Manifestation anti-indienne au Pakistan, Karach le 07/06/22 ©AFP - Arif Ali
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Résumé

Après des propos critiques du prophète Mahomet par des responsables du parti au pouvoir en Inde, la réprobation est massive dans une vingtaine de pays musulmans, mettant en péril la diplomatie de Narendra Modi. En RDC, une visite officielle lourde de symboles pour le couple royal belge.

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En Inde : une tempête diplomatique oppose le pays à une vingtaine de pays musulmans

Des monarchies du Golfe à l’Indonésie, en passant par le Pakistan qui ne manque jamais une occasion d’épingler son voisin du sud, constate le Times of India, New Delhi est conspuée par le monde musulman. Et ce depuis que deux porte-paroles du parti de Narendra Modi, le BJP, ont fait des déclarations publiques questionnant le jeune âge de la troisième épouse du prophète Mahomet, Aïcha quand il l’épousa, en l’an 623 de notre ère.

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Cela laisse imaginer la teneur des commentaires, exprimés dans le cadre d’une controverse, en Inde, sur une mosquée construite à l’emplacement d’un ancien temple hindou : le genre de polémiques très fréquentes là-bas et qui ne manquent jamais de mettre de l’huile sur le feu des tensions ethnico-religieuses entre hindous et musulmans.

Depuis, les deux porte-paroles ont été sanctionnés par leur parti, mais la colère des pays musulmans ne retombe pas, les ambassadeurs ou chargés d’affaires indiens dans ces pays sont convoqués pour être sermonnés sur les inacceptables atteintes à la liberté religieuse et sur les discours de haine antimusulmans qui seraient promus par le pouvoir incarné par Narendra Modi. Des manifestations anti-indiennes sont organisées au Pakistan ; et ce mercredi 8 juin, on lit sur le site du quotidien The Hindu, que la branche d’Al-Qaeda, dans le sous-continent indien, entre dans la mêlée et menace de frapper l’Inde par des attentats-suicides pour venger l’honneur du prophète.

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New Delhi se retrouve dans le collimateur… et, sans cautionner inacceptable menace terroriste, ce n'est pas forcément pour de mauvaises raisons, estime Rana Ayyub, dans les pages "Opinion" du Washington Post. La journaliste indienne se félicite même que, par le biais de cette réaction virale dans les pays musulmans, le monde réagisse enfin à la lente descente, observée depuis des années, de l’Inde de Narendra Modi dans un climat de nationalisme hindou et de haine islamophobe. Depuis l'arrivée de Modi au pouvoir en 2014, les attaques du parti au pouvoir contre les 200 millions de musulmans d’Inde sont incessantes, écrit Rana Ayyub. Tous les pans de la vie, les coutumes et la culture de ces musulmans sont progressivement attaqués par de nouvelles lois qui restreignent leur liberté de culte… avec une volonté, lit-on encore, d’humilier et d’opprimer ces dizaines de millions d’Indiens qui constituent aussi, bien souvent, les catégories les plus démunies de la population indienne.

Cette levée de bouclier internationale contre l’Inde pose un sérieux défi diplomatique à Narendra Modi. L’Inde ne peut pas se permettre de froisser durablement les monarchies du Golfe en particulier, remarque l’Indian Express : le pays est très dépendant du pétrole importé de la péninsule arabique, mais aussi de l’argent que renvoient au pays les six millions et demi d’émigrés indiens qui vivent et travaillent dans cette région du monde. Pour eux, cette affaire est une véritable "honte nationale", affirme le quotidien The Tribune. Du moins, cette levée de bouclier internationale contre l’Inde, pose un sérieux défi diplomatique à Narendra Modi, avec la crainte, aussi, que des représailles mettent en difficulté ces Indiens en terre musulmane. D’ailleurs, ce qui a poussé les dirigeants du BJP à désavouer leurs portes-paroles, ce sont les menaces de boycott des produits indiens dans les pays du golfe.

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Toute cette controverse doit au moins servir à une chose, poursuit Sima Chishti sur le site The Wire : à faire "voler en éclat le double-langage que pratique depuis des années Narendra Modi sur la scène internationale", en particulier quand il brosse dans le sens du poil ses indispensables partenaires du Golfe. Double visage d’un dirigeant qui se revendique à l’étranger des enseignements de Gandhi et du multiculturalisme apaisé, mais qui chez lui laisse proliférer, voire attise, des discours de haine anti-Islam qui trop souvent débouchent sur des passages à l’acte meurtriers. La journaliste de The Wire veut croire que les menaces économiques et diplomatiques, le fait que les États-Unis aient aussi récemment émis des critiques sur les atteintes à la liberté religieuse en Inde commencent à faire évoluer les mentalités dans l’entourage du Premier ministre et dans son parti tout-puissant.

En RDC : une visite royale historique

Et pourtant le mot est souvent galvaudé. On parle là de la visite du couple royal belge en République démocratique du Congo... ancienne colonie belge où, comme nous le rappelle le site Connection ivoirienne, l’expression même de "crimes contre l’humanité" serait née bien avant qu’elle se répande en Europe après la Seconde Guerre mondiale.

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À la fin du XIXe siècle, Léopold II régnait sur la Belgique et ses colonies du Congo avec une barbarie institutionnalisée ; Léopold II n’est autre que l’arrière-arrière grand-père de l’actuel roi Philippe, lequel a donc entamé mardi 7 juin au soir, à Kinshasa en compagnie de la reine Mathilde, cinq jours d’une visite "indispensable", au vu des enjeux mémoriels selon Colette Braekcman la spécialiste Afrique du quotidien Le Soir. Indispensable mais inédite, historique… et "forte en symbole" ajoute La Libre Belgique avec la volonté affichée par les deux pays de mettre en avant leur lien resté très fort et surtout leur avenir commun plus que le passé qui reste si douloureux.

Mardi 8 juin donc, l’accueil a été très chaleureux pour le couple royal… trop même à lire L’Actualité de RDC selon qui la mobilisation générale décrétée par le président Tshisekedi pour dérouler le tapis rouge au roi des Belges fait grincer bien des dents chez des députés qui y voient une persistance de pratiques coloniales.

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La RTBF, elle, pose la question de savoir si le roi Philippe compte présenter des excuses officielles pour les crimes commis à l’époque coloniale : jusque-là, la Belgique s’en est tenue, en 2020, à des regrets pour les actes de violences et de souffrances infligés aux peuples du Congo. Le Soir, enfin, note que l’acte le plus symbolique en la matière, la restitution à la RDC de la seule relique du corps de Patrice Lumumba - une dent du père de l’indépendance congolaise - n’interviendra pas pendant ce voyage royal mais à la fin du mois de juin : trop de symboles, sans doute, pour un seul voyage. Sur cette dent qui porte en elle toutes les tensions non résolues du passé colonial, je vous renvoie vers l’excellente enquête que vient de lui consacrer le site Politico Europe, un dossier signé Camille Gijs et Stephan Faris.