L'eurodéputé et leader du Pasok-Kinal Nikos Androulakis, le 26 juillet 2022, à Athènes (Grèce). ©AFP - STR / Eurokinissi / AFP
L'eurodéputé et leader du Pasok-Kinal Nikos Androulakis, le 26 juillet 2022, à Athènes (Grèce). ©AFP - STR / Eurokinissi / AFP
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Résumé

Le gouvernement grec a annoncé mardi que la rentrée parlementaire serait avancée d'une semaine, acceptant la demande de l'opposition de gauche d'un "débat extraordinaire" à l'Assemblée sur le scandale d'espionnage.

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On parle déjà d'un "Watergate grec" : un scandale d'espionnage visant le chef de l'opposition socialiste en Grèce, Nikos Androulakis. À 43 ans, il est euro-député et chef du parti socialiste Pasok-Kinal, le troisième parti parlementaire dans le pays. "En apparence, écrit le journal suisse le Temps, tout a commencé le 26 juillet quand le président du Parti révèle que son téléphone a été infiltré par le logiciel espion Predator – illégal en Grèce – et mis sur écoute par les services de renseignement grecs".

Cela ce serait passé pendant plusieurs mois l'an dernier, alors que Nikos Androulakis était candidat à la direction du parti, mais d'autres affaires similaires font craindre un possible système de surveillance bien plus large. "Auparavant, des médias avaient déjà révélé que les téléphones de deux journalistes, Stavros Malichudis et Thanassis Koukakis, avaient été espionnés", rappelle Le Temps.

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Le scandale grandit depuis quelques jours. Vendredi dernier, le directeur des services grecs du renseignement a démissionné (le renseignement qui est, depuis l'une des premières réformes du gouvernement conservateur actuel, placé sous l'égide du Premier ministre). Un autre responsable a démissionné : le secrétaire général des services du Premier ministre, qui est aussi le neveu du chef du gouvernement. Ce secrétaire a au passage porté plainte contre le quotidien grec Efimerida ton Syntakton, aussi appelé Efsyn.

La rentrée parlementaire avancée

La pression est telle que mardi, le gouvernement a annoncé que la rentrée parlementaire serait avancée d'une semaine, le 22 août au lieu du 31, à la demande de l'opposition de gauche qui veut un débat extraordinaire à l'Assemblée sur ce scandale. La présidente du pays a pris la parole mardi et appelle à un "éclaircissement immédiat". Elle assure que "la protection du secret téléphonique est une condition fondamentale d'une société démocratique".

La veille, son Premier ministre a assuré que la surveillance, si elle était conforme à la procédure prévue par la loi, était "politiquement inacceptable", qu'il n'était pas au courant de la décision des services de renseignement de surveiller Nikos Androulakis et que jamais il ne l'aurait autorisé.

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Jusque là, le gouvernement jouait "les prolongations", analyse le quotidien Efsyn qui s'indigne : "Face à l'énorme scandale des écoutes téléphoniques, le gouvernement fait des vacances d'été une priorité absolue". "Il espère atténuer l'ampleur du scandale" des écoutes de Nikos Androulakis et des journalistes, "mais ne fait qu'exaspérer l'opinion publique, qui exige des réponses", selon le média grec.

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Cette affaire écorne l'image de la Grèce sur la scène internationale

Ces écoutes sont "inacceptables pour une démocratie européenne", a réagi Nikos Androulakis. Pour lui, "tout cela prouve que le Premier ministre et son gouvernement "embarrassent la Grèce à l'étranger", a-t-il souligné, des propos rapportés par le Greek City Times.

"Quand un gouvernement met sous surveillance les téléphones de responsables politiques et de journalistes, il ne s’agit pas seulement d’une crise politique, mais d’une crise démocratique", estime le journaliste grec Thanassis Koukakis. cité par le journal Temps.

"Les gouvernements européens confèrent une légitimité aux vendeurs de logiciels espions, des entreprises dont l'activité consiste à vendre aux abuseurs, explique dans le Washington Post, le chercheur John Scott-Railton, de l'Université canadienne de Toronto. S'il y a un cas, il y en a probablement beaucoup d'autres."

En Tunisie, des policiers ont tenté d'interrompre le spectacle d'un humoriste

La raison ? Il porterait "atteinte aux bonnes moeurs. Lotfi Abdelli se produisait dimanche au festival de Sfax, ville de l'est du pays, devant 10 000 personnes environ, quand des agents en civil, prévus au départ pour assurer la sécurité, sont intervenus. Ils se sentaient insultés par un sketch, dans lequel l'humoriste critiquait les autorités et la police, en faisant plusieurs doigts d'honneur. Les images ont été diffusées en direct sur Facebook, Lotfi Abdelli incitant les spectateurs à filmer la scène.

"Kais [Saied], réveillez-vous et voyez ce qui se passe dans votre pays", a lancé au président le comédien qui a refusé de bouger, raconte The New Arab. Des syndicats de police parlent d'incitation à la haine envers les agents ou veulent boycotter la sécurité des spectacles.

À 52 ans, Lotfi Abdelli, 2 millions d'abonnés sur Instagram, n'est pas un débutant, mais cette fois c'est trop : "Je quitte définitivement le pays […] vous avez volé le peu d’espoir que j’avais", a-t-il annoncé lundi.

Son producteur aurait été agressé à l'issue du spectacle, ce que les syndicats de police démentent. Les prochaines représentations sont annulées pour des raisons de sécurité.

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Le public connait "son sens critique", "Abdelli ne se pose aucune limite sur scène", explique le site La Presse. "Il s’est fait connaître, écrit Le Courrier de l'Atlas, depuis la révolution de 2011 pour son franc-parler" quant à la classe dirigeante. "Revendiquant la co-paternité du slogan 'Ben Ali dégage !' qu’il avait contribué à lancer la veille du départ de l’ancien dictateur, l’humoriste a depuis continué à égratigner diverses familles politiques." Mais fin juillet, ajoute le magazine, "à quelques jours du référendum constitutionnel du président Kais Saïed, Abdelli avait choisi de soutenir le "oui".

Le président s'est arrogé il y a un an les pleins pouvoirs et a dissous le parlement. Ses pouvoirs sont encore renforcés par ce référendum, voté le 25 juillet.

Le débat sur la liberté d'expression relancé en Tunisie

"Ce n’est pas la première fois que la police tunisienne, plus précisément les syndicats, paradoxalement nés des libertés acquises au lendemain de la révolution, interrompent des performances d’artistes en plein festival", se souvient le Courrier de l'Atlas. C'était déjà le cas en 2013 pendant le concert de deux rappeurs.

"Que penser de cette polémique qui embrase la Toile et occupe l’opinion publique, comme si celle-ci n’a pas suffisamment de soucis avec la hausse des prix, la baisse du pouvoir d’achat et les pénuries qui se multiplient ?", se demande Kapitalis.

"Ceux qui en tirent profit ce sont, bien sûr, les forces de l’ordre qui commencent à imposer leur loi", peut-on lire. Le second gagnant, affirme le créateur du site d'information, c'est Lotfi Abdelli, "qui est en train de se couler, dit-il, dans la peau d’une victime de la liberté d’expression bafouée".

Qui est alors le perdant dans cette histoire ? "Le peuple, selon Kapitalis, au nom duquel tout le monde parle et dont la voix n’a jamais été vraiment écoutée."

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