de la Manche. Puisque c'est bien avec ce pays d'Afrique qu'un accord a été conclu en avril. Le Rwanda, financé pour cela par l'État britannique, va prendre en charge les exilés le temps que leur demande d'asile au Royaume-Uni soit étudiée... sans trop que l'on sache ce qui se passera quand les demandes seront refusées.

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Le 14 juin, donc, confirme The Independent, le premier charter partira vers cette sous-traitance intercontinentale de l'obligation humanitaire d’accueillir dignement les demandeurs d'asile. Les organisations d'aide aux migrants et de défense des droits humains, tout comme l'opposition britannique et même l'évêque de Canterbury, ont beau dénoncer cette solution rwandaise comme irrationnelle, illégale, contraire aux valeurs humanistes du Royaume-Uni... Priti Patel reste droit dans ses bottes et annonce que les premiers migrants à étrenner la chose ont commencé à en être informés. Cela ouvre bien sûr la voie à la contestation de ces décisions devant la Justice, mais la ministre du gouvernement Johnson répète que rien ne la détournera de son objectif.

Et depuis quelques jours comme l'indique Reuters, les relations sont en train de considérablement se dégrader entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo qui accuse Kigali de soutenir la rébellion armée du M23, laquelle multiplie les attaques et les conquêtes dans l'est de la RDC. Le spectre d'un nouvel embrasement au Nord-Kivu, d'une guerre régionale nous confirme que le Rwanda est décidemment un pays particulièrement sûr et fiable pour y déporter des demandeurs d'asile.