Soldats ukrainiens à la frontière, Novotroitske, le 16/03/21 ©AFP - Evgeniya Maksymova
Soldats ukrainiens à la frontière, Novotroitske, le 16/03/21 ©AFP - Evgeniya Maksymova
Soldats ukrainiens à la frontière, Novotroitske, le 16/03/21 ©AFP - Evgeniya Maksymova
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Résumé

L'hypothèse d'une invasion militaire de l'Ukraine par la Russie est dans tous les esprits et les éditoriaux de la presse occidentale, qui se demande comment arrêter Poutine sans prendre le risque d'un conflit mondial. Le gouvernement britannique réprime et emprisonne des manifestants pro-climat.

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Une question taraude la presse occidentale depuis quelques jours : jusqu’où Vladimir Poutine est-il prêt à aller en Ukraine ?

On en est, selon l’hebdo allemand Focus, à "près de 100 000 soldats russes déployés à la frontière ukrainienne, prêts à lancer une intervention au sol… forts des pièces d'artillerie lourde que la Russie masse depuis des mois dans la région sous prétexte d’exercices militaires" ; alors cette fois, écrit Thomas Jäger, l’Ouest ne doit pas sous-estimer la menace comme il l’avait fait en 2014. A l’époque, personne ne voulait croire Vladimir Poutine capable d’aller au bout de son agression, cela (on s’en souvient) a donné in fine l’annexion de la Crimée par la Russie et l’installation d’un état séparatiste pro-russe dans l’Est ukrainien.

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Quand le bruit des bottes se fait vraiment insistant, quand la "tempête russe n’en finit pas de former, de se renforcer à la frontière" comme le décrit le dernier-né des médias ukrainien Kyiv Independent, alors il est temps, clament en chœur la plupart des grands journaux occidentaux, de "trouver le moyen de dissuader vraiment Vladimir Poutine" de lancer vraiment une invasion de l’Ukraine.

"Poutine doit connaître le prix qu’il en coûte de menacer et d’agresser impunément" un pays voisin, professe par exemple Klaus-Dieter Frankenberger dans la Frankfurter Algemeine Zeitung selon qui ce prix à payer pour violer délibérément l’intégrité territoriale ukrainienne doit être très élevé. En clair, si la Russie attaque militairement l’Ukraine, l’OTAN devrait réagir de manière symétrique, et pas seulement avec d’énièmes sanctions économiques qui ne font plus vraiment d’effet à Moscou.

Facile à dire… reconnaît le Wall Street Journal selon qui c’est justement tout le jeu vicieux de Poutine de pousser la pression au maximum pour savoir si l’Alliance Atlantique s’engagerait vraiment dans un affrontement symétrique avec la Russie si celle-ci entrait en Ukraine. Le Kremlin semble convaincu que non, et pousse donc son avantage pour affaiblir un peu plus l’Ukraine et ses velléités atlantistes. "Vladimir Poutine, lit-on encore, veut reconstituer l’empire russe perdu avec la chute de l’URSS, l’Ukraine est la plus grande part de ce puzzle alors il veut en faire (ou en refaire) un vassal autoritaire aux portes de l’Europe, comme la Biélorussie… sauf que la population ukrainienne, elle, ne veut pas de lui". "La Russie, explique tout aussi froidement l'édito du Wall Street Journal, n’attend plus que le bon moment pour entrer en Ukraine et elle le fera, on peut en être sûr, si elle pense comme actuellement que le prix à payer en terme de réprobation internationale sera acceptable".

Edito d’El Pais, cette fois, en Espagne, où l’on nous décrit un "Poutine à l’affut" qui pourrait justement penser que le moment adéquat est venu pour faire plier l’Ukraine : le quotidien espagnol note que le regain de tension à la frontière coïncide avec les 30 ans du traité de dissolution de l’Union soviétique, signé entre les présidents russe, ukrainien et biélorusse de l’époque, ce que Vladimir Poutine a toujours considéré comme "la plus grande catastrophe géopolitique du 20e siècle".

Le problème, c’est que face à la tentation de s’offrir l’Ukraine pour cet anniversaire, il n’y pas grand-chose pour dissuader l’homme du Kremlin : l’Ukraine est seulement candidate à l’entrée dans l’OTAN mais à ce titre elle n’est pas protégée par l’article 5 du Traité de défense mutuelle entre pays membres en cas d’attaque par une puissance étrangère.

Vladimir Poutine le sait et peaufine donc le scénario de son invasion, d’après les journaux de Kiev vraiment plus très optimistes qui prédisent le passage à l’acte pour janvier ou février prochain. Sur le site de la webtélé ukrainienne ExpresoTV, le journaliste Vitaliy Portnikov le résume ainsi : "Si on n’arrête pas Poutine aujourd’hui, alors demain le monde sera plongé dans la guerre ; et si des soldats américains ou britanniques ne sont pas prêts à mourir pour l’Ukraine aujourd’hui, cela veut dire qu’ils ne seront pas prêts à mourir, demain, pour la Pologne ou pour la Lettonie".

Terminons la semaine avec ce parti-pris lu dans le Guardian à Londres : le Royaume-Uni serait devenu une dictature, un Etat policier ?

Si ce n’est pas encore fait c’est sur le point, affirme l’éditorialiste George Monbiot, et il en veut pour preuve ce projet de loi sur la police et le maintien de l’ordre que la ministre de l’Intérieur britannique Priti Patel est en train de faire voter aux Chambres et auquel elle a ajouté tellement d’amendements en durcissant le contenu que ce texte au final instaure quasiment "des pouvoirs dictatoriaux" selon George Monbiot.

Au cœur du problème, il y a surtout des mesures très répressives contre les participants à des manifestations sur la voie publique, On pense notamment au mouvement écologiste Insulate Britain qui a multiplié ces derniers mois les blocages d’autoroutes, de ponts, de chantiers d’agrandissements d’aéroports, etc. et dont plusieurs militants se sont retrouvés condamnés à des peines de prison ferme pour cet engagement résolument non-violent. Le simple fait de s’enchaîner à quelque chose, ou de se rendre à une manifestation non autorisée, selon les termes de la nouvelle loi, deviendrait un crime, passible de 51 semaines de prison ferme.

"Il y a là de quoi dissuader n’importe qui d’exercer son droit le plus élémentaire à manifester", déplore la tribune du Guardian, et à l’heure où l’engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique est censée être une priorité absolue, tout cela "se passe dans l’indifférence quasi-générale" au Royaume-Uni. J’ai tout de même trouvé des articles qui dénoncent ce coup de vis répressif dans le Daily Mirror ou The I la semaine dernière, mais le sort des condamnés d’Insulate Britain n’émeut pas grand-monde.

Pourtant on apprend dans The Independent que l’une des militantes écolo emprisonnée, Emma smart, 44 ans, vient d’entrer dans sa troisième semaine de grève de la faim… et face à l’aggravation de son état de santé, elle a dû être transférée il y a quelques jours dans l’aile médicalisée de sa prison.