Revendiquer la victoire, quelle que soit la vérité : la méthode Vladimir Poutine

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré que les forces russes avaient "libéré" Marioupol, ordonnant d'assiéger les derniers combattants ukrainiens
Le président russe Vladimir Poutine a déclaré que les forces russes avaient "libéré" Marioupol, ordonnant d'assiéger les derniers combattants ukrainiens ©AFP - Mikhail TERESHCHENKO / Sputnik
Le président russe Vladimir Poutine a déclaré que les forces russes avaient "libéré" Marioupol, ordonnant d'assiéger les derniers combattants ukrainiens ©AFP - Mikhail TERESHCHENKO / Sputnik
Le président russe Vladimir Poutine a déclaré que les forces russes avaient "libéré" Marioupol, ordonnant d'assiéger les derniers combattants ukrainiens ©AFP - Mikhail TERESHCHENKO / Sputnik
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Vladimir Poutine a annoncé hier la "libération" de Marioupol, dans le sud de l’Ukraine, reconnaissant en même temps qu’il était impossible pour son armée d’attaquer l'usine sidérurgique d'Azovstal. Le président russe qui recule mais revendique une victoire.

En annulant publiquement cet assaut contre le dernier bastion ukrainien dans la ville dévastée, Vladimir Poutine, qui a en revanche annoncé un blocus complet sur Marioupol, a "brutalement montré son empressement à présenter un succès au public russe", estime le New York Times. Avant d'ajouter que le Kremlin a d’ailleurs travaillé rapidement pour mettre en forme cette victoire, annoncée au peuple russe hier, lors d’une émission de télévision "chorégraphiée", décrit le quotidien américain, au cours de laquelle le chef de l’État, aux côtés de Sergueï Choïgou son ministre de la Défense, s’est présenté comme "un leader rationnel et humain", expliquant vouloir préserver la vie et la santé des soldats russes.

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Et ce alors même que sur le terrain la situation n’était toujours pas claire. Washington ayant exprimé ses doutes sur cette annonce, Kiev assurant que les combattants ukrainiens d’Azovstal refusaient de se rendre.

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Cela ne signifie pas que Moscou renoncera à cet assaut, selon Leonid Volkov, un proche de l’opposant Alexei Navalny, cité par la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Mais il est important pour le pouvoir russe que Poutine soit perçu par l’opinion publique comme un "artisan de la paix", et non comme "un faucon". Renoncer à cet assaut montre aussi que la guerre et les victimes n’ont peut-être pas le soutien entier du peuple russe, comme espéré par Moscou. Ce proche de Navalny rappelle le précédent en Syrie, quand Vladimir Poutine avait ordonné plusieurs retraits partiels de ses forces. "Disant ce que les gens voulaient entendre".  Le journal ukrainien Segodnya ne dit pas autre chose : la société russe commence à exiger des réponses. Plus qu’une simple impopularité, le mécontentement grandit à l’égard de cette guerre, au rythme des enterrements et des cercueils de soldats qui reviennent.

Un enjeu de crédibilité pour Vladimir Poutine

Selon le Washington Post, beaucoup de responsables occidentaux voient surtout dans cette déclaration victorieuse mais bancale un effort pour accélérer la campagne russe en Ukraine avant le 9 mai, qui célèbre la capitulation de l’Allemagne nazie devant l’armée rouge en 1945. Et cette déclaration permet ainsi au Kremlin de revendiquer une victoire rapide, et de libérer des moyens pour les combats menés ailleurs, même si Marioupol n’est pas complètement tombée. Le New York Times y voit un enjeu de crédibilité pour Vladimir Poutine, réticent à admettre les revers et les erreurs sur le terrain ukrainien, comme la mort de marins russes sur le croiseur Moskva, navire amiral de la Russie en mer noire, coulé la semaine dernière.

Le prix à payer pour une paix sur mesure ?

Pendant ce temps-là, les États-Unis ont annoncé jeudi 21 avril, une nouvelle aide militaire et économique d’1 milliard 300 millions de dollars à Kiev, rappelle le Washington Post qui titre : "La détermination de Biden égalée par l'enthousiasme de Poutine". Washington et Moscou cherchent ainsi à saluer leurs progrès respectifs, à montrer leur cohérence et leur détermination dans cette guerre qui dure depuis près de deux mois, et qui pourrait durer encore longtemps sans percée diplomatique, commente le quotidien américain.

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Revendiquer la victoire, quelle que soit la vérité, la situation sur le terrain, ne serait-ce pas là pour Vladimir Poutine le prix à payer pour la paix ? Se demande Keir Gils dans le Guardian. Même de minuscules gains territoriaux permettront à la Russie de déclarer un succès, se rassembler ses troupes et de rouvrir les hostilités au moment où elle le souhaite.

Néanmoins, Vladimir Poutine est libre de déclarer cette victoire dans "les délais artificiels" qu’il veut. Et cela mettrait d’ailleurs l’Ukraine devant un dilemme difficile : continuer ou non à se battre alors que la Russie semble offrir la paix. Si c’était le cas cela risquerait de fragiliser le soutien des partenaires occidentaux, qui préfèreraient la fin des combats. Si Moscou déclarait la fin de la guerre de façon unilatérale, ces derniers pourraient pousser Kiev à faire de même. Or si Zelensky accepte la paix, paradoxalement, l’Ukraine ne pourra plus entraver les plans russes pour les territoires occupés. Le Kremlin ayant déjà planifié des référendums pour ces zones, à l’image de celui organisé en 2014 pour la Crimée.

Le chef de l’opposition turque proteste … dans le noir contre la hausse du prix de l’électricité

À force de refuser de payer ses factures on lui a tout simplement coupé le courant. Kemal Kiliçdaroğlu, chef du parti CHP, le Parti républicain du peuple, l’a annoncé jeudi sur twitter, expliquant que sa démarche n’était pas un appel à la désobéissance civile, mais un "acte de résistance", pour donner voix aux familles, aux enfants du pays qui sont selon lui "condamnés à vivre dans le noir". Il s’est ensuite exprimé devant des journalistes dans la soirée, dans une interview diffusée en direct

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On le voit donc chez lui, assis sur son canapé à côté de sa femme, la pièce est plongée dans la pénombre, faiblement éclairée par une lampe à kérozène juste à côté du couple. Pendant plus de six minutes, explique la BBC, Kemal Kiliçdaroğlu évoque "le grand bouleversement social" que connait son pays, les inégalités, la mauvaise répartition des revenus, la responsabilité des dirigeants en place et des compagnies de distribution d’électricité.

"Alors que certains comme Cendiz accumulent de l’argent, des millions de personnes se sont retrouvées incapables de payer leurs factures dans ce pays", Cendiz Holding étant un important conglomérat turc impliqué dans la distribution d’énergie, mais aussi la construction ou encore l’exploitation. L’un des cinq "gangs" évoqué par Kemal Kiliçdaroğlu.

"C'est mon combat pour revendiquer vos droits" le droit à l'électricité, fondamental comme l’eau ou la nourriture assure-t-il à ces personnes, ces abonnés privés d’électricités, ils étaient environ 3 millions 500 000 dans cette situation l’an dernier faute d’avoir pu honorer leurs factures indique la BBC. Des gens "très en colère" ajoute Kemal Kiliçdaroğlu. Et de fait, les prix de l’énergie ont augmenté de 400% au total ces trois dernières années selon l’opposant.

Le Gandhi turc

Bloomberg précise qu’en début d’année, la Turquie a augmenté les prix de l'électricité pour les ménages de 125%. Hausse qui a dépassé les 61% en mars, par rapport à l’an dernier. Une inflation qui érode le soutien envers le Président Recep Tayyip Erdoğan à l’approche des élections de l’an prochain, estime de son côté le quotidien turc Cumhuriyet. Le Yeni Şafak, quotidien conservateur considéré comme proche du chef de l'État, parle de "provocation", de la part de Kemal Kiliçdaroğlu. Ces dernières semaines, une partie de la presse a qualifié ce dernier de "Gandhi turc". En 2017, il avait organisé une "marche pour la justice", ralliant Ankara à Istanbul malgré les menaces du gouvernement. "Après avoir, dit-il, parcouru des kilomètres, maintenant je vais m'asseoir dans le noir", rapporte Iyigunler. Pendant une semaine en tout cas. Car pour préparer une éventuelle candidature à la présidentielle de l’an prochain… mieux vaut avoir les idées claires.

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