En Italie, "l'effet Super Mario" aura duré un an et demi

Mario Draghi au sommet du G7 en Bavière, Allemagne, le 28/06/22
Mario Draghi au sommet du G7 en Bavière, Allemagne, le 28/06/22 ©AFP - John MacDougall
Mario Draghi au sommet du G7 en Bavière, Allemagne, le 28/06/22 ©AFP - John MacDougall
Mario Draghi au sommet du G7 en Bavière, Allemagne, le 28/06/22 ©AFP - John MacDougall
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Le chef du gouvernement italien Mario Draghi a présenté mercredi soir sa démission au président Mattarella qui l'a refusé et donné aux partis jusqu'à mercredi pour restaurer leur confiance au gouvernement d'union nationale. L'américain John Bolton avoue avoir fomenté des coups d'Etat à l'étranger.

L'Italie renoue avec les turbulences politiques au sommet de l'Etat.

"L'effet super Mario" n'aura donc pas duré plus d'un an et demi : depuis février de l'an dernier l'ancien patron de la Banque centrale européenne Mario Draghi avait réussi, constate  La Stampa, à maintenir une vraie unité politique autour de son gouvernement d'union nationale pour faire face à la crise du COVID et à ses conséquences économiques. Mais force est de reconnaître, avec le quotidien La Repubblica que les troubles politiques sont de retour de l'autre côté des Alpes : mercredi soir Mario Draghi a présenté sa démission du poste de chef de gouvernement au président de la République Sergio Mattarella ; ce dernier l'a rejetée, et a demandé à Draghi de se présenter mercredi devant le Parlement, charge à tous les partis de sa coalition de s'entendre d'ici-là pour trouver une majorité qui lui permette de continuer à diriger le pays.

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"Cinq jours pour éviter le crash", résume Stefano Cappelini pour la Repubblica, et pour convaincre Mario Draghi de rester aux commandes du pays, car c'est apparemment bien de cela dont il est question : restaurer la confiance après que le parti 5 étoiles de Giuseppe Conte a refusé hier au Sénat de voter cette même confiance au gouvernement pour faire passer un ensemble de mesures anti-inflation à hauteur de 23 milliards d'euros pour les ménages et les entreprises italiennes... un coup de pouce jugé insuffisant par Conte et les siens.

Pour Massimo Franco, dans les pages "Commentaires" du Corriere della Serra, cette fois c'est sûr l'Italie renoue avec les vieux démons et même avec les "instincts suicidaires" de sa vie politique, tout comme le mouvement 5 étoiles renoue avec son essence populiste, même si le parti s'était plutôt crédibilisé ces dernières années en la personne de Giuseppe Conte. C'est lui-même qui a mis le feu aux poudres ces derniers jours, car selon notre analyste du Corriere "plutôt que de passer son test de maturité, le M5S a préféré casser son jouet et provoquer une crise, rejettant toutes les fautes sur quelqu'un d'autre" en l'occurence Mario Draghi... ce qui est un réflexe de base pour une formation populiste.

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Si mercredi tout le monde ne rentre pas dans le rang et ne supplie pas Draghi de rester, alors le président Mattarella pourrait dissoudre les deux chambres du Parlement italien et convoquer des élections anticipées. Un scénario, avertit Il Sole 24 Ore, qui devient de plus en plus probable à chaque heure qui passe depuis que Mario Draghi a présenté sa démission.

En tous cas ce retour de la crise politique en Italie fait réagir la presse européenne : pour le quotidien conservateur espagnol El Mundo "les populistes italiens se sont servis du prétexte de l'inflation pour rompre l'unité autour de Mario Draghi". L'article nous rappelle que les dissensions entre le chef du gouvernement et celui des 5 Etoiles ne sont pas nouvelles : on les a vues se cristaliser notamment autour de la stratégie italienne d'armer la résistance ukrainienne, ce à quoi le mouvement 5 etoiles s'est opposé. Et puis il y a aussi cette photo de Mario Draghi en plein sommet de l'OTAN à Madrid, où on le voit à l'écart du reste des chefs d'Etats, le visage très préoccupé et en pleine conversation sur son portable. Guiseppe Conte a assuré à la presse italienne que le président du Conseil était en train de discuter avec le fondateur des 5 Etoiles, Beppe Grillo, pour monter un complot contre lui.

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Bref, résume le site européen et libéral Politico, le psychodrame est de retour en Italie, il n'est pas près d'être réglé, et c'est une mauvaise nouvelle pour l'Union européenne. "Mario Draghi, écrit Hannah Roberts, est sur le point de jeter l'éponge au moment où l'Europe a le plus besoin de lui". Lui qui a sauvé en d'autres temps la zone euro de la crise économique de 2007-2008 et qui avait réussi depuis février 2021 à stabiliser l'Italie, "s'il démissionne vraiment, alors l'UE perdra l'un des derniers adultes présents dans la pièce" conclut l'article de Politico.

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Les marchés financiers qui vouent un véritable culte à "Super Mario" en tremblent déjà,  et en Allemagne le quotidien économique Handelsblatt lui aussi s'inquiète des conséquences que cette crise italienne aura sur l'Europe. L'Italie, on le rappelle, concentre à elle seule près d'un quart de la dette dans la zone euro ; elle est de loin le principal bénéficaire du plan de relance post-Covid avec une enveloppe totale de 190 milliards d'euros ; et en ces temps de tensions sur les énergies, l'Europe du sud compte sur Rome pour négocier avec l'Algérie des importations de gaz naturel à bon prix pour cet hiver.

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D'ailleurs, souligne Il Fatto Quotidiano, s'il y en a qui se frottent les mains de cette énième crise italienne, ce sont bien les Russes, avec l'ancien président Dmitri Medvedev qui s'amusait hier soir auprès de l'agence Tass de voir un gouvernement tomber en Europe, avec cette formule assassine : "après Bojo, à qui le tour ?"

Une petite phrase à présent qui a fait couler beaucoup d'encre en Amérique Latine.

Phrase d'une sincérité désarmante prononcée par l'ancien conseiller de Donald Trump, John Bolton qui est l'un des piliers de la politique étrangère des Etats-Unis ces dernières décennies. en interview sur CNN, il évoquait son ancien patron et les accusations selon lesquelles Trump aurait organisé un auto-coup d'Etat le 6 janvier 2021en lançant ses partisans à l'assaut du capitole. Bolton réfute cette thèse, et quand son intervieweur affirme que ce n'est pas si compliqué d'organiser un coup d'Etat, voilà ce qu'il lui répond :

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John Bolton du tac at tac dit qu'il n'est pas d'accord avec ça, que "c'est beaucoup de travail d'organiser un coup d"Etat" et qu'il est bien placé pour le savoir puisque c'était son travail d'en organiser, "enfin pas aux Etats- Unis mais dans d'autres pays".
Voilà comment en sept secondes on fait tomber le mur du cynisme et du silence américain sur ces barbouzeries commises par les Etats-Unis à l'étranger pour préserver leurs propres intérêts économiques ou politiques. Et ce "sincéricide" de John Bolton, comme le qualifie Inna Afinogenova pour le journal en ligne espagnol Publico, il fait abondamment réagir en particulier en Amérique Latine où les soupçons de coups d'Etats ourdis par Washington ne manquent pas ces dernières décennies.

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Parmi les derniers en date, on pense au Venezuela où selon la rédaction hispanophone de CNN le président du Parlement de Caracas hier a qualifié John Bolton de "psychopathe" et condamné ses propos, estimant qu'ils font clairement référence à la crise de 2019 quand le meneur de l'opposition Juan Guaido s'était auto-proclamé président du pays, avec le soutien des Etats-Unis. La tentative n'a finalement pas fonctionné et Nicolas Maduro est toujours au pouvoir.

Idem en Bolivie où l'ex-président de gauche Evo Morales a pris pour lui les aveux de John Bolton ; en tous cas il y a vu la reconnaissance que l'Amérique était derrière le coup de force de son opposante Jeanine Aniez en 2019, tentative qui a fait long feu là encore. Conclusion d'Evo Morales :  face à ces destabilisations ourdie depuis Washington "la gauche latino-américaine doit s'unir, car ensemble nous sommes invincibles".

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